Hurlevents : Au-delà des mots, trouver son essence

Comme l’a si bien dit Claude Poissant avant que ne commence Hurlevents: il ne s’agit pas d’une adaptation du roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, ni même d’une inspiration, mais plutôt d’une transgression. Effectivement, si le fil conducteur reste le même, les dialogues, l’ambiance, les événements, résolument contemporains, raisonnent d’une éprouvante actualité, mais semblent cependant se perdre dans un dédale de tirades et de sujets critiques, à peine effleurés.

Hurlevents traite avant tout, d’amour. Sauf que dans l’univers de Fanny Britt, de même que dans celui de sa mentore Emily Brontë, les histoires d’amour finissent mal. Dans ce panel d’âmes fragiles et déboussolées, on aime trop, pas assez, en vain, pas du tout, désespérément. Cette détresse amoureuse nous est présentée autour de différents récits, de l’échec à la catastrophe.

Tout commence par un cours magistral, dans lequel une solide Catherine Trudeau, nous expose les grandes lignes du fameux roman Les Hauts de Hurlevent : Heatcliff tombe amoureux de Catherine, avec qui il a été élevé. Malheureusement, celle-ci épouse un autre homme. Poussé par un désespoir défiant toute logique, Heatcliff décide de se venger, en détruisant tout sur son passage, en particulier les deux hommes à l’origine de son mal : le frère et le mari de Catherine. Il est alors légitime de se demander qui parmi les personnages, pourrait être une bonne représentation du couple. C’est Émilie (touchante Florence Longpré) qui retient notre attention, car c’est en elle que se réincarnent la fragilité, la fêlure et le mal-être de Heatcliff.

Ce retournement de situation est perçu à la moitié de la pièce, tandis que l’on assiste à la désillusion des autres protagonistes : entre une peine d’amour, un avortement, une possible agression sexuelle… beaucoup de squelettes sortent du placard. Fanny Britt ouvre beaucoup de portes, mais en referme très peu, tant est si bien que l’on est en droit de se demander où elle veut en venir. On parle d’homosexualité, d’âgisme, de conformité, de féminisme… beaucoup de questions restent sans réponses : Isa a-t-elle effectivement été violentée ? Sam aurait-il voulu garder son enfant ?

Il est louable de souligner le côté « rentre-dedans » du texte, avec des répliques qui font mouche à tout coup, mais s’il est vrai que l’humour peut faire passer bien des messages – mêmes graves – avec plus de légèreté, il semble ici vouloir nous égarer pour détourner notre regard d’Émilie. Cela fonctionne… au détriment des histoires des autres personnages, qui eux aussi, souffrent.

Au final, on voit venir les monologues avec un certain soulagement : ces moments de calme, sans métaphores, moins verbeux, nous recentrent sur l’essence de la pièce. Le final en costumes tente une fusion avec l’ambiance victorienne de l’époque du roman et s’assure ainsi de refermer la boucle.

Un bel hommage à une œuvre marquante, qui aurait bénéficié d’un flou artistique mois assumé.

« Hurlevents » est présenté au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 24 février 2018.

Durée du spectacle : 1h30, sans entracte.

MISE EN SCÈNE

Claude Poissant

AUTEURE

Fanny Britt

DISTRIBUTION (Par ordre alphabétique)

Alex Bergeron, Kim Despatis, Benoit Drouin-Germain, Florence Longpré, Emmanuelle Lussier-Martinez, Catherine Trudeau

Photo:  Catherine Trudeau, Benoît Drouin-Germain @ Gunther Gamper

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