Entrevue avec Philippe Dumaine sur le projet (MORE) PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM

Philippe Dumaine

Nous avons eu la chance aujourd’hui de nous entretenir avec Philippe Dumaine, metteur en scène du projet (More) Propositions for the aids museum dont la première est présentée ce soir au théâtre La Chapelle Scènes contemporaines à 19h.

« (MORE) PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM est une création interdisciplinaire abordant la mémoire complexe de la crise du sida. À travers le corps, le texte, la musique et l’image, l’équipe tente de faire sens de cette histoire effacée des récits officiels tout en réfléchissant aux urgences de ce combat dans un contexte politique actuel. Par une vision plus kaléidoscopique que didactique, (M)PFTAM explore de façon sensible la colère et l’espoir qui, encore aujourd’hui, poussent à l’action politique. »

D’où vient votre motivation à choisir ce thème ?

C’est un adon, en 2012, je me suis beaucoup impliqué dans la grève étudiante. Je suis tombé durant cette  période sur le documentaire United in anger qui traitait du groupe activiste Act-Up de  New York dont l’action a été très importante lors de la crise du sida. Et je me suis rendu compte que la filiation et la connexion entre le mouvement activiste d’aujourd’hui et celui de la crise sida était brisée et j’ai voulu questionner cela. Je me suis aussi questionné à savoir ce qui avait poussé les activistes à s’engager à l’époque autant politiquement que artistiquement.

Qu’avez-vous découvert durant le processus ? 

La réponse des activistes et des artistes a été très importante dans la crise du sida. C’est pourquoi nous nous sommes attardés davantage à ceux-ci qu’à l’aspect médical. Le processus de sélection nous a révélé qu’il y avait plein de choses que nous ne savions pas, qui sont occultées dans l’histoire de ce passage. On a découvert combien l’information que nous connaissions était formatée et sélectionnée par la société et sur les choix que celle-ci fait de garder ou non les faits à son histoire éminente. 

Parlez-nous d’un des récits cachés que vous avez découvert ? 

À chaque année, il y a une conférence internationale sur le sida qui se déroule dans une ville différente. En 1989, pour son 5e colloque, la conférence s’est déroulée à Montréal. Avant ce colloque, ces conférences n’incluaient que les représentants du milieu médical et des professionnels, mais les personnes vivants avec le VIH et les supporteurs de cette cause ni étaient pas inclus. Alors, les gens se sont mobilisés à Montréal en 1989, ils ont interrompu la conférence et depuis ce temps, les gens vivants avec le VIH, ainsi que leurs supporteurs sont inclus dans les conférences internationales sur le sida. Cela a été un événement marquant qui transformé les démarches, afin de traiter du sida et de ses problématiques de façon beaucoup plus globale. Désormais ils sont toujours inclus dans les conférences internationales données sur le sida.

Pourquoi cette brisure ?

Le brisure s’est produite pour plusieurs raisons. Il y a entre autres toute une génération qui est décédée et peu de gens ont survécus à cette crise pour nous le rappeler.  En 1996, la trithérapie a été développée et a fait en sorte que les gens atteints du VIH ne mouraient plus et pouvaient survivre au VIH. À ce moment-là, c’est comme si le sida avait quitté la conscience collective. Il y avait moins d’urgence et le sujet a disparu des médias et de la conscience populaire. C’est comme si l’évolution de l’activisme est aveugle des réalités actuelles. 

Vous dites que votre travail est mu par des théories et des pratiques queers et féministes, lesquelles ? 

Bien sûr dans le choix des sujets, mais aussi dans la posture du travail. Nous adoptons une façon de travailler qui favorise la collaboration, afin d’éviter les rôles hiérarchiques habituels. Le matériel de nos créations est généré par le performeur qui dirige aussi d’autres parties du spectacle. De plus, le choix de faire de l’interdisciplinaire et de l’utiliser comme médium est une façon pour nous de résister aux catégories et à briser les rôles de pouvoir traditionnels. C’est aussi évident dans les formes; nous nous inspirons beaucoup de la scène queer où l’on présente parfois des performances chaotiques qui ne sont pas roulées au quart de tour. Nous nous rapprochons de style cabaret. 

Ce qui vous intéressait dans cette démarche c’est l’énergie brute de cette environnement (queer) ? 

Oui.

Est-ce que votre création donne différentes portes d’entrées sur le thème ? 

Oui, il y a des moments plus clairs, d’autres moins qui sont plus abstraits où il faut prendre le spectacle pour les impressions qu’il fait sur le corps et sur les sens.

Quel est le message de votre oeuvre ? Est-ce de relancer l’espoir et d’inciter la poursuite du combat ? 

Oui et de nous reconnecter à cette forte énergie qui a généré le mouvement activiste lors de la crise du sida.

Merci beaucoup M. Dumaine, continuer votre travail inspirant et bonne chance pour ce soir.

Jusqu’au 28 avril.

La Chapelle Scènes Contemporaines

3700 rue Saint-Dominique
Montréal Qc, Canada H2X 2X7
Billetterie : (514) 843-7738

info@lachapelle.org

 

 

 

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