La dernière folie de Claire Darling: l’enchantement jusqu’au bord de la folie et de l’horreur de l’oubli de soi

De toutes les merveilles cinématographiques ayant découlé de la créativité des artisans du cinéma français, Cinémania nous apporte à nouveau, cette vingt-quatrième année, une belle moisson de réflexions imagées. Certaines productions sont bouleversantes d’horreur inénarrable tel le film Journal de ma tête d’Ursula Meier avec Fanny Ardant, professeur de littérature de laquelle un garçon parmi ses élèves (Kacey Mottet Klein) tue, de minute en minute littéraire, ses parents de préméditation délibérée comme en jeu vidéo on assassine tout ce qui bouge autour de soi sourire aux lèvres. Ainsi, cet adolescent inconscient tient un journal de la fin malpropre de ses géniteurs assassinés par lui-même de sang froid. D’autres films suscitent plutôt, au premier regard, l’émerveillement de la vie naissante dès qu’un enfant participe à une scène de tendresse sur grand écran sinon quand on n’est pas en successions d’habiles comédies satiriques enfilées l’une après l’autre à l’horaire, on s’abandonne à la fin de soi ou des autres qui furent notre enfer.

C’est en ce propos de l’anéantissement de soi qu’on perçoit l’illustre Catherine Deneuve dans le film remarquable intitulé La dernière folie de Claire Darling. Il s’agit de la résignation devant la mort annoncée de chacun. Par la grande présence de Deneuve et le cumul quasi muséal des objets du décor d’une vieille maison ancestrale de la campagne française, voici un film éblouissant de belles collections amassées une vie durant: on assiste pantois au défilé des plus saisissants objets tous aussi beaux les uns que les autres. Catherine Deneuve y joue une vieille dame ayant perçu sa mort annoncée et elle s’y enchaîne en grossissant un conflit avec sa propre fille Chiara Mastroïanni (quel visage identique à son père Marcello, acteur fétiche de jadis que j’ai revu auprès de Jean Marais durant l’entière rétrospective Visconti offerte récemment par notre divine Cinémathèque québécoise, autre lieu quotidien de l’émerveillement montréalais!). Ainsi, ce film nous raconte la fin de soi et la disparition ou plutôt la dispersion volontaire des objets ayant constitué le reflet de notre miroir intérieur, une dispersion volontaire s’il en est une mieux baptisée que par l’expression savoureuse de vide-grenier!

Être à la conscience troublée, Claire Darling met en scène la foire de la braderie campagnarde hallucinante dont j’ai vu une réelle incarnation cet été lors de mon passage en magnifique Bourgogne où en effet se vendaient pour 5 euros des fontaines Montagnon tout partout entre Nevers et Bourges et de belles grandes armoires françaises en bois exotiques en plus, chacune pour 10 ou 20 euros, livraison comprise…ce qui se vend ici des milliers de dollars. J’atteste de cette réalité de la dilapidation ayant visité ici et là l’une ou l’autre grange en bord de route bordée d’immenses platanes qui en contenaient chacune une vingtaine dont les héritiers ne voulaient pas, l’exquise mode Ikea ayant la cote au goût nonchalant de l’heure actuelle. Pour en revenir au personnage de Claire Darling, les dimensions du rêve, du songe, de la réalité trompeuse toutes ensemble s’emmêlaient en elle, si sûre de la venue imminente de sa fin: elle portait tantôt une bague magique à la main devant être le seul héritage matériel à transmettre à sa descendante en conflit ouvert avec elle. Cela réveille notre indifférence à la vieillesse qui nous guette tous, cette perte de toutes nos qualités dont la première est le discernement, ruine bien plus grave que nos charmes ou apparats du corps et du visage.

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