IDIOT d’Helen Simard, un plaisir pour les esprits libres

Idiot

Des corps jonchant le sol au centre de la scène et des musiciens en arrière d’eux, à leur poste, immobiles. Un homme dans un coin fait retentir dans un micro des mots dont lui seul connait la portée et une femme, debout, qui sourit, qui défie, qui nous voit sans nous voir. Bienvenue dans l’univers d’IDIOT, le deuxième volet d’une trilogie de créations inspirées par Iggy Pop.

Ce sont les accords de la guitare, les coups de la batterie et les notes du synthétiseur, qui en électrisant l’atmosphère donneront vie à cette scène mise sur pause juste le temps que les spectateurs s’installent. Il se révèle alors un monde où les corps sont tourmentés mais résilients, cherchent avec leur main une aide invisible qui pourrait peut-être leur permettre de s’élever au-dessus des maux qui les affligent et loin de ces voix dans leur tête qui les torturent.

Les corps se meuvent, dans leur propre bulle, indifférents les uns des autres et pourtant créateurs d’une harmonie; indifférents de la musique présente et pourtant vecteurs de chacun de ses décibels.

Comme tout combat connaît ses moments de capitulation, les corps eux aussi se laissent parfois dominer et entraîner par la musique vers un état de paisible transe quoique certains récalcitrants se fassent violence pour ne pas succomber.

Mais la musique se fait plus intense, trop forte pour être ignorée et trop singulière pour être analysée. Ne s’adaptant à aucun des cadres de notre intellect, elle fait fi de notre esprit cartésien et parle directement à nos sens. Et si notre voix intérieure était en fait un air rock trop ostentatoire pour être continuellement ignoré? Telle est l’hypothèse que ces corps qui finissent par célébrer les éclats furieux de musique qui résonnent dans leur chair, et à sortir de leur bulle individuelle pour rencontrer chez l’autre les reflets de leur propre singularité, nous amènent à considérer.

Jeux de niveau, accélération et ralentissement, pirouettes et travail au sol, une musique se faisant parfois pressante, suppliante ou étouffante, des jeux de lumière qui ne donneront pas le temps d’analyser ce qui est présent mais plutôt de s’en tenir à ce que les ombres et éblouissements évoquent : IDIOT est un spectacle pour le fort intérieur. L’analyse n’y a pas sa place, tout est dans le ressenti.

Les danseurs paraissent incompréhensibles, inhabituels, singuliers et excentriques puis vulnérables et humains dès que l’on comprend qu’ils ne cherchent qu’à apprécier la musique dans leur tête plutôt que d’essayer d’y échapper. Fous, seuls ou perdus, peu importe car ils sont nous et ils nous amènent à nous célébrer dans toute la beauté de la confusion humaine.

IDIOT est un soulagement pour les anticonformistes, un plaisir pour les esprits libres et un rappel que marcher au son de son propre tambour est la meilleure façon de trouver un équilibre. Un spectacle réussi, à voir et à revoir.

Photo: Claudia Chan Tak

IDIOT

2 et 3 mars à 20 heures
La Chapelle Scènes Contemporaines
3700, Saint-Dominique street
Montréal Qc, Canada H2X 2X7

Box-office : (514) 843-7738

info@lachapelle.org

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Written by 

Polyglotte, citoyenne du monde et amatrice de mets épicés, Christiane est un fier hybride de cultures. Elle danse depuis plus de 15 ans, joue au ukulele, aime la capoeira et marche sur le verglas sans tomber.

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