L’or du Rhin : les dieux et la techno

C’est un spectacle impressionnant visuellement que présente l’Opéra de Montréal avec cette production du Minnesota opera. Das Rheingold de Wagner, créé il y a 150 ans, se transforme ici en un spectacle qui baigne dans la cyberréalité, avec d’excellentes projections, notamment celles de l’eau du Rhin. L’orchestre est sur scène, alors que la fosse devient tantôt le Rhin, tantôt le Niebelheim (le monde souterrain où réside le peuple des Nibelungen, des nains forgerons). Quant aux dieux, ils sont perchés sur une passerelle au-dessus de la scène.

Soloman Howard (Fafner) Julian Close (Fasolt)

S’adresser aux dieux via Skype ?

Rappelons que le nain Alberich, rejeté par les filles du Rhin, réplique en leur dérobant leur précieux trésor (l’or du Rhin) pour en façonner un anneau qui lui permet de dominer le peuple souterrain des Nibelungen et d’amasser sans cesse des richesses. De leur côté, les dieux vont voler l’anneau et l’or d’Alberich pour payer les géants qui leurs ont construit un palais. Ces derniers évoluent sur la scène, généralement devant les musiciens, ce qui leur permet d’être près du public. Il est d’ailleurs plutôt amusant de voir les géants (Fafner et Fasolt) s’adresser aux dieux via un procédé qui s’apparente à Skype. En effet, ils sont placés devant une sorte de tablette qui relaie leur image en noir et blanc sur un écran. Dans cet environnement visuel très moderne voire futuriste, les costumes plutôt traditionnels semblent détonner.

Roger Honeywell (Loge ) Ryan McKinny (Wotan)

Un nain plus puissant qu’un dieu

Pour ce qui est de la distribution montréalaise, elle risque de laisser des mélomanes sur leur appétit devant deux des trois principaux protagonistes. Comment ne pas remarquer le manque de projection de Roger Honeywell (Loge), celui qui tire les ficelles de l’intrigue? Quant à Ryan McKinny,  quelle ironie du sort de constater qu’il donne à son Wotan, roi des dieux, une voix beaucoup moins puissante que celle du nain Alberich, porté par Nathan Berg, véritable roi de la soirée. Soulignons aussi les solides performances des filles du Rhin (Andrea Nuñez, Florence Bourget, Carolyn Sproule), de Steeve Michaud en Froh, ainsi que de l’Orchestre métropolitain dirigé par Michael Christie.

Catherine Daniel (Erda)

Ajoutons que c’est la toute première fois de son histoire que l’Opéra de Montréal présente Das Rheingold en version scénique. Ce spectacle vaut le détour. Il est toutefois utile de savoir qu’il dure près de 2h 30 sans entracte.

Caroline Bleau (Freia)
L’or du Rhin de Wagner

Distribution: Ryan McKinny (Wotan), Nathan Berg (Alberich), Roger Honeywell (Loge), Soloman Howard (Fafner), Julian Close (Fasolt), Gregory Dahl (Donner), Steeve Michaud (Froh), David Cangelosi (Mime), Aidan Ferguson (Fricka), Caroline Bleau (Freia), Carolyn Sproule (Flosshilde), Andrea Núñez (Woglinde), et Florence Bourget (Wellgunde)
Orchestre métropolitain dirigé par Michael Christie
Mise en scène et décors: Brian Staufenbiel
Costumes: Mathew LeFebvre
Projections: David Murakami
À la Salle Wilfrid-Pelletier: les 10, 13, 15 et 17 novembre
Crédit photo: Yves Renaud
Sur la photo en page d’accueil: Nathan Berg, Andrea Núñez, Carolyn Sproule et Florence Bourget

  

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