2016 Revue et corrigée : le spectacle peine à trouver son rythme

Les auteurs de la traditionnelle revue de fin d’année du Théâtre du Rideau Vert « 2016 Revue et corrigée », avaient encore une fois largement assez de matière pour nous rappeler les bons et les moins bons événements de cette année. Si le contenu était diversifié, le contenant quant à lui, manquait cruellement d’originalité et de subtilité, jusqu’à la deuxième partie…

Avant toute chose, il est toujours bienvenu de rappeler que les auteurs se laissent jusqu’à la dernière minute pour peaufiner, arranger les textes et même ajouter des numéros, selon l’actualité et les événements qui se produisent peu de temps avant la première représentation. On ne peut alors que saluer l’énorme travail d’adaptation dont l’équipe de création et les comédiens font preuve.

Et il se sent ce travail ! À chaque numéro, fusionnent différentes actualités ; citons par exemple, le PQ-MON GO, où les candidats à la chefferie du parti québécois nous sont décrits selon les attributs du fameux phénomène estival.

Pourtant, ça ne prend pas… Mes voisins de siège et moi-même affichons des sourires convenus et bien souvent, nos applaudissements se font plus par automatisme que par volonté. Les idées sont là, l’énergie est là, le rythme est là et croyez-moi il en faut, vu le nombre de saynètes présentées… Alors quoi ? Le manque de subtilité des gags ? Les blagues faciles que l’on voit venir ? Un sentiment de réchauffé ? Une date en semaine ? Un peu tout cela je dirais. L’originalité est amenée dans la mise en scène et dans le traitement comique de l’information (costumes, combinaison de deux ou plusieurs événements, mises en chanson…) mais le problème sont les « punchs » trop prévisibles ou déjà entendus et le manque de finesse de certains numéros.

Donc, bilan de la première partie : assez fade, hormis le dernier tableau, dans lequel Mary Poppins grondent les ministres Couillard, Barrette et Thériault. Les interventions de la directrice du théâtre, Denise Filiatrault, alias Marc St-Martin, sont aussi à souligner : vétéran en terme de participation à la production, son dynamisme n’a d’égal que la justesse de ses imitations.

Puis au retour de l’entracte, la magie opère – après tout c’est le temps des fêtes ! – comme si les auteurs, par peur d’avoir de la difficulté à redémarrer la machine, avaient entièrement repensé l’ambiance du spectacle. Le rythme est toujours soutenu mais les numéros… fins, cyniques, au second degré, habiles sur des sujets délicats, au déroulement et aux finales très recherchés.

De ce fait, je peux vous citer davantage de réussites : le virus Zika, la réaction post-défaite de Hillary Clinton, la « disparition » de PKP… avec des critiques beaucoup plus grinçantes ! Je n’ai qu’à penser à l’intervention de Marc St-Martin/Mike Ward qui nous explique qu’il a gagné l’Olivier de l’année grâce aux votes du public, public qui l’a pourtant vivement critiqué lors de l’affaire Jérémy Gabriel ; ou encore, la « légende du Burkini », remarquablement contée par Martin Héroux, qui conclut en nous disant que pendant que le gouvernement s’épanche sur un scandale qui ne touche même pas le Québec, notre attention sur d’autres débats plus pertinents, est détournée…Et finalement, ce moment de grâce, lorsque les interprètes rendent un vibrant hommage aux disparus de 2016… a capella…

Bilan de la deuxième partie ? On est beaucoup plus enthousiaste dans nos applaudissements et on rit de bon cœur ! Ces deux parties se compensent plutôt que de se compléter… dommage, alors que l’énergie des comédiens et leur plaisir évident nous sautent au visage.

La Revue du Théâtre du Rideau Vert est un plaisir incontournable du temps des fêtes – c’est vrai – mais pour qu’il le reste, il est préférable de laisser passer un peu de temps, créer le manque, et ainsi mieux l’apprécier en 2017.

 

Le spectacle « 2016 Revue et corrigée » est présenté jusqu’au 7 janvier, au Théâtre du Rideau Vert.
Mise en scène ALAIN ZOUVI
Comédiens AMÉLIE GRENIER, MARTIN HÉROUX, FRANÇOIS MARANDA, FRANCE PARENTJULIE RINGUETTE, MARC ST-MARTIN
Durée du spectacle: 2 heures avec entracte

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