Concours musical International de Montréal (CMIM) du 29 mai au 7 juin Pourquoi et comment en sommes-nous venus à tenir des concours de chant?

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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

Pour ceux et celles qui sont soucieux d’explorer une musique de grande beauté bien écrite et suprêmement bien exécutée avec soin et discipline vocale, le tout exigeant le recueillement de l’écoute attentive, donc une musique offerte par le plus beau des instruments musicaux, la voix humaine, il me fait grandement plaisir d’expliquer le pourquoi, le comment et l’origine même des concours musicaux.

S’il est une chose utile à tout professeur instituant une connaissance de la musique dans ses classes d’enfants de 6, 7 ou 8 ans, c’est bien l’utilité et l’unicité de la voix humaine. Je me revois pendant les dix dernières années de ma carrière oeuvrant auprès d’enfants de 9 ans et moins leur demandant au premier jour de fermer tout à fait les yeux et d’écouter… surtout que je ne demandais que de dire simplement le mot «Moi!» à voix haute si je leur touchais, au passage dans les rangs, l’épaule: ils devaient, dans ce jeu d’écoute, identifier la voix humaine de l’enfant touché et donc chaque fois c’était de constater que leur oreille identifiait avec exactitude la voix de chacun ou de chacune de leurs collègues de classe par son timbre unique. Je leur confirmais alors que chacun(e) était, dans ma belle ou toute nouvelle classe de telle ou telle année, un instrument unique, une voix humaine au timbre personnel et aux harmoniques différentes en chacun(e).

Leur richesse instrumentale les suivrait toute leur vie, leur expliquais-je: on reconnaîtrait leur vie durant leur identité unique au téléphone à la première parole, même au milieu d’une foule s’ils saluaient ou appelaient un ami s’éloignant pourtant le dos tourné. Je leur annonçais aussi qu’il ou elle serait la voix aimée du coeur de leur futur copain (ou copine), qu’une âme musicale à voix attachante serait un jour leur compagne choisie ou leur compagnon de choix, un jour où le mariage ou l’amitié les unirait à l’âme-soeur dotée d’une belle voix séduisante, forte ou tendre. La voix est donc unique et remplie des émotions et des traits de la personnalité d’un individu. Il y a des voix rieuses, il y a des voix sombres et tristes, il y a des voix froides, d’autres chaudes de chevrotements ou de vibrations inexplicablement belles. Le chant magnifie ces qualités de la personnalité humaine, la musique en exalte le velours.

Mais que chante t-on depuis toujours au pays de Vigneault, de Léveillée, de Nelligan et de Leclerc? La poésie en ses plus beaux mots. Elle a toujours servi dans la culture d’expression française à expliquer les sentiments humains et, au fil des temps, depuis l’époque très lointaine des troubadours, des artistes sillonnaient les routes de France et d’une Allemagne encore scindée en centaines de principautés, peut-être même de toutes les belles villes d’Italie et d’Espagne, ils sillonnaient les campagnes pour chanter des romances aux belles dames en attente de leur époux ou fiancé parti guerroyer ou chasser quelque part au loin. Ainsi, même si on peut remonter aux Grecs s’accompagnant à la harpe, ce sont les troubadours tels Bernard de Ventadour, Guillaume de Machault, Walter von der Vogelweide qui imitaient les rossignols (Tristan, le grand damoiseau était lui-même un rossignol!) ou les cardinaux d’ici, vêtus de beaux habits multicolores et séduisant les belles dames qui se concertaient à savoir lequel des troubadours était leur champion du jour en des joutes lyriques. Ce furent les premiers concours des dames civilisant les hommes par la culture du chant et la musique.

Des dames comme Aliénor d’Aquitaine pour ne nommer qu’elle. La plus civilisée des manière d’aimer la vie et les êtres était donc un chant poétique entendu à la cour, sinon au jardin de la fenêtre du château ou sur le parvis de l’église après les messes entonnant elles-mêmes des hymnes sacrés. La voix humaine sera donc encore célébrée à Montréal en mai et juin 2018, durant les deux prochaines semaines grâce à un double concours musical couronnant tout d’abord le (ou la) meilleur(e) des chanteurs de mélodies dans le forme récital à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts, un art raffiné célébrant la belle poésie des grands poètes et la musique raffinée des grands maîtres de la musique. Ce premier volet en son tout se passera dans le décor sobre d’un piano en paire avec la voix humaine, c’est-à-dire avec un pianiste de talent, qu’on nomme accompagnateur (ce pianiste très doué en accompagnement se méritera le 7 juin, si on le (la)désigne meilleur(e) parmi tous aussi un respectable prix de dix mille dollars).

Le second volet du concours musical international de Montréal est plus spectaculaire (mais moins intime) car il couronnera durant ces mêmes deux semaines le (ou la) meilleur(e) interprète des grands airs d’opéra avec orchestre. Ce volet se déroulera avec rien de moins que notre grand Orchestre symphonique de Montréal au complet, à la belle Maison symphonique. Il y a tellement de talent dans le monde de la musique classique que plus de trois cent cinquante chanteurs et chanteuses du monde entier ont demandé à faire partie d’une de ces deux joutes de chant et donc de se qualifier officiellement parmi les 38 chanteurs officiellement sélectionnés qu’on pourrait déjà qualifier de crème de la crème même si un alléchant quart de million de dollars en prix les attire évidemment comme le miel des abeilles nous fait nous-même saliver.

La chanson française sera sans doute à l’honneur dans notre belle ville, mais on entendra de tout : tant du lied allemand que des airs d’opéras italiens ou russes. C’est donc le moment idéal de venir cultiver son esprit, son coeur et remplir son âme du nectar que contient la grande poésie des poètes de la vieille Europe mis en musique par des compositeurs comme Gabriel Fauré, Claude Debussy, Reynaldo Hahn, Henri Duparc, Ernest Chausson, Jules Massenet et bien d’autres encore soucieux de faire valoir la poésie de Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, Éluard, Sully Prudhomme, etc.

Chaque concurrent promeut sa carrière professionnelle; notre concours musical offre un prix de distinction glorifiant à jamais. Le public québécois est donc invité à se rendre entendre les préliminaires et demi-finales du concours. Tout Montréalais trouvera aussi les billets peu chers (15 à 20 dollars!) et voilà enfin une occasion rêvée d’aller découvrir avec vos enfants, en âge de raison, la splendide beauté acoustique de la Maison Symphonique ou de se familiariser avec la Salle Bourgie, une ancienne église aux vitraux magnifiques transformés en salle de concert. Ainsi, comme j’ai souvenir qu’au bout de chaque année scolaire, mes vingt enfants de 9 ans de chacune de mes classes, à force de s’échanger mes vingt disques compacts que je choisissais de vingt compositeurs différents, toute l’année de semaine en semaine durant lesquelles ils ou elles désignaient leur plage préférée à l’écoute de leurs confrères et consoeurs durant le travail individuel ou le temps de lecture en classe, vous serez dans deux semaines d’écoute attentive, comme eux, capables de reconnaître ou distinguer la musique de Mozart de celle de Brahms ou Ravel ainsi que les chants de Haendel de ceux de Schubert ou de Schumann. Écoute et discernement, c’est tout ce qu’il faut à un auditeur sérieux de se cultiver par l’audition recueillie.

Vous comprendrez mieux combien la musique affine l’âme, adoucit les moeurs et fait comprendre les métamorphoses de la poésie quand on la laisse rentrer en nous-mêmes. La voix des chanteurs, la voix des compositeurs, la voix des poètes ayant écrit les vers vous aideront à reconnaître jusqu’en vous-même votre propre voix intérieure soit vos affinités avec telle ou telle musique. On commence par préférer tels compositeurs pour en couronner d’autres, dix ans plus tard, car notre coeur a changé et le monde aussi change tout autour selon qu’on le perçoit en jeune ou en vieillard. Pourtant, la beauté des oeuvres classiques demeure d’une jeunesse toujours inaltérée. Soyez donc ouvert(e)s à tout, comme l’étaient mes beaux enfants de 6 à 9 ans qui chantaient en choeur (avec moi au piano) En prière de Gabriel Fauré ou s’essayaient à entonner Après un rêve du même compositeur.

Par la musique, faites-vous le cadeau immense de devenir curieux de tout entendre et connaître. Vous vous ferez aussi des amis au concours, tant parmi les spectateurs que parmi les musiciens sur scène qui viendront s’asseoir près de vous après leur prestation pour entendre les autres concurrents dans leur programme, chacun de 15 à 20 minutes en durée. Ainsi, du 29 mai au 7 juin 2018, prenez congé du labeur et votre vie prendra un sens nouveau, un envol de sérénité. Deux seuls chanteurs sur les 358 ayant postulé ont été admis à la fois dans les deux volets différents du concours.

Les yeux seront rivés sur eux! Les deux domaines du chant classique (il y a aussi la musique sacrée, mais elle ne fait pas partie d’une catégorie à part), il faut le dire, chacune exige des qualités vocales très différentes, j’en reparlerai abondamment au fil des journées du concours que je suivrai intégralement. Le concours commence mardi le 29 juin dès 15h à la Salle Bourgie du MBAM rue Sherbrooke ouest angle Crescent et se terminera à la Maison Symphonique le 7 juin au soir, par une finale grandiose avec l’Orchestre Symphonique de Montréal. Carpe diem!

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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

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