Fuite…vers la soirée d’ouverture des Concerts Ahuntsic en Fugue…ou CAenF

David Jalbert
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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

Les organisateurs du festival Ahuntsic en fugue ont pris soin de  baptiser par le mot fugue l’événement musical ayant lieu dans un beau quartier résidentiel excentré de la vaste île de Montréal. Le quartier s’est encore embelli avec les années car j’y avais passé cinq ans, jadis,  durant mes lointaines années de collégien, au secondaire. Le festival s’appelle Concerts Ahuntsic en Fugue…ou CAenF . On prend prétexte d’une fugue à 4 voix pour filer la métaphore aux actuels 4 secteurs de l’arrondissement  où ont lieu les quatre concerts de la semaine de ce mini festival. Puisqu’on parle d’élargir le festival dès la cinquième année, il pourrait y en avoir jusqu’à  5, 6, 7 ou 8 lieux de concerts l’an prochain…en se justifiant du nombre de voix qu’une fugue puisse contenir.

La soirée d’ouverture au bel amphithéâtre de bonne acoustique du collège secondaire Régina Assumpta, rue Sauriol, le samedi 12 août dernier, fut agrémentée par la présence du brillant pianiste David Jalbert (son Intégrale des Nocturnes de Gabriel Fauré est un bijou rarissime à se procurer par tous les moyens-disons aussi qu’il exigera de nombreuses heures d’écoutes attentionnées), professeur de piano à la faculté de musique de l’Université d’Ottawa. On l’a entendu sur piano Steinway dans trois extraits de la suite de musique de ballet Roméo et Juliette de Prokofiev (qu’il avait offerte déjà ce printemps dans le cadre d’une intégrale des sonates pour piano de Prokofiev à la  Chapelle historique du Bon Pasteur sur piano Fazioli). Le quatuor Claudel-Canimex s’était tout d’abord présenté au public, samedi soir, pour jouer des extraits d’oeuvres d’Alexandre Borodine, une berceuse de Gershwin et, se joignant enfin au piano de Jalbert ils auront interprété le Quintette en la majeur opus 81 de Dvorak en fin de programme.

Avec tout ce qui a cours d’événements à Montréal à cette époque estivale où la moitié des gens sont encore en vacances ou adonnés au farniente, j’ai été surpris qu’un samedi soir, à moins de 3 kilomètres du parc où on projetait gracieusement le match de demi-finale du  fabuleux tournoi international de tennis montréalais, qu’on ait  tout de même réuni une centaine de personnes ayant voulu «fuguer» pour venir écouter ce programme et ses artistes.

Il faut souligner le bonheur qu’on a de constater que les dates des concerts restants (dans des salles absolument peu connues ou en plein air) ne doublent pas celles des soirs où l’Académie internationale de quatuor à cordes de McGill (MISQA) propose d’inouïes merveilles gratuites avec des quatuors de haute stature internationale (ou à deux dollars près) aux mélomanes. On pourra alors entendre calmement, cette semaine, le programme restant du CAenF du lundi 14 août 20h au «Loft 101» (?!?) du quartier Chabanel dévolu à André Mathieu (4 musiciens québécois dont on donne une valeureuse et encourageante biographie au programme officiel en seront soit Guillaume Martineau-piano, Jean-Sébastien Roy-violon, Mathieu Lussier-basson, Ariane Brisson-flûte). On y a ajouté deux oeuvres de Claude Champagne et François Dompierre.  De même  les récitals des mercredi 16 août 20h à l’église Saint-André Apôtre (avec le quintette à vent Pentaèdre) et. évidemment,  le plus emballant des programmes parmi tous, celui du vendredi 18 août 20h avec le récital de notre brillante mezzo-soprano Julie Boulianne  accompagné du pianiste Mathieu Gaudet (il jouera en complément de programme la Wanderer Fantaisie de Schubert ). Cette dernière «soirée romantique» sera tenue à l’Église de la Visitation, boulevard Gouin.

Je ne savais pas que Messiaen qui y figure au dernier programme «romantique» aux côtés de Franz Schubert (dont je cherche désespérément une biographie fiable parlant sans censure ni approximation de ses authentiques élans romantiques fort audibles pourtant…), Reynaldo Hahn (l‘amoureux ami de Marcel Proust), donc que Messiaen pouvait être perçu comme «romantique»: j’ai hâte de le constater par la voix de madame Boulianne, vendredi soir prochain, dont je n’ai jamais digéré qu’elle n’ait pas remporté le premier prix au concours international de musique de Montréal, il y a déjà tant d’années…tellement je la trouvais absolument tout le concours durant..au-dessus de toute la mêlée des interprètes. Il faut saluer des chefs comme Nézet Séguin (qui l’a invitée au Metropolitan Opera entre autres)  qui corrigent ces affreuses erreurs de surdité des juges à tous ces concours internationaux où nos si jeunes et brillants musiciens sont confinés à des chorégraphies humiliantes de cirque incessant et mis au rancart  injustement (en juin dernier le Van Cliburn Competition a éliminé un talent immense, l’Italien Leonardo Pierdomenico et en plus Yutong Sun, un génie absolu du piano et chaque concours ne nous révèle pas toujours un Lucas Debargue-4ème prix!… 2015 au concours Tchaïkovsky alors que je me trouvais par hasard à Moscou pour encaisser ça). Tout ça pour dire que je trouve immensément courageux ces musiciens qui persistent jusqu’au coeur de l’été en des quartiers éloignés et avec ferveur, combien j’admire qu’ils tiennent le gouvernail de la plus belle musique de notre monde vacillant. Ainsi ces musiciens présentés au MISQA de McGill (concerts les 17, 18, 24, 25, 26 août à Pollack Hall, métro McGill,masters class chaque jour des deux prochaines semaines à 14h00 Salle Tanna Schulich) et aux Concerts Ahuntsic en Fugue…ou CAenF en font partie… de cette escouade des soins intensifs, seule capables de nous guérir de tous les maux infligés à notre si belle planète. Trois mesures de musique font s’envoler toutes les peines du monde et instillent en nous la joie de toutes les libertés. Il ne faut qu’un fou comme moi pour répéter ça partout.

Dernier détail en notre époque bourgeoise: le programme officiel du Concerts Ahuntsic en Fugue indique la durée approximative des oeuvres de chaque récital, jamais plus d’une heure de musique. Je ne sais qui cela rassure…est-ce une précaution utile pour ne pas effrayer le monde?

Je tenterai le vélo pour me rendre rue Chabanel…lundi 14 août…périlleuse descente par les flancs du Mont-Royal.

Il faut deux bonnes heures de transport en commun à partir du sommet de la montagne pour se rendre à chacun des lieux de récital voire plus, aller-retour.

Il nous faut donc  faire une fugue de quelques heures de trajet de son domicile pour se rendre entendre une heure (max) de la belle musique qu’on y joue. Je doute fort que le quartier Ahuntsic soit populaire auprès de ceux qui voyagent à vélo ou par le métro et les bus. Mais ceux qui ont une voiture seront heureux des facilités de stationnement qu’on y offre, loin des foules gommées de piétons du centre-ville…En somme, il faut tout de même saluer ce festival d’été de quartier…quoique à la soirée d’ouverture, peu de jeunesse parmi l’assistance…et toujours cette question insoluble: comment y attirer les nouvelles générations?  Le cursus du collège Regina Assumpta où on enseigne de passion la musique doit devenir une partie de la réponse. Courage!

 

Photo prise sur le site web sur http://davidjalbert.com/

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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

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