Au bout des doigts : fantasmagorie d’un tardif prodige du piano classique jadis délinquant violent!

Le cinéaste Ludovic Bernard propose une touchante fable par laquelle la musique classique vient à bout de tous les revers de l’adversité d’une naissance au plus bas de l’échelle sociale au fond d’une banlieue parisienne impitoyable. Un garçon hypersensible du nom déjà un peu russe de Mathieu Malinski (le beau Jules Benchetrit à peu près aussi beau que jadis Alain Delon) rencontre un vieux musicien français, authentique poète, lui prodiguant les meilleurs conseils et encouragements, en plus de lui léguer à son décès son piano droit. L’enfant grandit dans cette intime magie de la musique avec ce piano dans sa chambre et il en joue tendrement en solitaire sans recevoir aucune leçon ultérieure.

De hasards en prouesses, il parvient, prodige fantasmé, sans savoir lire la musique, à imaginer comment mémoriser les doigtés et harmonies du second prélude du premier livre du Clavier bien tempéré en do mineur qu’il joue en dilettante au milieu de la parisienne Gare de Lyon puisqu’on place, de nos jours, des pianos un peu partout afin que les gens s’y détendent… De passage subit, le directeur du Conservatoire de musique de Paris Pierre Geitner (Lambert Wilson) l’y entend. Mais la finale du prélude est interrompue par le polar d’une poursuite policière, car Mathieu cambriole à temps perdu des domiciles parisiens.

Si Mathieu réussit à semer la police à l’occasion, il finit par se faire prendre et se voit purger une peine accommodante à faire, autre cadeau du Ciel bien circonstanciel… soit la corvée de six mois de ménage (laveur de parquets) au Conservatoire de Paris où Pierre l’inscrira en terminale (!!?!) auprès de la meilleure pédagogue et même ensuite à un concours international de piano où l’œuvre apparemment obligatoire est le second concerto pour piano et orchestre de Serge Rachmaninov.

On entendra dans l’intervalle de sa victoire à ce concours, encore des pièces dont la seconde Rapsodie hongroise de Liszt qu’il aurait apprise seul. C’est magique tout ça. Oui la musique fait des prodiges pour le cœur et l’esprit, mais on ne cambriole pas nonchalamment et violemment, à temps perdu, dans la vie si on est de nature ému et bouleversé par Bach, Chopin, Chostakovich etc. Passons. Une histoire d’amour est aussi brodée là dedans et des pertes de confiance du torturé Mathieu tel des insultes à son professeur d’ascendance russe, de la gent nobiliaire en plus. Passons.

Lambert Wilson aime tellement les arts aristocratiques tels le ballet, le théâtre, la musique classique dont il joue admirablement (au piano) mais ce scénario qu’il a accepté de cautionner est tout à fait invraisemblable. Et pourtant, il nous touche car on se rappelle Lucas Debargue prodige récent et réel mais il n’a pas cambriolé de domiciles à ce que je sache et certes le ténor Fritz Wunderlich était concierge à l’opéra avant de tenir l’opportunité d’une carrière. Mais voyons calmement que le beau Mathieu vit trop de drames traumatisants pour se sortir du bout des doigts de déchéance sociale. Le film connaîtra quand même un grand succès, aux États Unis surtout je croirais, car on ignore la dureté des exigences de la carrière de soliste en musique classique et surtout les impitoyables combats entre professeurs rivaux, les humiliantes agences d’artistes raflant tous les contrats et tordant les bras des directions d’orchestres pour en arracher d’autres offerts aux amis du régime parfois même à de très moyens interprètes vainqueurs de concours internationaux où le jury fut acheté ou intimidé par cette même gamique indénonçable. Enfin, ça peut bercer qui acceptera crédulement de l’être.

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