Evan Rosado dans We The Animals – un jeune enfant déjà grand acteur au faciès rarissime des prodigieux poètes

Que de belles œuvres cinématographiques bouleversantes au trente et unième festival Image et Nation! Un film de Jeremiah Zagar intitulé We The Animals portait son regard sur les yeux clairs d’un jeune mulâtre d’environ huit ans appelé Jonah qui voit la beauté de son père et celle d’un garçon adolescent du voisinage comme la révélation des troubles qu’éprouve son âme face à la beauté du visage mâle. Un jour son père qui le berce dans ses bras, en lui caressant le visage, lui confie comprendre que son fils ne soit pas un garçon comme les autres : « So I see that I have a very pretty little one », dit-il en cajolant Jonah, car il a remarqué la sensibilité particulière de son enfant trop tendre mais capable de révolte profonde aussi. Le film semble piétiner autour de son sujet soit celui du dysfonctionnement racial aux USA mais ce sont les minutes de révélation du for intérieur de l’enfant posant ses lèvres sur celle d’un adolescent qu’il vénère en rêve et dans la réalité qui éblouissent. À y célébrer aussi, un portrait de l’enfant artiste qui dessine sans relâche sa vision du monde…ce que tout enseignant au primaire a pu observer chez tant d’enfants avant qu’on ne leur enseigne à écrire crayon domptant le doigt ou la main à suivre un tracé obligatoire des lettres et des mots. Cet élan du dessin est le trésor de l’enfance que, dans mes classes, je n’ai eu de cesse à favoriser et à ne jamais réprimer.

Evening Shadows

Un magnifique acteur d’âge mûr cette fois, l’Indien Devansh Doshi, joue le rôle du fils devant refuser le mariage hétéro tout planifié pour lui par ses parents pour leur imposer l’amour masculin qui le rend heureux à Mumbai. La connivence avec sa mère qui se révolte contre son mari qui ose ritualiser la mort de son fils parce qu’il est homosexuel bouleversera les plus endurcis… Ce film est d’un cinéaste interdit en Inde à cause de son film The Pink Mirror qui impose une faune transgenre à un public vivant, au jour le jour, la séparation des sexes et l’intouchable caractère de quatre-vingts dix pour cent de sa population ainsi stigmatisée. Autre pays, certes, mais derrière la façade, mêmes mœurs inavouables entre hommes fascinés par la beauté éveillant un amour qui a son nom.

Oscar Wilde et The Happy Prince

Ceci m’amène à parler d’un très beau film dirigé par Rupert Everett incarnant Oscar Wilde dans ce fragment de sa vie qui suit ses deux ans de travaux forcés à Reading pour crime d’homosexualité à l’époque victorienne… Après avoir écrit le chef d’oeuvre intitulé De Profundis, Wilde sombre dans l’oubli : on ne s’attarde pas souvent sur ses derniers jours en France et en Italie. Steven Frears avait admirablement campé Wilde jouant cette partie de l’illustre vie avant sa condamnation, maintenant Everett réussit à portraiturer l’agonie des sens et du cœur après sa remise en liberté où à la gare la meute lui crachait au visage (ce qui éteint l’esprit de Wilde souffrant aussi de maux incurables). The Happy Prince est ce conte pour enfants qui sert de métaphore à toute la vie en dorures de Wilde qu’on finit, comme la statue dépouillée de ses pierres et de son or, par jeter au rebut. J’ai été tout étonné, en 2015, lors d’une balade au cimetière du Père Lachaise à Paris, de voir que des idiots avaient coupé le sexe de la statue Art Nouveau décorant la stèle funéraire de Wilde. L’esprit le plus fin qui ait vécu en Angleterre depuis Shakespeare n’aura pas plus eu de chance d’un côté que de l’autre de La Manche ni que dans la vie après la mort appelée rituel de l’enterrement!

Le film canadien Giant Little Ones

Voici de Keith Behrman un film abordant encore l’homophobie en milieu sportif, cette fois la natation où le nageur Frankie est amoureux du nageur Ballas, son coéquipier et grand ami. Ballas qui se vante de jouir six fois par nuit avec sa copine offre un soir à Frankie qui doit s’étendre dormir à ses côtés, après une immense fête arrosée, de passer sous la couette. Il semble que Ballas ait initié la découverte exploratoire mais il blâme Frankie sur qui il déclenche des accusations calomnieuses et indiscrètes. Auparavant, contresens complet à son portrait psychologique, Ballas qui vire au pire musclé stupide comme il en pulule dans nos innombrables gymnases aux mille miroirs, avait défendu un garçon, Michael, nageur gai de leur équipe et qui s’assume quoique menacé par un rouquin agressif envers tout acolyte trop différent. C’est ici le bâts où l’incohérence d’intrigue blesse et tout ce qui devient ensuite prétexte à violence affreuse et gratuite ne tient hélas pas la route. À part la beauté des jeunes acteurs, le scénario d’un film tourné à Sault Ste Marie ne tient pas vraiment logique pour qui y jette un regard minutieux.

Le rapport du titre au film me reste nébuleux, preuve sans doute de sa mésintelligence. Le seul moyen en sport haut niveau d’avoir la paix pour un athlète gai est d’être champion invincible : cela seul cloue le bec des machos qui se retrouve hors podium et souvent très loin derrière. Je parle ici en connaissance de cause. Carl Lewis et Ben Johnson et Usain Bolt n’ont donc pas à rougir pour leurs victoires méritées et incontestables ayant tous pris les mêmes mesures pour asseoir la majesté de leur triomphe ou jalousé ou honni ou non. Pour ce qui est de valoriser la sexualité ou l’orientation sexuelle dans le sport haut niveau, on attendra longtemps le film et l’inspiration de sa réalité. Image et Nation a offert sa Palme d’Or par la voix de Michel Marc Bouchard, porte parole du jury, au film Sauvage dont nous avons abondamment parlé ici dans nos pages!

Sujets connexes

Print Share Tweet Follow Email +1 Share