Jordan de Souza dirige l’OM dans du Schumann

Le programme de l’OM du 12 avril était fort beau avec tout d’abord du Frédéric Delius (1862-1934) pastichant la musique française de son époque, ensuite deux oeuvres d’importance de Robert Schumann (1810-1856) soit une oeuvre fort tardive et une autre de maturité et, au milieu de tout ça, une oeuvre rassérénante comme toujours du Finlandais Jean Sibélius (1865-1957) intitulée Kevätlaulu.

L’ordre du programme, changé sans importance vitale, à la dernière minute, fut précédé, face à une Maison Symphonique en-deçà du fait d’être à peu près à moitié comble, par une allocution en apparence bilingue du jeune chef Jordan de Souza encore récemment étudiant de McGill. Avant de diriger, sa présentation succincte de lui-même en travers du Schumann au programme et la symphonie dite Printemps  (les vingt fautes de genre des vocables français qu’il a faites en si peu de phrases… jettent l’ombre sur sa véritable connaissance de la langue française d’ailleurs assez moyennement articulée), sans mentionner surtout que cette symphonie sourdait, en 1841, de joies inespérées après 5 ans de combats juridiques du compositeur contre le père de sa future femme Clara Schumann (ce difficile M. Wieck ne voulait pas lui donner sa fille pianiste!), cela montrait un raccourci de la biographie historique faisant fi de la place rayonnante de cette oeuvre symphonique pleine d’enthousiasme matrimonial- soit l’expression d’un viscéral plaisir si ardemment gagné par Robert Schumann et Clara Wieck.

Enfin, le concert débuta et vint le tour du soliste invité, le violoncelliste Maximilian Hornung jouant fort adroitement le concerto pour violoncelle de Schumann, oeuvre tardive sans doute la plus belle du répertoire avec les concertos de Dvorak et Saint-Saëns. Hornung après avoir fort bien joué l’oeuvre sans trop d’attention de la part du chef et réciproquement, bien entendu, nous a gratifié d’un mouvement d’une des célèbres suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach dont nous venons, tout récemment encore, par Yo-Yo Ma, d’entendre l’intégrale.

Enfin, si l’oeuvre de l’Anglais francophile Delius avait mis en évidence son impressionnisme, le poème dit Chanson de printemps de Sibelius réjouit de sérénité la foule de la même source de lumière dont chacun a bien besoin pour sortir du long hiver 2019, le tout dans l’esprit fort bien conçu de ce programme. Dans l’oeuvre symphonique finale, Jordan de Souza ne soutenait pas la comparaison avec la venue récente et électrisante de Christophe Koncz dont nous avons abondamment déjà parlé dans nos pages.

Pour dire vrai, sans ambages, la battue évanescente du jeune de Souza est problématique et laisse place à des mimiques équivoques presque précieuses que les assistants du choeur ont eu à décrypter avec torpeur sans doute. Ceci dit, les musiciens de l’OM ne regardèrent à peu près pas le chef du concert entier. Le concert souffrait, au fond, d’une froideur inhabituelle. Au préambule du concert, si décevant tant dans la forme que dans son contenu, Jordan de Souza voltigeait du coq-à-l’âne entre l’anglais qu’il maîtrise aisément et notre langue que le Viennois Koncz parle beaucoup mieux que lui. Ensuite son costume en queue-de-pie détonnait par surcroît des absences de cérémonie des chefs conscients de l’humilité du public de l’OM.

Néanmoins, la candeur de son parler-franc, dans les deux langues, laissait entendre et entrevoir l’admission de son amour avoué pour Montréal malgré son atterrante ignorance grammaticale de la langue d’un peuple chez qui il a séjourné longtemps et que fort probablement il aura appris à apprécier. Le public montréalais toujours heureux de se lever et d’exprimer son amour en fin de concert, n’a donné qu’une ovation réservée, polie, moitié debout mais qui s’est éteinte subitement de toute façon peu encouragée par l’attitude d’un jeune chef évidemment satisfait de lui-même, parvenu un peu trop bien mis sur notre scène, mais qui tardait trop surtout à revenir sous les feux de la rampe pour au moins forcer les vivats et le triomphe dans ses apparences.

Avec l’humour québécois impitoyable de caricature aux heures de nos festivals rieurs, on peut imaginer que l’habit ne fait pas le moine au sortir d’un concert à Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ou à Pierrefonds-Roxboro, mais c’est vraiment vivre hors des barèmes de l’heure. Le métier exige qu’on cite Vienne ou l’Opéra comique de Berlin dans la biographie obligée du jeune chef, mais dans la gestuelle ou la démarche un peu hautaine sur scène il y a une retenue montréalaise à saisir dans les prémices d’une carrière musicale où tant de rivaux et rivales se bousculent aux portes de l’affamante célébrité tant recherchée et qu’on doit apprendre non pas à arracher mais à obtenir par authentique charme, talent et entregent surtout en musique classique, un monde rempli de conventions en rite cérémonial teinté de décorum mystérieux à tout néophyte. La juste mesure c’est aussi ça quoique c’est un truisme d’avoir à l’imager en un exemple si concret ici. Le plus simple serait de faire semblant n’avoir rien perçu ni entendu.

 

Photo de Maximilian Hornun

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