Émerveillement généralisé à l’écoute de nos envoûtants musiciens montréalais

Tant d’émotions sublimes nous ont secoués au programme du concert de l’Orchestre symphonique de Montréal du mercredi 14 novembre qu’on se demande par quoi commencer pour étaler la liste de nos éloges. Certainement, impossible de ne rien mentionner de cette élégance étincelante de grâce dudit avant-concert sous les doigts et l’harmonieuse chorégraphie sonore de l’altiste Victor Fournelle-Blain accompagné du souffle du flûtiste Denis Blutheau entraînés tous deux par la harpe d’Isabelle Moretti au fil des trois exquis mouvements de la sonate de Debussy composée pour ces
trois instruments.

Il y aurait tant à dire de la plus extrême grâce caractérisant la beauté du son que tire Victor Fournelle-Blain de son instrument signé Jean-Baptiste Vuillaume que je me verrais à court de mots pour fidèlement décrire l’aérien envol de la flûte traversière de Denis Blutheau. Alors que nous venions d’entendre un adroit arrangement par la harpiste Isabelle Moretti elle-même (elle est ici en tant que juge du Concours de harpe et de piano de l’OSM ayant cours jusqu’à samedi jour de finale à la Maison symphonique) de La soirée dans Grenade tiré des Estampes de Claude Debussy (1862-1918), c’est de ce même génial Français que l’éblouissante harpiste Jennifer Swartz (professeur de harpe aussi à McGill) nous a divinement interprété l’enivrante Danse sacrée et danse profane afin de nous ouvrir l’appétit au concert lui-même. Cette double danse dirigeant l’orchestre mené du bâton assuré tenu par Alain Altinoglu, chef invité et à l’œuvre, eh bien c’est une de ces rêveries qui m’a toujours transporté au pays de mes juvéniles noces réelles en Attique (juillet 1983) avec les dieux de l’Olympe qu’on ne peut authentiquement qu’apercevoir partout autour, accrochés aux nuages du Ciel de là-bas se reflétant dans la plus idéale des mers Adriatique ou Égée ou Méditerranée !

Le pianiste invité, Till Felner, nous a certes fort bien interprété le vingt-septième concerto pour piano et orchestre de Mozart (ce concerto est loin d’être parmi les douze plus émouvants de la précieuse collection et nullement un chef d’œuvre en soi), mais ce qui devait nous éblouir durablement après le fascinant choix d’une treizaine de sections opéré ou arrangé par le chef invité, constituant une revue d’ensemble des moments forts du volumineux opéra Pelléas et Mélisande de Debussy, c’était bien sûr le plus grand chef d’œuvre d’orchestration du vingtième siècle en sa version brève de suite sans choeur, soit la musique de ballet de Daphnis et Chloé de Maurice Ravel. C’est donc le chef parisien Alain Altinoglu qui poussa l’orchestre dans la danse par des crescendis immenses d’intensité et les concours mélodiques inoubliables de nos vents et cuivres ce qui bien sûr met en immense valeur notre flûtiste Timothy Hutchins inégalable chantre en cette œuvre ayant fait et magnifié à jamais la réputation de notre orchestre. Ce répertoire de notre orchestre impliquait d’être jadis attelé aux répétitions de cet élève d’Ernest Ansermet de la Suisse romande qui fut cet incontestable magicien des mesures à envisager pour l’atteinte des plus sublimes couleurs orchestrales. Après cette seconde suite du ballet Daphnis et Chloé qui en son intégrale dure une soixantaine de minutes -ici seulement que dix-huit sans contribution des choeurs qu’on ne retrouve que dans l’oeuvre intégrale – la salle entière s’est levée d’un bond en houras et avec d’extatiques Encore! entonnés à l’unisson y compris les vivats des membres de l’administration tous debout aux loges de la salle. Alain Altinoglu avait de quoi se souvenir de son premier passage montréalais d’autant plus que la veille, me dit-on, le public l’avait quasiment festoyé tout autant.

Je suis retourné dans mes archives de simple mélomane gardant précieusement certains programmes de l’OSM d’il y a vingt ans: à la précise énumération de la constitution d’alors versus l’actuelle de l’orchestre, on ne retrouve plus que 5 musiciens sur 88 musiciens aujourd’hui (jusqu’à 109 énumérés au programme du 2 mai 1987). Ces six musiciens sont Richard Roberts (1er violon), le second violon Daniel Yakymyshyn, la violoncelliste Sylvie Lambert, le flûtiste Timothy Hutchins, l’hautboïste Théodore Baskins et le tromboniste Pierre Beaudry. Avec la splendeur sonore qu’offre en réverbération et contenance la Maison symphonique, l’Orchestre symphonique de Montréal propulse toujours mieux ce Ravel et ce Debussy au paroxysme de l’interprétation musicale autant d’années plus tard et avec un ensemble nouveau de musiciens qu’il fait grande joie de découvrir comme lors de ces pré-concerts où l’on peut apprécier le haut degré de musicalité de chacun d’eux engagés comme ils le sont à enseigner le secret de leur dextérité au sein de nos universités et conservatoires. Quelle chance nous avons de vivre dans notre remarquable ville musicienne et pourquoi s’en priver sans relâche ? Agissons comme à la recherche d’un ersatz au bonheur réconfortant tant recherché par les poètes jadis maudits et allons aux concerts de ces artistes et aussi au théâtre et au ballet qu’il aurait été fantastique de voir hier en même temps, car le Daphnis et Chloé de Maurice Ravel fut initialement dansé par les ballets russes de Diaghilev (1912) et Nijinsky sous le maître Fokine… Imaginerons-nous un jour ce ballet en entier avec chœur, orchestre et danseur sur une de nos nouvelles scènes montréalaises, mais laquelle et pour quand?!

 

Photo: Isabelle Moretti, harpiste

 

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