Le Clone est triste : une leçon de mise en scène

Le Clone est triste est sans contredit une excellente surprise à déguster pour faire passer la pilule de l’hiver gris et glacé. Cette pièce qui fait beaucoup parler d’elle – et avec raison – a su manier avec intelligence la critique générationnelle, le jeu dynamique, le comique de situation et l’absurde. Mais ma petite préférence va pour la mise en scène, signée Olivier Morin.

Le Clone est triste est la dernière offrande – et le mot est parfaitement choisi – du Théâtre du futur. Au milieu d’un décor impressionnant fait de bric et de broc, qui sent la patine, le kitsch et le chic, on suit la réflexion d’un groupe de riches érudits sur les baby-Boomers, espèce éteinte dans cet imaginaire mi-nonchalant mi-mondain. Tout ce beau monde évolue dans un espace-temps où les baby-boomers ont été envoyés sur la lune. Punition extrême certes, mais tout à fait légitime au regard du groupe qui considère que cette génération a tout pris, rien laissé, a fait de grandes choses, enfin surtout prendre toute la place.

Il faut imaginer cette ambiance pincée, mais loufoque multiplier les références passées et présentes pour taper sur tout le monde ! Toutes les générations en prennent pour leur grade, X, Y, Z et plus si affinités et si le ton peut être à la limite de la condescendance parfois, la qualité d’écriture arrondit les coins. Le rythme s’accélère et pas qu’un peu, lorsque la joyeuse bande décide de partir à la recherche du clone de Robert Douillette, l’un des derniers baby-boomers connus. C’est à ce moment précis que la mise en scène m’est apparue comme l’élément le plus réussi : trois comédiens qui paraissent être 25, une blague à la minute, des chorégraphies/déplacements/roulages à terre, en l’air, sur l’autre… rien ne leur fait peur et rien ne perturbe le spectateur dans sa compréhension de l’histoire, qui regorge pourtant de moult détails.

Cette pièce n’est donc pas seulement une pièce de théâtre : c’est un spectacle de danse, un cabaret, un show d’humour. On apprécie les interventions musicales tantôt rythmées, tantôt recueillies, on note aussi quelques disparités en termes de potentiel humoristique entre les différents protagonistes, on remarque que ce sont effectivement des musiciens qui jouent la comédie, mais rien n’abaisse la barre placée décidément très haute.

Humour, texte, mise en scène, jeu : pratiquement un sans-faute pour le Théâtre du Futur qui a su revamper le style de l’absurde et se l’approprier avec brio.

Le Clone est triste est présenté jusqu’au 16 février au théâtre Aux Écuries.

Durée : 1h30 sans entracte

Texte
Olivier Morin et Guillaume Tremblay

Mise en scène
Olivier Morin

Musique
Navet Confit et Philippe Prud’homme

Interprètes
Navet Confit, Marie-Claude Guérin, Olivier Morin, Philippe Prud’homme et Guillaume Tremblay

Production
Théâtre du Futur

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