En cas de pluie, aucun remboursement chez Duceppe: une critique de Jean Beaunoyer

Que ceux qui méprisent le théâtre d’été, s’offrent une visite au Petit Théâtre du Nord l’été prochain ou qu’ils se rendent chez Duceppe avant le 15 octobre pour assister à une représentation de la comédie En cas de pluie, aucun remboursement de Simon Boudreault. Vous y verrez du théâtre drôle, intelligent et plein de références aux luttes de pouvoir dans une société corrompue, qui pourrait bien être la nôtre.

À première vue, on dirait du théâtre pour enfants avec un décor de carton, des animaux sur scène qui sont en réalité des mascottes d’un parc d’attraction qui se plaignent de la chaleur et qui discutent du remplacement du boss, Louis le Juste, le King du Royaume du Super Fun.

Ce parc d’attraction nous rappelle l’ambiance du parc Belmont avec les montagnes russes qu’on appelait à l’époque le Cyclone, la Maison hantée ou le Tapis roulant pour n’en nommer que quelques-uns. Je sais bien qu’il s’agit d’un lieu de divertissement d’une autre génération (où j’ai passé une partie de ma jeunesse) mais pour les plus jeunes, vous pouvez imaginer l’atmosphère d’un camping avec une fête de Noel en été.

Voilà pour vous situer. Abordons maintenant le propos de la pièce qui nous amène rapidement aux jeux de coulisses, aux luttes de pouvoir pour succéder au King Louis, magnifiquement interprété par Raymond Bouchard. Le pauvre homme vieillissant voudrait bien confier à sa fille bien-aimée, Marie-Jeanne, son précieux royaume qui lui permettrait de régner sur le parc du Super Fun, mais la jolie princesse est définitivement trop précieuse et trop paresseuse pour s’investir dans les travaux qu’exigent une telle fonction. Le King doit tout connaître des êtres qui occupent son royaume. D’autres s’intéressent au poste et à son pouvoir. François Lebel, par exemple (Sébastien Gauthier) le surveillant de la piscine bien bâti et bien bronzé, le favori de ces dames. Justement, celui-ci profite de son charme pour séduire la belle Marie-Jeanne. Mais il y a aussi le Bossu (Lucien Bergeron) qui malgré son handicap parvient à charmer la fille du King. Celui-ci parvient également à se rapprocher du grand patron en fouillant dans ses documents pour le sauver d’un scandale imminent. Il faut dire qu’il est particulièrement futé, ce Bossu et c’est lui qui possède la clef du dénouement de toute cette affaire.

Bien sûr qu’il y a d’autres intrigues, dont le renvoi du gardien de sécurité, Henri Le Bègue (Jocelyn Cardinal) qui doit se sacrifier et jouer les coupables pour la survie du parc.

En somme, un texte habile, bien tourné de Boudreault, excellente interprétation des comédiens mais des réserves sur la mise en scène et aussi de la scénographie qui est du même Boudreault. Un regard neuf d’un autre metteur en scène aurait sûrement permis plus de folies et d’inventions avec le thème d’un parc d’attraction. Je pense à une scène des montagnes russes qui demande beaucoup d’imagination de spectateur alors que deux personnages sont assis devant une boîte qui ne bouge pas et pourtant on monte et on descend rapidement. Par contre, la baignade dans la piscine est un bijou d’inventions. Dans le cas des montagnes russes, si seulement on avait utilisé un ventilateur pour décoiffer les deux personnages. Bon ! En autant qu’on s’amuse et qu’on passe une belle soirée en pensant aux politiciens ou aux compagnons de bureau qu’on retrouvera le lendemain. Ça c’est vraiment décoiffant.

Notes : En cas de pluie, aucun remboursement, une création du Petit Théâtre du Nord. Texte et mise en scène de Simon Boudreault avec Raymond Bouchard, Catherine Paquin Béchard, Lucien Bergeron, Jocelyn Blanchard, Louise Cardinal, Sébastien Gauthier et Mélanie Saint-Laurent.

Décor et accessoires de Julie-Christina Picher, costumes de Ève-Lyne Dallaire, éclairages de André Rioux et bande sonore de Larsen Lupin.
Spectacle de 2 h 15 avec entracte, présenté jusqu’au 15 octobre.

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