Jean-Pierre Ferland : Chansons affectueusement jalousées

The following two tabs change content below.

A l’aube de l’hiver, Jean-Pierre Ferland lance son nouvel album qui réchauffera les cœurs. « Chansons jalouses » est sorti officiellement le 28 novembre 2016. Accueilli avec révérence et tendresse, ce nouvel album comprend dix titres empruntés à Félix Leclerc, Éric Lapointe, Gilles Vigneault, Léo Ferré, Diane Tell, Robert Charlebois, Michel Rivard, Claude Dubois et Jacques Brel. Jean-Pierre Ferland parachève l’album avec sa chanson « La Musique ».

Le Petit Roi exalte quelques œuvres de la chanson québécoise. À 82 ans – un âge auquel il recevrait des hommages – Jean-Pierre Ferland a choisi d’honorer ses pairs, en interprétant leurs chansons, jalousées avec affection. Véritables allégories de la culture québécoise, huit titres retracent l’histoire de ces artistes que l’album, « Chansons jalouses », met en arborescence. Outre ces classiques québécois, Jean-Pierre Ferland a également choisi d’emprunter au répertoire belge « La chanson des vieux amants » de Jacques Brel et au répertoire français, « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », poème de Louis Aragon, mis en musique par Léo Ferré.

D’une modestie bouleversante, l’artiste qui a signé plus de 500 chansons et près de 50 albums semble avoir entretenu un certain complexe vocal. Jean-Pierre Ferland puise sa force de sa plume. Il est surtout reconnu et admiré pour ses textes aux saveurs de miel. Quant aux appréciations de sa voix, durant sa carrière, l’artiste a essuyé des retours parfois bien sévères. « Pour chanter haut, vous chantez haut. Pour chanter fort, vous chantez fort… mais c’est laid! », auront été les dires d’un professeur de chant que rapporte, en riant, Jean-Pierre Ferland. Et pourtant, dans cet album, c’est la voix qui est mise au premier plan et les arrangements musicaux aussi somptueux soient-ils, se mettent en retrait pour faire briller l’artiste et les paroles que ce dernier interprète amoureusement. La magnifique orchestration est signée par André Leclair, gendre de Jean-Pierre Ferland.

Comme les titres de l’album « Chansons jalouses », la voix de Jean-Pierre Ferland a traversé les années. Ce timbre, parfois éraillé, vient sublimer l’âme de ces chansons. On retrouve l’esprit du chansonnier dans « Bozo », « J’ai pour toi un lac », « Tout simplement jaloux » mais Jean-Pierre Ferland surprend agréablement en interprétant « Mon ange », « Si j’étais ton homme » et « Si Dieu existe » en y insufflant son empreinte.

L’interprétation de « Ordinaire » est sans doute la plus touchante. Elle cristallise la compétitivité qui avait visité l’interface des deux hommes, Jean-Pierre Ferland et Robert Charlebois, aux destinées pourtant entremêlées. En effet, sur le vieux continent d’où je viens, ces personnages de la chanson québécoise ont tous deux embrassé le succès pour avoir notamment exporté leur amour du Québec : Jean-Pierre Ferland avec « Je reviens chez nous » et Robert Charlebois avec « Je reviendrai à Montréal ». Si Jean-Pierre Ferland habite, véritablement, « Ordinaire », la résonance des paroles « Si vous saviez comme j’me sens vieux » n’est peut-être pas la même mais la symbolique n’en demeure pas moins saisissante.

L’album « Chansons jalouses » serait-il l’aboutissement d’une noble résilience et affirmation de l’artiste? Il est sans doute une ode à l’amour romantique et amour de la musique.

mm

Written by 

Sujets connexes

%d bloggers like this: