Au ravissement du public de nombreux films émeuvent dans la grande tradition du cinéma français

Depuis vendredi matin 2 novembre à la première heure, j’ai déjà visionné en 48 heures au moins quatre excellents films (sur 8) dont certains rejoueront chez nous à coup sûr. Tout d’abord un film de Claire Burger intitulé C’est ça l’amour avec Bouli Lamers, Justine Lacroix et Sarah Henochsberg soit l’histoire d’un père de deux jeunes filles qui doivent elles aussi composer avec le départ définitif de leur mère. Se sentant incapable sans le doigté de son ex-femme, il parvient enfin à trouver l’équilibre grâce à une chorégraphie de l’âme et du cœur illustrée par une exploration intérieure couronnée par un pas de deux où deux danseurs dans un baiser magnétisant virevoltent d’extase symbolique. On est transporté par l’intelligence des dialogues et le sens pratique de ses deux filles qui le soutiennent et l’aident à passer au delà de la douleur de l’abandon, sa plus jeune fille de 14 ans se tenant exceptionnellement ferme dans sa conviction de déclarer sa préférence pour les filles, son aînée quant à elle demeure capable de vivre sans vénérer la bouée de sauvetage du couple en symbiose romantique. Le film étincelle de courage sans apitoiement larmoyant; les épreuves sont traversées par chacun (e).

Un autre film rempli de dialogues brillants et savoureux était présenté en ouverture de festival : il s’agit de Doubles vies d’Olivier Assayas avec le brillantissime Guillaume Canet dans le rôle d’un éditeur passionné, Vincent Macaigne dans le rôle d’un écrivain à quasi succès de veine biographique et aussi une Juliette Binoche en forme jouant l’épouse trompée mais tout aussi infidèle que son mari éditeur où seule la conjointe cocue de l’écrivain – bibitte à poil qu’elle finit par larguer – conserve la dignité d’une parfaite intégrité amoureuse. C’est elle (la remarquable actrice Nora Hamzawi) qui assure d’ailleurs le dénouement heureux de la réconciliation des adultérins jamais repentis dans cette France immunisée à tous les cynismes de comédie en tout cas au chapitre des mœurs amoureuses. Ô liaisons dangereuses, tenez vous loin de moi!…me suis-je encore répété!

Dans Un amour impossible, notre Québécois Neils Schneider joue un rôle d’amant puis de père ingrat en faussant compagnie à la radieuse Virginie Effirat forcée d’être non pas fille-mère mais femme abandonnée mais dignement autonome en province. Elle élève sa fille seule et ne demande que reconnaissance de paternité du père rébarbatif à tout lien avec une juive pauvre alors qu’il s’estime issu d’un milieu trop bien. Le pervers bénéficie de la protection d’une narration qui ne sert pas l’intrigue où un détail de sodomie sur mineure… qu’a voulu présenter Catherine Corsini ne passe pas trop bien comme une bavure au rapide coup de chiffon. Mais l’éblouissant jeu de Virginie Effirat mérite une mention particulière. Enfin, je note le film Amin, réalisé par Philippe Faucon. Il dresse un portrait émouvant de la condition des émigrés africains en France retournant périodiquement dans leur beau Sénégal coloré de femmes splendides mais avec lesquelles ils ne vivent pas puisqu’ils doivent gagner la vie de leur famille en s’en coupant entièrement. Il y a une section romancée à ce film (scènes d’amour entre magnifiques noirs et une entre Emmanuelle Devos et le colosse Moustapha Mbengue) mais il me semble avoir un intérêt sociologique plus que d’affabulation. Cinemania se poursuit encore jusqu’au 11 novembre à l’Impérial, au Cinéma du Parc, à la Cinémathèque québécoise, à l’Outremont et au nouveau Cinéma du Musée des beaux-arts de Montréal.

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