Kent Nagano dirige l’OSM dans une Première mondiale: Une belle et mélodieuse oeuvre contemporaine de l’Iranien Behzad Ranjbaran

Né à Téhéran en 1955, le compositeur Behzad Ranjbaran a grandi à l’époque de Rîza
Pahlavi (le dernier shah d’Iran) alors qu’enfant et adolescent il étudiait au
conservatoire de musique au curriculum scolaire d’obédience française. Behzad s’y
perfectionne jusqu’en 1973, puis il émigre ensuite aux États-Unis afin d’y
poursuivre ses études de composition dans l’Indiana. Ces jours-ci, le voici à
Montréal pour nous faire entendre son tout récent Concerto pour contrebasse, oeuvre
contemporaine très mélodieuse, interprétée par l’orchestre dirigé par Nagano et
mémorisé par la contrebasse solo Ali Kian Yazdanfar.

Le programme entier du concert du 14 février dans une Maison Symphonique remplie à
capacité de couples amoureux fut vraiment une réussite à tout point de vue. Après le
Prélude du premier acte de Lohengrin de Richard Wagner en guise d’ouverture
traditionnelle, nous avons admiré l’oeuvre contemporaine, toute nouvelle, en plat de
résistance. En fin de soirée, après l’oeuvre iranienne en première mondiale
précédant l’entracte, survint le régal de la première symphonie de Gustav Mahler
désignée sous le nom de Titan où une gigantesque contrebasse de 11 pieds de
hauteur, appelée octobasse en réalité, fut jouée par le contrebassiste Éric
Chappell.

Le concerto pour contrebasse et orchestre présenté en première mondiale, dura 25
minutes. Il comporte trois titres non pas de mouvement musical mais d’atmosphère
musicale, offerts en anglais et candidement traduits par Grâce et lumière, Monde
caché (ou insoupçonné?) et Union d’essence (ou Quintessence?). Enfin, la musique
n’étant pas un art mimétique malgré tous les titres à programme qu’on veuille bien
consentir à l’affubler ou à admettre comme probables, disons que le premier
mouvement est une musique lente, méditative, somptueuse en ses textures de rêve
oriental. C’est presque une musique de harem ou de palace princier au temps des
sultans ottomans. Les méditations sont langoureuses: on croit percevoir des soupirs
nostalgiques qui font songer aux désespoirs de la célèbre Scheherazade captive. La
force de l’invention du second mouvement est saisissante d’originalité et le soliste
Yazfandar y a été éblouissant. Si les mouvements ne sont pas tous aussi contrastés
dans leurs moyens expressifs, le troisième mouvement est beaucoup plus vif et de
somptueuse palette sonore sous l’archet du soliste qui aura joué presque 25 minutes
sans interruption. Faire chanter la contrebasse à ce point dans une oeuvre
concertante, c’est quand même prodigieux! N’ayant bénéficié que d’une seule
audition de cette belle oeuvre, sans accès à la partition puisque l’oeuvre n’existe
que depuis 5 semaines, je ne puis en dire plus, mais voilà une oeuvre contemporaine
d’intérêt qui séduit à prime abord.

La symphonie Titan de Mahler nous a montré un Kent Nagano en grande forme qui
démontre encore pour quiconque persiste à en douter que ce répertoire lui est plus
que familier, vu tous ces orchestres allemands qu’il a dirigés là-dedans, en somme,
l’homme tient bien toutes les ficelles des parties de l’orchestre sous sa gouverne.
Du début à la fin, l’exécution restera magistrale et le concert un agrément de plus
à l’existence de tous ces auditeurs réunis de tendre coeur en ce soir dit de saint
Valentin.

mm

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