Concert inaugural de la nouvelle saison de l’Orchestre de chambre McGill : Une soirée de détente musicale et cinématographique en hommage à François Dompierre

Samedi soir 22 septembre, à la Salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal, l’auditoire est demeuré captivé par la sélection des oeuvres de François Dompierre auquel Boris Brott, le chef de l’Orchestre de chambre McGill, voulait faire honneur. Le compositeur est venu, dès le tout début, animer la soirée en éclairant les époques et les circonstances de ses compositions célèbres puisque toutes ont trouvé leur place au coeur du cinéma québécois.

François Dompierre a en effet écrit de belles oeuvres pour accompagner les images des films de Francis Mankiewitz, Michel Brault, Léa Pool, Denise Filiatrault, Denys Arcand, entre autres. Pendant les deux heures du concert, une véritable liesse s’est emparée de la salle. Lorsque le compositeur pianotait ou laissait encore le pianiste Serhiy Salov enivrer le public, par exemple lors de l’exécution du superbe Concerto de St-Irénée (village où se trouve le Domaine Forget), les mélomanes ont eu droit à des projections de scènes choisies de ces films inoubliables. Il s’en trouvait un extrait aussi récent que La Passion d’Augustine où une jeune étudiante en musique chez les religieuses décide tout d’abord de feindre vouloir jouer le second Prélude en do mineur tiré du premier livre du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach pour le métamorphoser audacieusement en oeuvre de jazz et de liberté (amusante jambette anachronique composée tout récemment par Dompierre mais insérée avec un brin de folie douce dans un contexte musical jugé aujourd’hui trop conservateur mais qui a, en vérité, porté ses valeureux fruits en tous ces musiciens célébrés chez nous que ces religieuses ont vraiment formés). Les dialogues improvisés ont diverti le public surtout ceux entre le chef d’orchestre Brott venant renforcer la performance du compositeur.

Dompierre ne tarissait pas de savoureuses anecdotes relatant ses expériences en France et au Québec tout comme ses amitiés avec le chansonnier Luc Plamondon, le cinéaste français Claude Chabrol ou le violoniste Peter Zazovsky qui, vainqueur d’une compétition internationale ici-même, a ensuite aidé à la diffusion de telle ou telle oeuvre présentée comme obligatoire ou éliminatoire à tel ou tel concours musical. La salle était remplie de mélomanes et de musiciens professionnels enthousiastes ne voulant pas que la célébration cesse! Ainsi s’est-elle prolongée par un vin et fromages au milieu duquel le violon solo de l’OCM, Marc Djokic, rayonnait pour aussi faire connaître son album de musique contemporaine, paru en janvier dernier, chez Atma Classique. Pour ma part, j’ai réécouté les Vingt-Quatre Préludes de Dompierre (oeuvre que Serhyi Salov vient d’enregistrer sans être encore parue) dans la version qu’en donne le pianiste formé chez les soeurs de la Congrégation Notre-Dame et par le Parisien Pierre Sancan, monsieur Alain Lefèvre. Le compositeur m’a indiqué trois plages qu’il préférait parmi toutes au sein de cet album double: les trois se retrouvent sur le second disque de 12 préludes intitulés chacun selon l’émotion qui doit supposément les dominer ou les caractériser. Je n’ai pas vu chez ces trois-là, à part le no.22, intitulé Lancinant, en quoi ils étaient plus exceptionnels que les autres. À peu près tous se valent et chacun comporte les mêmes réflexes d’envolée ou d’évitement qui font songer parfois aux Préludes de Chostakovich, parfois à des fragments de Ravel, de Medtner, même du Scriabine.

Comme Dompierre l’expliquait lui-même devant l’auditoire, il a tendance, pour le vulgariser ici sommairement, en contexte d’énonciation classique de vouloir fuir et dériver vers le jazz et écolier dans la classe de jazz, il voulait fronder en adoptant une approche classique. C’est un peu ce qui se passe tout au fil de ces deux disques: des sonorités intéressantes, des idées émises et ré-exposées mais subitement fuies de façon désinvolte, effervescente, mystérieuse, loufoque, provocatrice aussi. Pour terminer, il est impératif de se rappeler que tous ces musiciens se produisant sur nos scènes montréalaises répètent vaillamment et sans relâche, tous les jours, maintenant comme depuis tant d’années, une foule d’exercices et d’oeuvres, des passages ardus porteurs de monstrueuses difficultés que seuls des prodiges peuvent surmonter. Mais que ces exercices surmontés délient les doigts et le coeur soudainement plus à l’aise ou légers ou mieux épanouis. On sent chez le pianiste et compositeur François Dompierre, l’air du grand large poussant les grandes voiles tendues au vent… comme dans cette chanson de Vigneault intitulée Le Vent où les matelots du navire sous les exigences tyranniques du capitaine refusent d’obéir aux exigences du capitaine et veulent non pas se saborder mais se laisser aller vers le large voire au repos jusqu’à la plus entière liberté.

Ce serait l’équivalent de sans cesse désobéir aux consignes du détenteur du gouvernail de l’art de la composition musicale tonale pour mieux errer. L’écoute des Préludes interprétés par Serhyi Salov s’ils sont pressés sur disque bientôt me renforcera, peut-être, dans cette impression générale.

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