Baby-sitter, au Théâtre Périscope, une comédie grinçante et lucide, à voir absolument

La pièce Baby-sitter, créée en avril 2017 par la compagnie Théâtre Catfight est présentée en tournée un peu partout au Québec et elle s’arrête au Théâtre Périscope pour 10 jours, du 13 au 24 novembre. Une comédie grinçante, aux dialogues intelligents et dérangeants, qui dresse un portrait réaliste de notre société en pleine confusion sur la perpétuelle guerre des sexes. Voilà une belle réflexion sur le féminisme, le sexisme, la misogynie, avec David Boutin, Isabelle Brouillette, Steve  Laplante et Victoria Diamond, où le public est assuré de passer une superbe soirée à rire, parfois jaune, et à discuter fort à la sortie de la salle.

Résumé : Cédric a gaffé sérieusement. Il était saoul à un match des Alouettes et a tenu des propos sexistes à une journaliste en direct. En 24 heures, la vidéo a été vue plus de 200 000 fois sur YouTube et Cédric a été suspendu de sa job chez Hydro-Québec. Nadine, sa blonde, veut qu’il s’excuse au plus vite. Mais Jean-Michel, le frère de Cédric, journaliste-vedette, pense qu’il ne faut pas banaliser l’évènement, il pense que cet acte manqué est la pointe de l’iceberg de la misogynie de Cédric. Par chance, la nouvelle baby-sitter va déstabiliser tout le monde en ramenant l’harmonie avec ses jeux thérapeutiques… étonnants. 

C’est à partir d’un fait divers en Ontario, où un employé d’Hydro One avait été congédié pour des propos sexistes lors d’une entrevue à une journaliste sportive, et en voyant les débats que cela avait suscités que Catherine Léger a été inspirée pour créer sa pièce Baby-Sitter. Et quelle inspiration elle a eue! Wow! Ses dialogues sont savoureux à souhait. Chaque réplique est punchée. Chaque opinion est décortiquée, analysée et elle en ressort toutes les contradictions entre le comportement et les paroles. Et l’absurdité de certains commentaires est tellement épouvantable qu’on ne peut qu’en rire… Que dire de plus sinon que j’en ai éclaté de rire plusieurs fois de ces répliques virulentes, violentes, grossières et absurdes.

Isabelle Brouillette est rafraichissante et hilarante dans son rôle de Nadine, mère sur le post-partum qui simule une naïve innocence pour rester neutre devant les deux hommes qui s’auto flagellent de fausses excuses à la gente féminine.  Nadine prend plaisir à renouer avec sa masculinité devant la Baby-Sitter (Victoria Diamond que je prends plaisir à découvrir ici) qui joue le jeu pour lui faire plaisir.

David Boutin joue merveilleusement bien le rôle de Cédric, le gars, un peu «douchebag», qui n’a d’opinion que celle qu’on lui propose et change de camp et de position au gré des commentaires qu’il reçoit. Il n’est pas surprenant qu’il devienne un peu mêlé, lorsque sa blague, devenue virale, suscite sur les réseaux sociaux une multitude d’opinions et de déclarations extrêmement opposées qui le font se questionner.  Steve Laplante, qui incarne le frère de Cédric, est tout aussi excellent pour jouer le journaliste sauveur de ces dames, tel un preux chevalier. C’est du moins ce qu’il laisse entendre. Les batailles de mots entre ces deux hommes sont savoureuses et leurs lettres d’excuses à ces dames diverses, sont hilarantes et on ne peut que presque prendre ces deux hommes en pitié de les voir patauger ainsi dans les méandres du sexisme, sous prétexte de vouloir être féministe.

Et quelle jouissance de voir les malaises créés par la Baby-sitter ( Victoria Diamond la nounou engagée pour s’occuper du bébé), alors qu’elle contredit tout le discours de ces deux mâles alphas, aux points de vues soi-disant différents, lorsqu’elle leur montre un côté d’elle-même qui les déstabilise pour notre plus grand plaisir.

Au niveau de la mise en scène, Philippe Lambert y est allé d’un espace épuré. Un salon constitué seulement d’un canapé pour deux, ainsi qu’une chambre de bébé, juste à côté, avec une fenêtre qui permet d’y entrer à l’occasion au besoin. Quelques accessoires, un ordinateur, un cellulaire, une cloche, bref pas grand-chose, mais tout ce qui est nécessaire s’y retrouvent. Cette pièce n’est pas située dans l’action, ni dans le décor, mais dans le verbal, et c’est ce qui est mis en valeur.

À certains moments, le metteur en scène a misé sur l’éclairage pour montrer deux séries de dialogues qui se déroulent en même temps, mais deux moments différents, entre la blonde et son chum, et aussi entre le frère et son chum, le tout en alternance, dans la même pièce. Et ça fonctionne très bien.

J’aime aussi l’accent qui est mis sur la musique forte, tonitruante même, entre les scènes, avec un éclairage qui «flashe» et je croirais même parfois entendre à travers la musique les mots «Fourre-là dans l’cul! ».

Au final, cette pièce, qui a comme point de départ une blague de viol, nous présente un miroir de notre société, tellement juste et lucide qu’on ne peut qu’être déstabilisé et en rire et même on y reconnaît assurément des gens autour de nous dans ces personnages colorés.  Baby-Sitter est un beau débat sur la question du féminisme, ce grand terme complexe qu’on n’a pas fini d’explorer.

La pièce Baby-Sitter a déjà été traduite en anglais et en allemand.

mardi et mercredi à 19 h / jeudi et vendredi à 20 h / samedi à 13 h 

salle Principale du Théâtre Périscope – 2, rue Crémazie Est, Québec

Prix : 36 $

Texte et idée originale : Catherine Léger

Mise en scène et appui dramaturgique : Philippe Lambert
Distribution : David Boutin, Isabelle Brouillette, Victoria Diamond et Steve Laplante
Décor et costumes : Elen Ewing

Lumière : Étienne Boucher

Conception sonore : Benoît Côté

Production : Théâtre Catfight

Théâtre Catfight

Théâtre Périscope

photos : Véronique Boncompagni

 

 

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