Festival Image et Nation : Trois sensuels films avec A moment in the reeds, Mario et Sauvage

Enfin ! Des scènes d’amours masculines remplies de tendresse et de sensualité remplissent le grand écran du Cinéma Impérial où se tient le festival Image et Nation. Mais cela ne veut pas dire pour autant que toutes ces histoires d’amour gai portent une cohérence de trame appuyée par une force psychologique unitaire des personnages.

Mario

Le film Mario, du cinéaste Marcel Gisler, seul film à être projeté deux fois au festival, reste résolument le plus réussi, car il relate combien deux jeunes joueurs de football peuvent s’aimer. Un joli blond soit le Mario (Max Hubacher) en question et un sublime brun en la statuesque beauté de son coéquipier Léon, forment  absolument les meilleurs joueurs de l’équipe de seconde division espérant contrat professionnel sous peu. Ils se retrouvent subitement à partager le même appartement en tant que jeunes joueurs prometteurs. L’inévitable coup de foudre survient entre ces quatre beaux yeux et leur carrière professionnelle s’en trouve menacée lorsque s’ébruite leurs chauds rapports amoureux. On aura eu droit, durant un assez long intervalle d’idylle de ce premier amour, à de splendides ébats entre jeunes mâles, athlètes haut niveau. Les parents de Léon n’existent pas au scénario mais Mario a un père homophobe qu’il confronte bel et bien, et qui prend l’affaire amoureuse en drame.

Sa mère prend un peu le parti du fils de ne pas en faire tout un plat mais hélas elle ne joue pas son rôle maternel de façon authentique, car en ces matières les mères et les épouses ont le dernier mot d’imposer la loi du cœur. Cependant le film a l’objet  d’exposer la réalité du sport professionnel masculin: ce seront les détestables gérants sportifs qui auront mainmise sur la situation pour garder Mario dans le placard et éloigner Léon que le manque de caractère et d’affirmation de Mario -en deux odieuses scènes de scandaleux canulars au vestiaire (postés par des joueurs médiocres et envieux,)  – n’aura su que renier deux fois de suite comme n’étant nullement son amoureux devant autrui. Dès ce double reniement,  Mario a définitivement perdu notre estime de spectateur. Il a surtout blessé le touchant Léon, véritable héros du film. Mario joue le jeu du showbiz, des médias et des fans de football de Hambourg en feignant d’être en couple avec une simple amie, de sorte que Mario mérite la fin d’imbécile  vénal où il se retrouvera, rempli de remords, incapable de regagner le cœur de Léon.Il faut dire que Léon est cette statue grecque parfaite, bien plus beau que lui. La lâcheté de Mario a fait en sorte qu’on ne peut plus avoir de sympathie pour lui et quand il retrace Léon, son ancienne place d’amoureux est bien sûr prise par désormais plus chanceux que lui. Encore une fois, l’incohérence psychologique du héros est flagrante. Quand on peut affronter son père et avoir les couilles de s’affirmer devant lui, on peut s’affirmer devant le monde entier, surtout celui du pitoyable football professionnel. La seconde grande incohérence du film est la beauté de Léon digne des plus parfaites statuaires de Praxitèle ou Phidias : cette beauté bouleversante, quand on la détient, est un trésor faisant fondre les pierres et Mario y a été trop sensible pour ne pas reconnaître la vraie fortune de la beauté incomparable de coeur et de corps de Léon.

Son reniement est peu crédible. Une fois que cette splendeur lui tombe dans les bras, aucun bonheur sur Terre ne peut l’équivaloir! Certainement pas les applaudissements et rugissements des ivrognes du stade pourraient en compenser la perte! Mais il y a de grands progrès cinématographiques au grand écran chez les réalisateurs de films LGBT: ça se voit très nettement chaque année du festival depuis 12 ans, même si baisse constamment le nombre des festivaliers.

A moment in the reeds

Dans le film finnois A moment in the reeds du jeune Mikko Makela, deux garçons dans la vingtaine jouent la rencontre du Nordique blond Leevi (Janne Puustinen) avec Tareq, le Syrien émigré du Levant dans le lieu idyllique des forêts septentrionales remplies des feuillus semblables à ceux de notre pays de lacs, de marais et de rivières. Dans cette Finlande bucolique, un père homophobe et obtus aura donc fait venir le second de ces jeunes comme ouvrier (joué par Boodi Kabbani) qui survient au chalet parental pour y rénover les boiseries extérieures alors que son propre fils blond comme le chaud soleil, joue l’intellectuel refusant de seconder son difficile père à la tâche manuelle de rénovation. Le scénario prévisible se débarrassera du père quittant provisoirement  le  chalet pour affaires urgentes, ce qui fournit le temps  de quelques intimités entre les deux magnifiques jeunes hommes. L’amour seul se fait, évidemment avec splendeur et tendresse, mais pas les rénovations et lorsque le père survient, il observe que son fils est amoureux. De magnifiques scènes d’amour et de baisers passionnés, parmi les plus belles du festival, ne s’enchaîneront désormais plus. L’exécutable père congédie furieusement le Levantin Tareq qui part sans salaire et le cœur brisé. Leevi, le garçon blond aux yeux bleus trouve à peine l’énergie d’une confrontation paternelle qui achoppe sur l’évocation de la mère décédée d’on ne sait quoi et dont on ne savait absolument rien jusque là.

Le film finit en impasse de conflit père-fils sans aucune résolution ni progrès, tout le monde restant sur ses positions et l’amour romantique est encore abandonné à la fuite colérique. C’est toujours jeter inconsidérément l’amour à veau l’eau.

Sauvage

Enfin, le film de loin le plus dur du festival, à ce jour, a été celui intitulé Sauvage de Camille Vidal-Naquet mettant en vedette le percutant Félix Maritaud. Il présente le milieu de la prostitution masculine à Paris avec ses drogues, ses vols des clients drogués à leur insu, surtout la dépendance affective et sexuelle où le corps couvert de tatouages se laisse violer, violenter, mutiler par des pervers meurtriers sur motif de jeux sexuels. Le fond de l’histoire d’amour entre les deux prostitués principaux disséminant la tendresse aux quatre vents (le phénoménal acteur Felix Maritaud est venu sur scène accréditer cette légende de perception angélique de ces prostitués  paumés  supposément  en pareille mission) ne tient pas la route. La tangente du projet, très lieu commun, de se trouver un vieil homosexuel esseulé mais riche pour se sortir de prostitution est tout aussi illogique que le refus d’admettre l’insupportable degré de la douleur des junkies mis ici en phosphorescence et en scène. La sulfureuse sensualité du protagoniste Draga (Maritaud) comporte des moments touchants de désespoir profond. Mais sauvé in extremis de la mort par un bon Samaritain, à la dernière heure, de l’aéroport français, il s’enfuit d’un voyage de rêve au Canada, au pas de course, heureux de se remettre torse nu pour retourner à la rue vivre à ras de terre.

C’est la plus invraisemblable descente aux enfers qui attend ceux qui s’adonnent au cristal et vendent chaque jour leur corps quand ils n’ont pas acquis même la capacité de lire. La ruine du cœur humain et de tous les sentiments d’estime de soi et des autres est le seul résultat de ce film et Maritaud donne certes une extraordinaire performance d’acteur mais son personnage est fêlé d’incohérences. L’amour lui pénètre le cœur mais il vole en riant un client qu’il a drogué sans donner aussi à son Samaritain la moindre idée qu’il le largue après de longs mois de sauvetage.  Non, le grand cinéma de Xavier Dolan (auquel il est à la mode de tenter d’élever les jeunes cinéastes supposément prodiges du cinéma  en vogue) est à mille lieux de ces trois exemples recensés ici et bien au-dessus de ces films par moments agréables pour leur sensualité quoique Sauvage n’a uniquement que des scènes de violence sexuelle, en plus. Un film israélien reste à surveiller cependant soit The cakemaker. Je n’ai pas eu l’occasion de le voir encore mais tous en disent énormément de bien. On le dit en liste pour les Oscars!

 

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