Le violoncelliste Stéphane Tétreault avec l’OM – La richesse musicale d’un orchestre de notre fière nation ouverte sur le monde

La jeune chef Tania Miller, dame élégante en long costume noir venue de sa lointaine ville esseulée de Victoria en Colombie-britannique, avait raison d’être émue de cette soirée de rêve pour elle. La radieuse acoustique de la Maison symphonique éclairait les oeuvres méconnues (sauf la septième symphonie de Beethoven en fin de programme, bien sûr) qu’elle cherchait à faire valoir. Le public remercia de ses clameurs le virtuose et violoncelliste Stéphane Tétreault, à l’oeuvre dans le Concerto pour violoncelle de Samuel Barber (1910-1981).

Tout en obéissant à l’énergique bâton les dirigeant, les principaux solistes de l’OM ont été tour à tour applaudis et justement salués : Michel Bettez principal basson solo, le corniste Louis-Philippe Marsolais et ses pairs, toutes les flûtes autour de Marie-Andrée Benny, enfin Lise Beauchamp au hautbois et surtout dans la cinquième symphonie du compositeur danois Carl Nielsen Julien Bélanger aux timbales, Vincent Séguin à la percussion en plus de tout le pupitre des altos et des bois. Parlons des oeuvres à un programme peut-être un peu ardu à l’oreille des nouveaux venus ou invités de passage dans l’assistance. Une heureuse initiative de nous présenter oralement les oeuvres nous a montré une jeune chef très loquace oubliant que le commentateur Mario Paquet ne pouvait pas traduire de mémoire dix minutes de cours magistral sur la symphonie de Nielsen au programme.

Il a dû l’interrompre et exiger une pause. Tout aussi enthousiaste musicalement que Yannick-Nézet Séguin qui l’avait invitée à se produire devant nous, madame Miller est un peu inconsciente de ce que traduire une pensée en français implique comme science du langage et comme vigilante présence d’esprit. Sourions-en tout simplement, car ce fut un divertissement de plus et parlons justement de Carl Nielsen: un musicien du début du vingtième siècle, un Danois ignoré ou inexplicablement délaissé par le monde musical dans son ensemble ayant six symphonies à son actif dont les très belles troisième et quatrième du groupe. Mais c’était la cinquième que nous entendions jeudi soir, en ses noirceurs d’après Grande Guerre -je répète cet adjectif convenu comme si une guerre pouvait vraiment comporter de la grandeur – à part en énormité de tueries. Que de sang… 8 millions d’Allemands et 6 millions de Français dans les tranchées- quand toutes les couronnes aristocratiques sur lesquelles fut fondée la floraison de la musique classique se sont effondrées en 1919 sonnant le glas de la haute civilisation occidentale.

Rien de grandiose dans ce massacre. Enfin, la symphonie de Nielsen en porte des cicatrices d’âme morose: elle fut plus largement appréciée, peut-être tout autant que le Barber consécutif (contrebasses disposées tout à l’arrière entre les cuivres et la percussion). La seconde oeuvre au programme était donc le Concerto pour violoncelle de l’Américain Samuel Barber interprété de poignante ardeur par le violoncelliste québécois de 24 ans. Cette oeuvre nous l’a montré comme ayant pris beaucoup de maturité en quelques années en plus d’une chevelure déjà d’homme mûr alors qu’il apparaissait encore un léger adolescent il y a à peine quatre ans. Le concerto de Barber reste méconnu et peu d’enregistrements le font vraiment valoir.

Stéphane Tétreault l’interprétait avec la partition sous les yeux. Il est des oeuvres qui ne doivent pas se mémoriser facilement et des oeuvres spectaculaires qu’on ne joue inexplicablement jamais tel le long mais splendide concerto pour violon opus 33 de Carl Nielsen (je vous conseille l’audition de Tibor Varga au violon, Jerzy Semkow et l’Orchestre royal danois Turnabout TV4043). Les parcours mélodiques abstrus et fascinants de Barber ne sont pas délectables à la première audition. Ses autres oeuvres sont pourtant toutes belles mais difficiles d’accès telle la grande sonate tonitruante pour piano opus 26 (version Daniel Pollack Naxos 8.559015)), le sublime concerto pour violon et orchestre opus 14 (version James Ehnes Radio-Canada SMCD 5241), sort commun aux oeuvres d’Erich Korngold, elles aussi méconnues du public.

Enfin, épousant les sinuosités revêches d’une ligne mélodique déchirante dans le second mouvement marqué Andante sostenuto et le mouvement final passionné, Stéphane Tétreault a été immédiatement ovationné debout. Le jeune violoncelliste québécois remerciait l’orchestre de l’avoir invité à se produire, flanqué de son Stradivarius Comtesse de Stainlein que madame Jacqueline Desmarais lui prête comme compagnie quotidienne en tant que mécène fondamentale des arts au pays . Parlant de mécénat important, il faut consulter le programme et s’émouvoir de la liste des donateurs au programme de l’orchestre, car le chef Nézet-Séguin donne généreusement non seulement de son coeur et de son esprit mais de son escarcelle aussi tout comme les familles Desmarais, Renaud et Gutmann (Argentine) toujours présentes aux représentations publiques à la Maison symphonique. Parmi les donateurs disparus qui croisèrent jadis notre chemin sur ces routes musicales qui nous unissent, toujours présente aux listes du programme se trouve le nom d’Ursula Clutterbuck, cette musicienne engagée (piano, violon, chant) courageuse enseignante de son art qui a exigé de ses liquidateurs un legs entier à l’OM. Elle a légué l’avoir de sa succession à l’orchestre comme toute sa vaste collection de partitions au Café d’art vocal, rue Amherst, organisme dédié au rayonnement de la musique vocale et à la découverte des grandes voix lyriques de toutes les époques.

On peut suivre leurs activités hebdomadaires à artvocal.ca , un café où des opéras entiers sont présentés, discutés, partagés autour d’un repas (prix d’entrée de 12 dollars). Le concert du 1er février s’est donc terminé sur la septième symphonie de Beethoven exécutée avec passion et ferveur à la grande satisfaction de Tania Miller visiblement très émue des ovations du public. L’orchestre jouera le 22 février prochain à la Maison symphonique un programme du composteur suisse Frank Martin, ainsi que du Mozart et du Tchaïkovsky. Il me faut enfin mentionner une très belle nouvelle pour Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre métropolitain. En effet, l’ensemble jouant fréquemment au Festival de Lanaudière s’est vu décerner un prix OPUS pour le meilleur concert de l’année 2017 alors qu’on représentait le 6 août à Joliette le célèbre Parsifal de Wagner avec le ténor Christian Elsner (rôle de Parsifal), la mezzo-soprano  Mihoko Fujimura (Kundry), les barytons Boaz Daniel (Klingsor) et Brett Polegato (Amfortas), le baryton-basse Thomas Goerz (Titurel) et la basse Peter Rose (Gunemanz)  appuyés par les chefs de choeur Pierre Tourville et François A. Ouimet. C’est encore une preuve que cet orchestre est incontestablement parmi les tout premiers d’un océan à l’autre et mérite un financement au moins décuplé (vous avez bien lu, fois dix… et une lettre d’excuses pour les années d’injuste subvention donc des arriérages. Ciao!).

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