Hier soir à Bercy : Charles Aznavour – Peu de surprises mais toujours magique

Bercy. A 93 ans, on peut s’offrir des ovations de 17 000 personnes dans une salle que l’on découvre. C’est le cas de Charles Aznavour, hier, à Paris, qui a lancé, tonitruant, sa tournée.

C’est la première fois que le doyen de la chanson française chantait dans cette salle du sud de Paris. La démarche assurée, il ravit le public présent dès son entrée, saluant (plus longuement que d’habitude) les 17 000 personnes venues pour l’écouter. Oh, cela ne l’impressionne pas le grand Charles, il en a vu d’autres. Il a chanté dans des stades, sur des places monumentales ou dans des festivals, réunissant jusqu’à 100 000 personnes parfois. Mais ce premier Bercy avait une saveur particulière. Devant un parterre du tout Paris qui ne lui fait vraiment plus peur (On notera la présence de Niels Arestrup, Jack Lang, Bruce Toussaint, Enrico Macias) Charles Aznavour a donné un récital frénétique de près de deux heures, sans entracte et sans laisser le temps de souffler aux musiciens.

Comme depuis 2015, Aznavour début par « Les Émigrants », chanson qui lui tient à coeur, notamment par son histoire familiale. A noter d’ailleurs que dans la salle, il se trouvait le seule personne encore vivante ayant assisté à ses débuts sur scène en 1932 : Sa soeur aînée Aïda, confortablement installée, suivait la prestation scénique de son jeune frère !

Avec « Je n’ai pas vu le temps passer », Aznavour annonce la couleur. L’âge est là, il en est conscient. « Je ne vois plus bien, je n’entends plus rien, je n’ai plus de mémoire, je prends des cachets pour trembler un peu moins… mais je vais quand même chanter ! ».

Aznavour surprend également. Les fans trouveront peut-être que le programme du tour de chant ressemble sensiblement à celui du Palais des Sports 2016 à quelques exceptions près. Pourtant, au cours de sa promotion médiatique, on pouvait s’attendre à des merveilles oubliées, il avait promis de chanter des chansons que les gens ne connaissaient pas. Il citait même régulièrement « L’instant présent ». Pari à moitié réussi, on pouvait s’attendre à plus de sa part, Charles s’est reposé sur ses classiques qui font partie des concerts depuis plusieurs années. Exception notoire, un ovni, « Une idée », chanson de 1987, apparaît sur scène et on redécouvre un Aznavour oublié, à l’orchestration bossa-nova, délicieux !

Doit-on encore parler de la magistrale interprétation de « Sa jeunesse » avec Eric Berchot au piano ? Non, il suffit de l’écouter, de la découvrir. « J’ai mis 15 ans à trouver la musique ». « Parce que » est terrible d’émotion, transporte le public qui ne s’y trompe pas en saluant l’oeuvre par une ovation.

Outre les chansons anciennes, Aznavour s’est également amusé à « ressortir de la poussière » des textes plus récents mais qui n’ont pas eu le succès mérité. C’est le cas de « La critique », sortie en 2003 sur l’album « Je voyage ». Il s’en prend à ceux qui « l’ont démoli à [ses] débuts » et rappelle que, lui, il est encore là. L’interprétation est magistrale, les guitares de Yannick Deborne font le reste. Le Figaro n’a pas aimé, c’est bon signe ! S’en suivent des titres présents dans la mémoire commune : l' »Avé Maria » retentit encore dans l’enceinte de Bercy à cette heure, précédent avec malice « Mon ami mon Judas » avec une orchestration endiablée, une diction parfaite et une justesse des mots. La salle est transportée et ce n’est pas fini.

« Mon ami mon Judas », c’est la rampe de lancement d’un concert que les peu initiés ont pu trouver tranquille. Là, d’un coup, débarquent « Il faut savoir » et la puissance de voix inouîe, les « Emmerdes » un peu fausses (nul n’est parfait), un « She » planétaire et magistral, un « Hier encore » bouleversant… bref, tout y est ! Le patron est bien en place et il compte le rester.

Il souhaite aussi honorer les auteurs et les compositeurs, rappelle le rôle de Georges Garvarentz, d’Henry Kretzmer et veut citer, comme le faisait Edith Piaf, les personnes qui l’ont accompagné. Il en oubliera certains comme Jacques Plante.

Bien entendu, un concert de Charles Aznavour ne peut être complet si il n’y a pas « Comme ils disent », « Les deux guitares », « La bohême » pendant laquelle toute la fosse se lève pour se fondre au pied de la scène. Charles Aznavour parait d’un coup encore plus immense qu’à l’habitude. « Emmenez-moi » le transporte, l’électrise, l’amuse et, d’un coup 17 000 spectateurs entrent en communion avec lui, reprenant le refrain.

Alors oui, Charles Aznavour est âgé, la voix est plus faible parfois, le geste plus lourd, mais son écriture, sa musique et sa carrière font que la reconnaissance du public qui l’aime tant ne fait pas défaut. Ils sont venus, ils sont tous là, et ils reviendront sûrement, tant la magie d’une soirée comme celle-ci transporte au bout de la Terre, au pays des merveilles.

Programme de la soirée :

Les Émigrants
Je n’ai pas vu le temps passer
Une idée
Paris au mois d’août
Je voyage
Sa jeunesse
Mourir d’aimer
Parce que
La critique
L’amour c’est comme un jour
La vie est faite de hasards
Désormais
Non, je n’ai rien oublié
Avé Maria
Mon ami, mon Judas
Avec un brin de nostalgie
Il faut savoir
Mes emmerdes
Je reviens Fanny
She
Hier encore
Les plaisirs démodés
Comme ils disent
La bohême
Emmenez-moi

 

Photo © Vianney Mosser

Twitter  @vivi_mosser

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