À la veille du début new-yorkais de notre baryton québécois Étienne Dupuis … Première au Metropolitan Opera de Samson et Dalila de Saint-Saens d’Éric Sabourin, notre envoyé spécial à New York

Une salle illuminée en son hall de grands lustres autrichiens mais archi comble de robes et d’étoffes impériales purpurines, nous sommes au cœur du richissime empire américain dont les Cassandre attendent la ruine. J’y vois autour d’escaliers solennels surtout une faune mélomane très engoncée en tuxedos ou robes longues imaginées par des couturiers extravagants, quoique je ne sois pourtant venu que pour le programme de l’avant-banquet soit l’opéra Samson et Dalila entonné des grandes voix actuelles en primeur comme têtes d’affiches.

Grosso modo, voilà comment New York célébrait, dès 18 heures hier soir, le renouveau au Metropolitan Opera soit l’ère nouvelle Nézet Séguin. Même si le Québécois n’était pas encore avec son bâton au podium (Sir Mark Elder était à la direction d’orchestre), le ton savoureux de sa réplique artistique est à prévoir, sous peu, entouré comme il le sera d’une équipe des meilleurs en costumes et en décors sublimes, le nec plus ultra de la mise en scène, une profusion de choristes, de danseurs maquillés de dorures et savoureusement lascifs. Chez nous, pendant ce temps, c’est le nom de l’étonnant baryton québécois Étienne Dupuis qui est sur toutes les lèvres du monde musical québécois.

Parce que c’est son début dans le rôle de Marcelo, aujourd’hui même, au sein du célèbre opéra intitulé La Bohème de Puccini qu’on représente à 19h30 au Metropolitan Opera où je me faufilerai subrepticement encore! Et, demain avec Anna Netrebko dans l’Aïda de Verdi, je serai encore l’heureux oiseau malvenant auditeur, envolé à la section des loges de la salle où je dispose d’une table à lumière tamisée et d’une chaise de velours, accompagné ou entouré des lecteurs de partitions. Cependant pour Samson et Dalila, je suis arrivé avec un idéal de gamin idéaliste : c’est à dire avec au cœur et en tête ma version idéale de l’opéra de Saint Saëns (celle que j’espère un jour pouvoir entendre être surpassée) donc celle avec le ténor John Vickers dans le rôle de Samson, la mezzo-soprano Rita Gorr en Dalila et Ernest Blanc jouant le grand prêtre puis Anton Diakov en double rôle d’Abimelech et du vieil Hébreu. Il a fallu, hier soir, se contenter d’un Roberto Alagna correct mais parfois inégal dans le rôle de Samson. Hélas, l’effondrement progressif de sa voix au dernier acte, hier soir, a fait beaucoup délier les langues en ce premier soir de la saison. Rôle trop bas pour les uns, trop haut pour les autres… c’est compliqué et ardu la voix humaine quand il faut chanter trois heures durant et soir après soir, on ne le répétera jamais assez.

Pourtant la mezzo-soprano Elina Garanča fut admirable dans le rôle de Dalila avec des décors somptueux été enjolivés de sensuelles danses des prêtresses (Acte 1) puis surtout d’une bacchanale (Acte 3) de danseurs audacieux de nudité sauvage et de provocation comme ceux de la Troupe de Maurice Béjart autrefois. Cette production en début de saison nouvelle après les sulfureux débats divertissants maïs aussi désolants de notre hypocrite époque, c’est une audacieuse réponse métaphorique à l’hystérie de la fièvre puritaine qui a emporté les bailleurs de fonds ici, subitement tout honteux des choses inénarrables de la sexualité humaine, une hécatombe artistique qui surtout les a incités à refermer les cordons de leur bourse pleine mais que le Met désormais sous la résurrection financière de l’astucieux et talentueux Yannick Nézet Séguin, son nouveau directeur musical et chef, regagnera vraisemblablement pour faire oublier les frasques du grand musicien James Levine, ce satyre tout à fait produit fidèle ou authentique des années 60 et 70 (pour ceux et celles qui auront l’honnêteté d’en témoigner comme un âge de la fin de toutes les retenues).

L’histoire d’amour de Samson et Dalila, elle aussi, en est une de feinte amoureuse et de déception opportuniste. Dalila fait semblant d’aimer Samson pour faire triompher sa tribu à elle (disons ça comme ça) sur la sainte tribu du musclé Samson. Des mots séducteurs dans la bouche d’une hypothétique faible femme et la conjonction de ses attributs physiques irrésistibles, mêlons à cela une belle voix, des airs émouvants et voilà l’ironie du scénario habituel de notre pitoyable phénomène Me too inversé…et ainsi réalisé en surréalisme savoureux un commentaire inversant le monde habituel de l’abus de confiance: Samson séduit est tondu, il tombe…de son piédestal, trahi par la charmante mais amorale Dalila. Ô le devoir civique excuse toujours tout! Trois moments forts dont deux réussis soit Voici venu le printemps nous portant des fleurs… mais surtout le duo d’amour Mon cœur s’ouvre à ta voix. Musicalement c’est ce soir et demain que l’événement se produira et dont je vous reparlerai… avec Étienne Dupuis. Demain Ana Netrebko dans une entièrement nouvelle production de Aïda.

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