Le film Jusqu’ici tout va bien: Savoir s’amuser encore d’avoir fait, contre mauvaise fortune, bon coeur!

La comédie satirique de Mohamed Hamidi avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani, Camille Lou est une franche réussite amusante presque désopilante quoique non soutenue du début à la fin vu la gravité du réalisme de certaines scènes (autour de la boîte Happy Few) qu’on ne peut plus tenir au loin pour en rigoler sans arrière-pensée inquiétante.

Les dialogues, entre autres, bien engoncés dans un argot de circonstances, seul écueil éventuel envisageable pour ce film au Canada français, feront-ils rire les Québécois? Oui, si ces cinéphiles sont allés en France parisienne suffisamment longtemps pour y apprendre ces mots truculents (mais archi-laids) de ladite langue moderne de toute cette argotique jeunesse française voulant, au sauve-qui-peut, émigrer ou vivre chez nous notamment au coeur du superbe Plateau Mont-Royal rebaptisé Nouvelle-France.

Tous riront s’ils sont Français et vivent ici heureux ou soulagés fort loin des ghettos parisiens qu’ils ont fuis pour ces situations agressantes des banlieues que parodie ou ironise le film. Jusqu’ici tout va bien met donc encore sous les yeux et audibles, en violences verbales peu comiques, pour nous, ces incivilités quotidiennes en France.  Aucun personnage n’est vraiment sympathique  tous étant un peu hors-la-loi, situation que les Français branchés de la rectitude politique ont choisi de dédramatiser et d’accepter sous peine de stigmatisation de se voir déclarés bornés.  Rire de ça, c’est dépolitiser et faire contre mauvaise fortune bon coeur.

L’intrigue à magouilles nous amène à observer le déménagement à La Courneuve -localité hors-périphérique des arrondissements de Paris- d’une firme cédant au chantage des agents du contrôle fiscal français ordonnant l’embauche obligatoire, quasi humanitaire, de quatre salariés compétents au faciès exotique. Vient, avec cette relocalisation, une faune d’exclusion sympathique mais polissonne et fièrement hors-la-loi qui gravite souverainement dans cette zone. Piquantes sont les péripéties autour du chef d’entreprise Fred Bartel (Gilles Lellouche) naviguant en d’occasionnelles vues splendides de Paris (Place de l’Opéra Garnier par exemple, l’Étoile, les Champs-Élysées, Bastille, le onzième etc.). Le film n’a aucun substrat philosophique autre que la tolérance à tout prix, tous finissant, de bon coeur, soudés.

Dès le 17 mai, le film sera présenté au sein du réseau des cinémas montréalais et nous l’avons vu en première au très beau Cinéma du Musée des Beaux-Arts de Montréal dont la programmation est excellente et l’emplacement génial. Cette histoire est un peu une quasi-version Robert-Altmanienne du désastre social français. Pas tout à fait, car Altman reste inégalable. Si jamais ceci nous arrive pour de vrai, nous rirons jaune!

Jusqu’ici tout va bien, comédie satirique de Mohamed Hamidi, France, 2019, 93 minutes.

3 étoiles

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