Fulgurant Ballet national de Cuba dans le ballet Carmen

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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

Les ArtsZe.com en vacances à La Havane …

CARMEN (Viengsay Valdés, Ginett Moncho, Ariel Martrínez, Adniel Reyes y Patricio Revé) Foto Leysis Quesada

En ce jeudi soir, 22 décembre 2017, le théâtre Alicia Alonso de La Havane est rempli d’une jeunesse en forme et d’un public connaisseur fort cultivé venu entendre ou revoir de grands artistes confirmés dans leur art. Au pays classé premier par l’UNESCO en matière d’éducation et de santé, on assiste à cela pour 30 pesos cubains -soit le dixième du salaire mensuel moyen d’un Cubain (ou 30 CUCS pour les touristes étrangers). L’irremplaçable première dame du ballet cubain, Alicia Alonso, assiste à la première partie du programme de manière auditive. Dans ce pays que seuls les bohèmes cultivés apprécient à sa juste mesure, c’est en somme un public gagné d’avance constitué de gens assez avisés pour se mettre au parfum de ce grand événement artistique que constitue toute production et représentation du Ballet national de Cuba.

Quelle joie donc de revoir encore la troupe et les grands solistes du Ballet national de Cuba dans des chorégraphies originales de la grande dame du ballet cubain Alicia Alonso mais cette fois dans la salle Garcia Lorca du Grand théâtre
Alicia Alonso de La Havane.

Ce 22 décembre à 20h30, Dame Alicia Alonso était ravie d’envoyer de tendres gestes d’amour de la corbeille au public lui faisant, debout, ovation chaleureuse. Elle venait tout juste, l’avant-veille, de célébrer ses 97 ans et on la soutenait quoique
droite comme altière comme une première danseuse stoïque, comme en 2017 sur scène lors de leur venue à Montréal, salle Wilfrid Pelletier pour le fabuleux ballet Don Quixote.

CARMEN (Viengsay Valdés, Ariel Martrínez, Adniel Reyes y Patricio Revé) Foto Leysis Quesada

De jeunes danseurs étoiles soit Chavela Riera et Luis Valle nous ont présenté, avant l’entracte, deux extraits d’oeuvres dont un d’un ballet chorégraphié bien sûr par Alicia Alonso intitulé En las sombras de un vals sur de la musique de Josef Strauss.
Subséquemment, toujours dans le cadre de la célébration des 95 ans de la Fondation universitaire étudiante cubaine les danseurs Anette Delgado Dario Hernandez et Adrian Sanchez ont enchaîné avec un extrait d’Anyali sur une chorégraphie et une conception de costumes par Ely Regina Hernandes. Ce furent les mises en bouche pour ainsi dire puisque que véritable régal de la soirée fut le ballet intégral Carmen chorégraphié par Alberto Alonso selon le libretto d’opéra de Ludovic Halévy et Henry Meillac, création tirée du fameux opéra de Bizet dont on sait combien, à sa première représentation du vivant du compositeur – au milieu du XIXième siècle- il fut à la fois un échec et fort mal exécuté au grand dépit du jeune génie français disparu à 36 ans!

Les danseurs ont rendu ce Carmen à merveille, imbu de l’esprit de l’oeuvre littéraire (une nouvelle) de Prosper Mérimée où Carmen (ce soir là incarnée par la brillante, gracieuse et enjouée Viengsay Valdès). Valdès en radieuse Carmen montra son indépendance de caractère, sa défiance des conventions et son insoumission fière aux conventions amoureuses de l’époque et du lieu. En incarnant cette gitane montagnarde Viengsay Valdès fut plus que sensuelle et suprêmement belle de haute grâce: elle fut d’une papillonnante indépendance fantasque, pétrie de légèreté aérienne et de tempérament volage absolument affranchie d’obéissance. Ses partenaires subjugués et d’une hauteur prodigieuse d’exécution tant des sauts que des enchaînements furent Patricio Revé dans José et Ariel Martinez dans le rôle d’Escamillo. Tout le corps de ballet, toute la compagnie irradia de prestance, d’exactitude et de symétrique simultanéité des figures car toute la compagnie supplante toute rivalité d’excellence dans la hauteur de la perfection des figures de ce ballet. On se sait choyé du niveau d’excellence qui caractérise des compagnies bien menées quasiment à l’égal du Ballet de Perm de la grandissime Natalia Makarova venue aussi à Montréal l’an dernier. Enfin comment ne pas cesser de rappeler tant de moments inoubliables dans nos vies?

Souhait de retour du Ballet national de Cuba à Montréal

En 2011, la compagnie cubaine était venue à Montréal. Toujours dans la salle archi comble de Wilfred Pelletier c’était le ballet Giselle qu’ils nous avaient présenté avec Anette Delgado alternant avec Viengsay Valdès et Sadaise Arencibia dans le rôle de Giselle et les premiers danseurs (accompagnant dans l’ordre les ballerines nommées ci-haut les 17 18 et 19 février matinée et soirée de l’inoubliable année 2011) Dani Hernandez, Ernesto Diaz, Elier Bourzac.

Depuis 6 ans. Montréal a euphoriquement accueilli le Ballet de l’Opéra de Paris (Paquita) et le sensationnel Ballet de Perm de Russie et plusieurs fois donc le ballet national de Cuba, tout à fait à la hauteur de ces fleurons de la danse classique.

Mon rappel de tout cela est du glorieux passé, certes, mais comme il demeure inoubliable pour tout admirateur de cet art aristocratique qu’est le ballet classique tout comme l’interprétation musicale classique qui n’appelle que les meilleur(e)s au sacrifice du temps à la répétition savante et appliquée du sublime corps humain voulant maîtriser les grandes oeuvres sensées des arts de la scène, je l’évoque avec frissons!

Montréal durant ces cinq dernières années a joui de grands moments grâce aux invitations opérées par Les Grands Ballets canadiens de Montréal. Les retrouver à Cuba donne le goût aussi de voyager en Russie pour n’aller voir que leurs grandes compagnies de ballet, comme je me rends aux concours Tchaïkovsky et au concours Chopin de Varsovie quand il s’agit d’entendre et de découvrir de grands pianistes talentueux à la fleur de leur jeunesse.

J’ai commis l’affreuse erreur – et je m’en voudrai toute ma vie- de ne pas me rendre à la séance du 23 décembre du Ballet national de Cuba offrant la prestation des autres danseurs étoiles…étant sollicité par d’autres événements artistiques qui ne pouvaient être à la hauteur des exécutions sublimes de cette extraordinaire compagnie qu’il faudrait avoir à Montréal comme compagnie en invitation ou résidence permanente, comme on dit ces jours-ci. C’est une idée comme ça… Un passeport-haute danse permanent à toutes ces étoiles lumineuses du Ballet cubain, une espèce de légion d’honneur, la clef de nos maisons et de coeurs en notre ville d’art et de solidarité.

Tout touriste éduqué le moindrement ouvert au grand art aristocratique (beaucoup d’appelés, peu d’élus) de la danse classique ne devrait qu’envisager ses déplacements de vacances à Cuba qu’en fonction des programmes de la saison de danse du Ballet nacional de Cuba! Surtout au grand théâtre Alicia Alonso, pour le sixième du prix de ce qu’il en coûte ici pour les admirer un soir! Longue vie et santé à ces génies de la danse!

Photos:

  1. à la une:  EN LAS SOMBRAS DE UN VALS (Chavela Riera y Luis Valle) Foto Leysis Quesada
  2. CARMEN (Viengsay Valdés, Ginett Moncho, Ariel Martrínez, Adniel Reyes y Patricio Revé) Foto Leysis Quesada
  3. CARMEN (Viengsay Valdés, Ariel Martrínez, Adniel Reyes y Patricio Revé) Foto Leysis Quesada


	
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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

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