Le 40e Gala de l’ADISQ: quelque chose comme un grand hommage

La grand-messe de notre industrie musicale a atteint sa principale cible avec des moments forts, démontrant que la chanson québécoise est bien vivante et d’une richesse qui se renouvelle depuis des décennies. 

 
De nouveaux visages
Comme on pouvait s’y attendre, Hubert Lenoir a raflé plusieurs des statuettes les plus convoitées: meilleur album pop (Darlène), chanson de l’année (Fille de personne II), en plus d’être choisi révélation de l’année. L’artiste souhaite que son disque réalisé en moins d’une semaine, à Québec, avec peu de budget, stimule les jeunes chanteurs: «J’aimerais leur dire que justement, c’est possible de faire de la musique comme on veut! On a le droit de rêver un peu.» Les grands honneurs, aussi, pour Philippe Brach qui est reparti avec deux Félix dont celui du meilleur auteur-compositeur, alors que «Une année record» de Loud (Simon Cliche Trudeau) est couronné meilleur album hip-hop.
 
«La science du coeur» de Pierre Lapointe s’est imposé comme meilleur album «Adulte contemporain», coiffant Isabelle Boulay, Maxime Landry, Émile Proulx-Cloutier et 2Frères. Ces derniers ont toutefois reçu le Félix du duo de l’année.  
 
Pour un instant… d’éternité
On a mis le paquet pour l’hommage tant attendu au groupe Harmonium. Quel plaisir d’entendre Philippe Brach qui n’a pas encore 30 ans entonner un véritable hymne des années 70: «Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie», suivi de l’emblématique «Pour un instant » par Patrice Michaud. On a eu la brillante idée d’intégrer au medley auquel participaient aussi Yann Perreau, Catherine Major, Ariane Moffatt et Marie-Pierre Arthur, des témoignages pré enregistrés de Michel Rivard, Richard Séguin et Paul Piché. Quand ces trois vétérans se sont mis à chanter Harmonium, on a pu voir Serge Fiori ému aux larmes, tombant presque à la renverse. Et voilà que Céline Dion elle-même avait enregistré quelques mesures de «Un musicien parmi tant d’autres». Sept des membres du groupe sont alors montés sur scène et, malgré ses sanglots, Fiori a su dire merci aux admirateurs toujours fidèles à Harmonium: «On voulait vous envelopper dans nos bras et finalement, c’est vous qui nous prenez dans vos bras depuis 40 ans». L’auteur-compositeur a aussi parlé de l’importance de préserver notre langue:  «Faut toujours garder le Québec dans votre coeur, s’il vous plaît!»  
 
Louis-José et la parité
C’est après ces moments mémorables que Patrice Michaud allait être couronné interprète masculin, aux côtés de Klô Pelgag, interprète féminine et seule femme à avoir gagné un prix dimanche soir.
L’animateur avait ironiquement lancé la soirée en faisant valoir à la blague qu’il incarne la parité puisque son prénom inclut Louis et José. Il a aussi soulevé des éclats de rire en déclarant qu’il venait de «fumer un bat avec 2Frères » et en saluant avec un brin de malice le premier ministre Trudeau présent dans la salle. Par la suite, ses blagues ont semblé moins efficaces que d’habitude, notamment, lorsqu’il a voulu tourner en dérision l’usage du mot «académie» trop utilisé, selon lui, par les gagnants de Félix. Aussi, était-ce drôle de voir Houde se bidonner devant une photo de Ginette Reno, en prédisant que c’est ce de quoi Hubert Lenoir aura l’air dans quelques années ? 
Cela dit, le plus important dans ce gala demeure notre musique. En ce sens, le numéro d’ouverture était épatant avec de courts extraits de chaque «chanson de l’année» des 39 galas précédents interprétés par Mario Pelchat qui en a surpris plus d’un avec, entre autres, «Paradis City» (Jean Leloup) et «La désise» (Daniel Boucher). Guylaine Tanguay s’est frottée aux «Chats sauvages» de Marjo, alors que Maxime Landry revisitait «Aux portes du matin» (Richard Séguin). «Incognito» de Céline a été repris par Martine St-Clair. Quelques minutes après sa performance, l’interprète de «Ce soir l’amour est dans tes yeux» nous a raconté qu’elle n’a pu participer qu’à deux répétitions avant de réaliser ce tour de force. Et que pense-t-elle de la jeune Martine qui a reçu le Félix de «Découverte de l’année» en 1981 ? «J’la trouve adorable… cette jeune fille qui voulait devenir infirmière et qui ne rêvait pas de devenir une célébrité.» Bonne idée aussi d’inviter les vieux routiers Paul et Julie Daraîche à présenter un trophée.
 Bref, un gala qui avait de quoi faire plaisir à un large public et où la chanson québécoise occupait toute la place qui lui revient. Pour emprunter les mots de l’ex-premier ministre René Lévesque (qu’on a vu aux côtés de Serge Fiori sur les images d’archives projetées pendant l’hommage à Harmonium), ce gala était «quelque chose comme un» grand hommage aux nôtres qui mettent de la musique et de la poésie dans nos vies.

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