Le concert de clôture de la saison de l’OM s’est déroulé dans le plus pur enchantement

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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

L’Orchestre métropolitain a terminé en beauté une année remarquable avec le poème symphonique aux effets drolatiques Till l’Espiègle de Richard Strauss. C’était en préambule, ensuite enchaîné aux chants espagnols des Sept chansons populaires de Manuel De Falla suivis eux-mêmes, après l’entracte, des chants en italiens intitulés Huit romances pour ténor et orchestre de Giuseppe Verdi (orchestrés en réalité par Luciano Berio), Mais c’est en crescendo que nos émotions ont atteint leur comble avec le radieux poème symphonique d’Ottorino Respighi intitulé Les Pins de Rome où nous avons reconnu la liesse musicale qui rend effervescente Montréal-la-mélomane.

L’âge d’or musical à venir aura lieu entre les mains du chef de l’OM . Quelle oeuvre d’une sensualité rassérénante que ce Respighi! Un poème symphonique aussi beau de construction que de textures, que celles du ballet ravélien Daphnis et Chloé, choeurs en moins, évidemment. Immensément palpables étaient les coeurs fervents éblouis par cette musique orchestrée magistralement par l’élève de Rimsky Korsakov et qui reste un Italien méconnu. Lors du mouvement lent décrit comme celui des Pins de Rome près d’une catacombe, une pure magie enchanteresse émanait du regard de feu et de flamme de Nézet Séguin.

Le chef opère, en ces moments de transcendance, une transfiguration de ses exécutants lui obéissant au doigt et à l’oeil et la foule entière des auditeurs ne respirait plus qu’en musique et qu’au battement du généreux coeur du chef lui-même insufflant à ses musiciens ce contagieux amour passionnel de la musique. Je ne sais ce qu’aimer à en mourir ou ne vivre que pour aimer la musique puisse exiger de dévotion rituelle absolue, mais ce fut un de ces moments de suspension spectaculaire du chef, éternellement jeune, ses bras gracieux battant la mesure aérienne comme un olympien ayant des ailes d’airain sur lesquelles il transporte tout son orchestre !

Quelles mains graciles agitaient de pulsations discrètes la progression des mesures en musique et de la musique en mesure! Ça c’est l’amour de la musique à son comble, façon Yannick Nézet-Séguin! Pour nous c’était une espèce de danse de papillons ivres pour initiés au culte de la beauté parfaite des effets et des formes, un régal de métamorphoses fascinantes: nous nous sentions probablement comme des chrysalides que nous acceptions de devenir pour nous envoler nous mêmes avec la musique.

Ces mains de thaumaturge (qui s’ignore) ont opéré au-dedans de chaque mélomane présent à la Maison Symphonique, hurlant de joie jusqu’au rappel, la plénitude sonore autant que la liesse générale. Pour sa part, le ténor, charmeur de tous les coeurs amoureux, Rolando Villazon, était venu nous chanter fructueusement la pomme: il a amadoué, vertu de rossignol, jusqu’à charmer les serpents; il a aussi dansé en effet, avec un tangage d’expert-équilibriste sur le pont du navire symphonique en partance pour les plus beaux voyages. Surtout il a hypnotisé la foule, il l’a saluée d’un verre rempli au comble de l’ivresse d’une bière joviale de brasseur local. Finalement, Villazon a embrassé les mains magnifiques de Yannick, rougissant, puis le chef du chef: Yannick était fêté comme on l’adore. Une gigantesque réunion de famille conquise à la grande musique , la joie du succès et de la gloire artistique la plus complète en plus. Levons notre verre aux musiciens de l’OM et remercions-les de l’honneur insigne qu’ils nous font de jouer passionnément de gaieté si truculente dans notre ville.

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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

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