Chansons pour filles et garçons perdus – Rencontre avec Benoît Landry, co-metteur en scène

Chansons pour filles et garçons perdus prendra l’affiche au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui du 23 avril au 4 mai, et du 9 au 19 mai à la cinquième Salle de la Place des Arts. Cet ovni théâtral prend sa source dans différents poèmes pour raconter l’enfance de Loui Mauffette. Une création poétique – donc – résultat de la collaboration désormais prolifique de Loui Mauffette et Benoit Landry, tous deux co-metteurs en scène du projet. À une semaine de la première, Benoit Landry nous en dit un peu plus.

 

Charleyne Bachraty : Donc, Chansons pour filles et garçons perdus, c’est une idée originale de Loui Mauffette, inspirée de l’enfance de Loui Mauffette, avec une co-direction de Loui Mauffette et un titre emprunté à l’un des livres de Guy Mauffette, père de Loui Mauffette… Ça va vous?

Benoit Landry : Rires

CB : Blague à part, qu’est-ce que cela fait de plonger d’aussi d’aussi prêt dans l’intimité de Loui Mauffette?

BL : On travaille ensemble depuis longtemps! C’est un ami pour qui j’ai eu la chance d’être interprète, mais avec qui j’ai aussi œuvré comme co-metteur en scène. Je connais son univers et je dirais que cela s’est fait naturellement. Loui, c’est un idéateur, et moi, je suis au service de son univers. Je suis en quelque sorte le chef d’orchestre qui va articuler les concepteurs, les comédiens… Nous avons un langage commun, qui s’explique par une profonde admiration commune elle aussi. Et ce spectacle, c’est son autobiographie, c’est la vie de Loui. Ça part de lui : on parle de son enfance, de la solitude…  On touche ici à quelque chose d’universel.

CB : Autre paramètre, et non le moindre : Devant cette palette de comédiennes, de comédiens et de caractères, comment fonctionnez-vous?

BL : En fait, cela a été facile, dans le sens plaisant. Avec Loui, on voulait toutes sortes de textes, de saveurs, donc il fallait aussi toutes sortes de comédiens. On a essayé d’avoir le spectre le plus large possible : on a des hypersensibles, des piliers… Avant toute chose, on voulait créer une ambiance, une gang dans laquelle tout le monde devient un maillon indispensable. Parmi la distribution, il y a des personnes qui travaillent avec nous pour la première fois, des acteurs de la vieille garde, de la relève, des anciens de Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent… Ils sont différents, oui, mais ils ont tous quelque chose en commun : c’est cette façon d’aborder la poésie. On essaie de créer des liens d’un poète à l’autre et en même temps, d’un acteur à l’autre.

CB : Comment s’est opéré le choix des textes et le travail avec les comédiens?

BL : Le choix final des textes est revenu à Loui et à moi. On est fixé depuis l’automne dernier. Les acteurs en ont proposé pour eux, pour d’autres aussi. On a eu une réflexion collective sur la place de la sensibilité. On a parlé, on a essayé, on a étudié notre rapport à l’espace au spectateur : veut-on être proche, loin? Veut-on une voix, plusieurs? Une chose est sûre : le quatrième mur se brise constamment! Et c’est ce qu’on voulait : une approche directe. Cette pièce apporte des références au spectateur, mais elle veut pousser la réflexion plus loin. On met de l’avant les poètes pour leur rendre hommage.

CB : La bande-annonce laisse apparaître la pièce comme un « bordel organisé ». Doit-on s’attendre à un drame? Une comédie absurde? Dramatique? Un théâtre d’été?

BL : À l’image de la vie, on passe par tous ces états : drame, rires, légèreté, chaos ou drames existentiels. Il y a cette phrase de Guy Mauffette – le père de Loui – qui résume très bien la pièce : « Mon enfance est un printemps de fin du monde ». D’un côté, on a l’enfance, le jeu, l’insouciance… C’est ce qui ressort : la volonté de ne pas se prendre au sérieux. Et de l’autre, on a la poésie, qui pour beaucoup encore a quelque chose de rébarbatif, mais aussi de sacré, d’intouchable. L’objectif ici, c’est de s’approprier la poésie, dans le respect, par les gestes, les mots. On veut que le public se sente proche de la poésie, parce que sur scène, on se sert de cet art pour rapprocher les gens, pour les faire se sentir bien ensemble. Oui, on parle bien d’une humanité commune.

CB : Comment choisissez-vous vos projets?

BL : Comme tout interprète, je suis tributaire de ce que l’on me propose. Depuis la fin de l’école, j’ai eu une expérience variée. Certains projets m’ont façonné sans que je ne les aie choisis. Il y a des projets qui nous façonnent – oui – d’autres qui nous rejoignent, d’autres qui nous confrontent, qui nous obligent à prendre position. Je me demande toujours comment réussir quelque chose qui me plaît, qui me touche? Faut être branché sur quelque chose qui nous touche pour toucher à son tour! Donc, il faut aussi choisir pour ne pas être façonné n’importe comment. Ce qui est fait doit être bien fait.

CB : Après Seul ensemble (NDLR : il en est le metteur en scène) et le succès qu’on lui connaît, on peut dire que 2019 pour vous, c’est l’année du rêve, de l’absence de barrières, de l’inédit!

BL : Oui, effectivement! En ce moment, c’est vrai que j’ai plus envie de créer, de rayonner. Le metteur en scène prend le pas sur l’interprète, c’est nouveau! J’ai envie de rejoindre beaucoup de gens et c’est pour cela que l’on crée des spectacles : pour entrer au contact des personnes. C’est vrai que cette année, c’est spécial! Pour Seul ensemble, ce n’est qu’une fois au milieu de la salle que j’ai réalisé qu’il y avait du monde! Je n’ai pas eu souvent l’occasion de jouer au Théâtre Saint-Denis en tant qu’interprète, donc, je ne savais pas trop à quoi m’attendre comme public. Comment le rejoindre? Est-ce que ces gens me ressemblent? Mais après, quand tu réalises combien de personnes tu rejoins, c’est extraordinaire. Cette sensibilité commune, c’est ça que je recherche.

 

Idée originale, direction artistique et mise en scène : Loui Mauffette

Mise en scène et interprétation : Benoit Landry

Interprétation : Nathalie Breuer, Kathleen Fortin, Émilie Gilbert, Roger La Rue, Pierre Lebeau, Jean-Simon Leduc, Gabriel Lemire, Macha Limonchik, Mylène Mackay, Catherine Paquin Béchard, Jean-Philippe Perras, Adèle Reinhardt, Marie-Jo Thério

Interprétation, direction musicale et musique originale : Guido Del Fabbro

Crédit image : design Gauthier, photo Christian Blais / FH-Studio

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