La Loba d’Aurélie Pédron: un huis clos où l’interprète et le spectateur se confondent

Du 20 au 25 septembre a eu lieu La Loba (dit la louve en espagnol), spectacle déambulatoire qui investit l’ancienne institution d’enseignement pour les personnes sourdes et muettes, édifice patrimonial situé sur Berri. Une proposition orchestrée par la chorégraphe Aurélie Pedron, récipiendaire du prestigieux prix Découverte de la danse à Montréal en 2015, accompagnée de fidèles complices Eduardo Ruiz Vergara, concepteur de la scénographie et assistant artistique, et Michel F. Côté, à la conception sonore. Pour La Loba, Aurélie a carte blanche via la plate-forme de diffusion Danse-Cité et nous propose une audacieuse soirée qui vaut le détour.

Entre ces murs empreints d’histoire, une douzaine de femmes guidées par leurs instincts se cherchent, nous cherchent. Qui est cette louve? C’est à nous de la créer, de la rencontrer à chacun de nos pas, tributaire de nos choix, une construction instantanée en résulte.

La Loba est le rassemblement de 12 interprètes singulières qui ont pour dénominateur commun une présence distincte et une féminité insaisissable. Par sa proposition ouverte en simplement suggérant des pistes, des compositions d’objets, des amalgames de symboles, c’est au spectateur de créer son voyage. Il se doit d’être activement présent, ouvert et curieux d’ouvrir les portes, de faire les liens. Une responsabilité qu’il faut accepter de prendre au moment de débuter l’expérience. Il nous faut faire un choix, soit de prendre le temps et de se laisser guider aux rythmes des propositions avec patience et lâcher-prise ou de passer d’une performance à l’autre sans s’y attarder.

Reine de la micro performance qui allie l’image poétique, la symbolique et la rencontre des médiums, Aurélie nous offre 12 intimes propositions qui se révèlent au fur et à mesure de notre parcours. Dans un rapport individuel entre l’interprète et le spectateur, nous avons la possibilité de saisir l’indiscernable, le entre-deux, cette zone impalpable où émerge la sensation. Une rare sensation vécue à l’intérieur d’une proposition scénique classique où la distance s’impose entre la salle et la scène. Chacune des performances nous révèlent une facette de cette louve dépeinte. Un hommage à l’instinct de la femme, à sa force et sa complexité.

Bien entendu, l’expérience est en aller-retour entre la magie qui s’opère dû à des facteurs circonstanciels, l’empathie que nous ressentons pour l’interprète ou l’ambiance qui stimule l’imagination et entre des moments face au vide. Parfois en mode contemplatif, parfois impliquer physiquement dans la composition, parfois face à nos peurs, cette fluctuation de sensations habitent indéniablement le spectateur durant l’entièreté de la soirée.

Il faut apprivoiser ce spectacle, se laisser porter et toucher, vivre l’immersion de ce lieu, de cet univers qui nous ressemble, qui s’assemble en partie de nous-même. Aurélie a su créer un huis clos où l’interprète et le spectateur se confondent et où il devient difficile de discerner qui est réellement en performance. C’est aussi une belle façon de découvrir la sensibilité d’Aurélie Pedron qui vient ponctuer le paysage de la danse par son appropriation de l’art du spectacle, de l’art de la performance.

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