30e Édition du Festival Image et nation: Quelques nouveaux films gais se démarquent

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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

Parmi 112 titres de courts métrages et de longs métrages, la trentième édition du
Festival de cinéma gai Image et Nation a révélé quelques belles réussites
contemporaines notables (toutes réalisées en 2017) comportant des intrigues variées
et intéressantes . En voici quelques-unes: The Wound de John Trengrove nous propulse
dans un rite d’initiation et de passage de l’ethnie xhosa (Afrique du Sud). Ce film
qui prend des allures de documentaire nous rassure sur l’excellent caractère de
certains jeunes mâles capables de dire non à la doctrine quand elle outrepasse
l’acceptable, tout en se soumettant à un minimum de compromis (la circoncision…)
comme les exigent, à outrance, hélas, les sociétés primitives lorsqu’il s’agit de
bénir avec décorum un fils digne de ce nom!

Les cinéphiles ont aussi passé un excellent 90 minutes grâce à un autre film
captivant, très tonique comme suspense satirique parodiant les films de Hitchcock et
feignant d’être un thriller sous le titre B & B. Ce fut l’histoire d’un couple gai
très fier d’avoir gagné la partie légale d’un combat juridique avec un hôtelier à
l’origine très rébarbatif à leur offrir une hospitalité acceptable…Le couple
décide donc de retourner séjourner sur les lieux savourer les fruits de leur
victoire. Cependant, durant l’intervalle judiciaire, le jeune fils de l’aubergiste
homophobe a subitement découvert qu’il préférait lui aussi les hommes tout autant
qu’il en était venu à détester son père homophobe. Le garçon invita le soir même du
retour du couple gai victorieux, un magnifique mercenaire russe d’une beauté
électrisante pour faire un sale boulot de règlement de comptes. Le désir flambe tout
au long du film entre tous les personnages qui se censurent, un scénario mêlé de
quiproquos savoureux quant à l’issue des ébats amoureux puisque la rigidité
paternelle se poste en travers du chemin à tout bout de champ avec un humour noir
grinçant. La beauté envoûtante du mâle russe serait indescriptible ici…

Un autre film audacieux intitulé Alaska is a drag de Shaz Bennet nous a montré les
sentiments ambivalents d’une foule d’ouvriers se partageant jalousement l’amitié, le
corps et le coeur d’un de leurs beaux collègues en particulier, soit un garçon
mulâtre très sexy qui aime tout autant choquer qu’attendrir. Ceux qui le courtisent
ouvertement ou qui en sont jaloux valent, pour la beauté de leur physionomie, le
déplacement à eux seuls. Quels visages fascinants se trouvent dans ce film, quels
yeux scintillants!

Également, le public a pu découvrir le film Tom of Finland qui se voulait une
biographie condensée en images choisies, mais il en a laissé plusieurs sur leur
faim vu la timidité des scènes charnelles et la minceur visuelle du désir
homo-érotique quand on connaît un peu l’oeuvre dessinée de Touko Laaksonen.

Un autre film qui n’a pas tout à fait retenu l’attention de tous ses auditeurs
jusqu’à la fin de sa projection, fut le film Jours de France de Jérôme Reybaud.
Caricature d’une certaine France en désarroi, c’est le périple d’un déserteur de son
couple . Il tente de recentrer autour de la rencontre d’inconnus sur une route
indéterminée pendant quatre jours de fuite du giron conjugal. Le beau Pierre Thomas
est donc muni de l’outil Grindr et il est parti rencontrer Pierre-Jean-Jacques comme
on le dit par chez nous (en France ce sont trois autres prénoms pour obtenir l’effet
de cette tournure). Malgré un très beau choix d’oeuvres musicales de Chabrier,
Poulenc, Ravel, Rameau, Couperin sur fond de paysages magnifiques dès le départ de
son domicile (Paris) jusqu’à la Corniche d’Or en passant par le pays d’Auvergne, peu
de scènes avec le protagoniste sont vraiment enlevantes. Parfois les dialogues
frôlent la banalité. Certes, quelques monologues ou descriptions fort poétiques
évoquent, en mots seulement, ce que fut la grande culture artistique ou lyrique
française désormais si égarée dans l’ordinaire du quotidien de la cinquième
République. Le scénario aurait pu faire preuve de beaucoup plus d’audace et
d’originalité.

L’excellente idée de projeter à travers la Cinémathèque québécoise le grand
classique Maurice de James Ivory (1987) nous a permis de revoir encore ce qu’est un
grand classique, ce que sont la perfection de l’image et le soin des dialogues comme
de tous les effets visuels ou sonores. Les salles combles de jadis au Festival Image
et Nation (pour qui a connu les année glorieuses du festival entre 1990 et 2007) ne
sont plus au rendez-vous et on note un essoufflement des cinéphiles. Est-ce tout
simplement la crise fondamentale du septième art dans la grande métropole de tous
les arts modernes qu’est Montréal? Il est vrai que l’absence de sous-titrage des
films en français, quelle que soit la raison avancée comme justification, raisonnée
ou non, depuis des décennies par les organisatrices du festival, avouons que cela
ressemble au jeu bien résumé par l’expression anglo-américaine Sit them out… À
force de faire la sourde oreille aux plaintes légitimes des francophones de la
deuxième ville française du monde, Image et Nation projette ses films dans des
salles désormais passablement vides, à part quelques soirées de fin de semaine où il
y a pas mal de monde, mais guère mieux que ça. Ce qu’il y a de positif, cependant,
ce sont les quelques films projetés à longueur d’année sous la bannière du festival
dans les salles de répertoire de Montréal.

Il faut révéler, pour terminer cette recension, que le festival a fini en grande
force avec le film God’s own country de Francis Lee, de loin le meilleur des films
que j’ai eu l’opportunité de voir durant le festival. C’est l’histoire de
l’encourageant spectacle d’un garçon raté, il faut le dire qui, en milieu rural,
progressera du refus total vers e l’acceptation de son homosexualité. Le jeune
fermier tombera amoureux d’un tendre travailleur roumain venu aider sa famille en
plus d’être d’une grande beauté. Cette acceptation est magnifiquement progressive et
positive tant par lui-même que par son entourage parental qui se rend compte que
l’apparition sur la ferme du travailleur roumain a métamorphosé leur fils désormais
capable de sentiments et d’expression amoureuse. Ce fut, sans contredit, le film le
plus touchant et le mieux réussi de tout le festival. L’ovation du public fut
sincère, méritée et fort prolongée.

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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l’Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu’en 2001.

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