Des adieux en haut lieu

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Marc-Yvan Coulombe

Le choeur de l’Orchestre métropolitain entraînait son public, jeudi soir dernier, en un lieu splendide et peu fréquenté des mélomanes, avec un concert intitulé Doux adieux de France. Au programme: le Requiem de Duruflé suivi de celui de Fauré, accompagnés à l’orgue, à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus. Au départ, il est plutôt rare de se retrouver dans une église montréalaise remplie, surtout un soir de semaine. Puis, la beauté des lieux prédispose à écouter ces musiques religieuses, à tel point que pendant que le Choeur métropolitain chante avec ferveur depuis l’introït jusqu’au In Paradisum, des larmes nous montent aux yeux, comme à ceux des milliers de Montréalais qui ont dit adieu à leurs proches, de génération en génération, dans ce gigantesque temple (5 000 mètres carrés), érigé au début du 20e siècle et que des autorités ecclésiastiques souhaitaient voir devenir une cathédrale.

Même si le Requiem de Fauré est sans doute connu d’un plus large public que celui de Duruflé, c’est quand même ce dernier, dirigé par François A. Ouimet, qui s’est démarqué dans ce concert. Il faut dire que la mouture originale de l’oeuvre de Duruflé a été écrite pour orgue, ce qui avantage sans doute l’organiste Mária Budácová.

De son côté, Vincent Boucher, joue à l’orgue la musique de Fauré qu’on a si souvent entendu avec orchestre. Plus encore, le dosage laisse à désirer au point où l’orgue empêche parfois de goûter les subtilités chorales. Cela dit, l’un des temps forts du Requiem de Fauré, dirigé par Pierre Tourville, aura été le Pie Jesu livré par les voix angéliques d’un groupe de membres des Petits Chanteurs du Mont-Royal. Les «doux adieux» évoqués dans le titre du concert prennent ici tout leur sens, puisque Fauré parlait de son requiem comme d’une «berceuse de la mort» qu’il voyait «comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux».

Cela dit, on ne peut qu’applaudir une fois de plus le très bon travail du Choeur métropolitain et saluer l’apport des solistes Max van Wyck (baryton) et Rose Naggar-Tremblay (mezzo-soprano).

Enfin, chapeau aux organisateurs, d’avoir su choisir ce lieu d’une haute pertinence pour ses Doux adieux de France. Ajoutons qu’une page d’histoire de cette église est intimement liée à nos cousins français. En effet, les vitraux avaient été commandés à un fabricant de Limoges, alors que la Première Guerre mondiale venait d’éclater et que le plomb était réquisitionné en France, pour la défense des citoyens. Malgré cet interdit, les vitraux ont bel et bien été livrés à Montréal, en secret. Mais, à leur arrivée au port, on les présente à la presse, soulevant la polémique de part et d’autre de l’Atlantique!

Duruflé : Requiem. Fauré : Requiem. Rose Naggar-Tremblay (mezzo), Max van Wyck (baryton), Mária Budácová (orgue, Duruflé), Vincent Boucher (orgue, Fauré), six Petits chanteurs du Mont-Royal (solistes Fauré), Choeur Métropolitain, François A. Ouimet (Duruflé) Pierre Tourville (Fauré). Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, jeudi 10 mai 2018.

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