«Champion» ne fait pas le poids

Commençons par les points forts de l’opéra Champion du musicien de jazz Terence Blanchard (présent à cette première montréalaise) et du librettiste Michael Cristofer. Ce dernier réussit à raconter avec nuances l’histoire du boxeur américain Emile Griffith qui, après avoir reçu des insultes homophobes de son adversaire Benny Paret, frappa ce dernier si fort qu’il en est mort.

Il n’y a ni bons, ni méchants dans ce livret. Griffith a tué un homme, mais à travers son histoire familiale, on constate qu’il a eu une enfance difficile et on s’interroge sur le rôle de sa mère sans toutefois la condamner. Le monde de la boxe reçoit aussi quelques coups de poing pour son hypocrisie sur laquelle les journalistes fermeraient les yeux.

Aubrey Allicock (Emile Griffith jeune) & Arthur Woodley (Emile Griffith âgé). Crédit photo: Yves Renaud

Le rôle de Griffith est divisé en deux, ce qui permet de voir le pugiliste âgé et confus, se rappelant des moments qui ont marqué sa vie, alors qu’il était plus jeune. Ces très nombreux retours dans le temps finissent toutefois par lasser. Le compositeur opte généralement pour le jazz et le gospel durant les flashbacks et le classique quand c’est Emile âgé qui s’exprime.

Catherine Daniel (Emelda Griffith) – Crédit photo: Yves Renaud

À part, «How does it feel to kill a man» du baryton Brett Polegato et un air où la mère du boxeur, incarnée par Catherine Daniel évoque son pénible passé («Far away, long ago »), aucune mélodie ne se distingue durant cette soirée qui s’étire sur près de 2h 45 minutes, incluant un entracte. Blanchard, qui trouve bien peu à tirer d’un orchestre symphonique, semble plus inspiré dans les passages jazz et gospel, mais ne parvient pas là non plus à créer des moments musicaux mémorables. Pourtant, il est servi par de bons chanteurs dont Arthur Woodley (Emile), Aubrey Allicock (Emile jeune) et Victor Ryan Robertson (Benny Paret Jr.), tous trois de la distribution originale de ce spectacle créé à l’Opera Theatre of St. Louis, en 2013. Ajoutons que le jeune Nathan Dibula, choriste de la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal, incarne «Emile enfant» avec une voix très douce et juste. Le Montreal Jubilation Gospel Choir et le Choeur de l’Opéra de Montréal sont aussi de la partie, de même que l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction du chef américain George Manahan.

Néanmoins, au bout du compte, c’est surtout musicalement que ce Champion ne fait pas le poids. Blanchard a beau être un jazzman de grande renommée, il risque ici de laisser ses admirateurs sur leur faim et de décevoir les amateurs d’opéra.

Champion

Musique: Terence Blanchard
Livret: Michael Christopher (2013).

Avec: Arthur Woodley (Emile Griffith), Aubrey Allicock (Emile jeune), Nathan Dibula (Emile enfant), Catherine Daniel (mère de Griffith), Chantale Nurse (l’épouse de Griffith), Victor Ryan Robertson (Benny Paret Jr.) et Brett Polegato (Howie Albert), ainsi que Asitha Tennekoon, Meredith Arwady, Sebastian Haboczki, Scott Brooks.

Choeur de l’Opéra de Montréal

Montreal Jubilation Gospel Choir

Orchestre Symphonique de Montréal, sous la direction de George Manahan. Mise en scène : James Robinson. Chorégraphies : Sean Curran. Décors : Allen Moyer. Costumes : James Schuette. Éclairages : Christopher Akerlind. Vidéo : Greg Emetaz.

Mise en scène : James Robinson

Vidéo : Greg Emetaz

Salle Wilfrid-Pelletier, 26 janvier. Reprises : les 29 et 31 janvier, ainsi que le 2 février.

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