À la douleur que j’ai de Virginie Brunelle, un détour culturel à ne pas manquer

« Entre deux souffles retenus, la douleur se hisse »

Jusqu’au 26 novembre à l’Usine C en co-diffusion avec l’Agora de la danse est présenté À la douleur que jai , oeuvre signée par la jeune chorégraphe Virginie Brunelle.

Elle nous offre un témoignage émouvant à la douleur humaine qui compose l’être. Cette douleur qui prend d’assaut le corps dans les détours inattendus de la vie, qui prend son élan dans un trop-plein d’énergie. Une réflexion sur nous-mêmes, sur notre émotivité, sur notre humanité. Fidèle à elle-même en matière de signature chorégraphique, aux impulsions spontanées, aux gestes brutes et à une gestuelle virtuose, cette fois-ci elle nous offre une oeuvre plus sobre, subtile et en contrôle.

Dans un huis clos où les six interprètes interagissent, s’entrechoquent, se rencontre dans une décharge exponentielle ou parfois au silence sous-vide entre deux souffles retenus que Virginie expose la douleur à soi-même, la douleur de l’autre, notre douleur collective. Aux allures de cellule familiale, aux rapports ambigus où l’incompréhension devient source de conflit qu’une série de rapports à autrui se composent dévoilant ainsi la personnalité de chacun, le drame de chacun. Un portrait familial véridique dans lequel le silence prône nous plonge dans une complexité du rapport humain.

À travers cette virulente douleur, elle tente d’exposer l’hypersensibilité humaine au plus grand que soi. Elle tente de la mettre en lumière cette composante qui souvent est ternie ou camoufler par la honte, la peur. C’est dans une quête de sens, une décortication de celle-ci que prend forme la pièce. Virginie reste fidèle à ces intérêts, l’être humain, source inépuisable d’inspiration.

Et si cette douleur pouvait être le moteur de toute transformation?

Virginie crée un rythme lent dans lequel apparaît un fil de tension soutenu. Tranquillement on s’éloigne du rythme habituel de ses pièces précédentes. Elle crée un environnement qui manque d’air, suffoquant laissant ressentir aux spectateurs un inconfort physique. Sans jamais être résolu, la douleur est présente et palpable. Sans jamais comprendre sa source, elle vit, se dévoile via des interactions entre eux. Dans l’acharnement de se rencontrer à travers une maîtrise de duo fougueux parfois dans une violence à soi-même par des répétitions de gestes frénétiques que se tisse la trame de fond de la danse.

Elle maîtrise la fine ligne entre une théâtralité juste et une danse expressive. On bascule d’un tableau à l’autre passant d’un état à l’autre. L’esthétique est recherchée et raffinée qui donne une allure cinématographique à la pièce. Une cohérence entre tous les éléments harmonise les tableaux. C’est un détour culturel à ne pas manquer. Une claire évolution du travail de Virgine Brunelle.

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