Le violoniste Augustin Hadelich et le baryton Philippe Sly illuminent les deux soirées de concerts du premier Festival nordique

Un festival artistique multidisciplinaire serait passé presque inaperçu entre le 4 et le 29 avril quoiqu’il fût intitulé Printemps nordique si ce n’était de deux concerts de l’OSM où la révélation de la seconde soirée fut le jeune et fulgurant violoniste Augustin Hadelich dans le concerto pour violon et orchestre en ré majeur opus 38 de Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1840-1893).

Le festival nordique fut annoncé dans un document de 32 pages de la Place des Arts, imprimé en beaux agencements de bleu et verts et distribué gratuitement. Tout ceci pour nous faire prendre conscience que le Danemark, l’Islande, la Norvège, la Suède et la Finlande ont une nordicité commune avec le Québec. Ainsi, en musique, les 24 et 25 avril, l’Orchestre symphonique de Montréal dirigée par le chef John Storgards nous a fait entendre des oeuvres scandinaves nouvelles dont une vraiment magnifique, en première montréalaise: on a d’abord entendu celle du compositeur islandais Jon Leifs (1899-1968) Geysir opus 51, mais c’est celle du compositeur finlandais Uuno Klami (1900-1961) que je soulignerais comme étant vraiment magnifique d’invention, de textures et de composition radieuse en plus qu’elle soit joliment intitulée Aurora borealis opus 38.

Pour compléter le tableau de ce premier partage en un festival de musique nordique, nous avons entendu des oeuvres de Carl Nielsen(1865-1931) soit sa troisième symphonie (l’ultime mouvement fut reconnu comme celui du thème d’une ancienne émission culturelle à la quasi défunte Radio-Canada) avec des vocalises pour le moins fragiles de la soprano Camilla Tilling (elle avait beaucoup manqué de justesse sonore un peu plus tôt dans la chanson de Solveig tirée du Peer Gynt opus 23 de Edvard Grieg le 24 avril) mais on aura noté celles beaucoup plus justes et solides du baryton montréalais Philippe Sly. Ce sont ses prestations à lui qui auront le plus réconforté l’auditoire au premier soir du festival musical dit nordique.

Le 25 avril, en pré-concert, après les chants d’Edvard Grieg (1843-1907) bien rendus cette fois par une Camilla Tilling en meilleur contrôle vocal (les deux chanteurs du pré-concert étaient accompagnés à merveille par l’excellente pianiste et répétitrice d’opéra Esther Gonthier), c’est Philippe Sly dans des chants en finlandais de Jean Sibelius (1865-1957) qui nous a surpris du ton répété de désespoir ou de tristesse morbide comme dans l’opus 37 no.5 intitulé La fille revint de voir son bienaimé, noir récit que Philippe Sly chanta avec une accablante conviction. Toujours de Jean Sibelius le poème Finlandia avait été entendu le 24 avril et sa riche septième symphonie mit un terme au concert du 25 avril, symphonie de perplexité écrite en un seul mouvement.

C’est ainsi qu’on a complété les deux soirées dites de Printemps nordique. Il faut dire rapidement et respectueusement un mot de la Rhapsodie romantique d’André Mathieu (1929-1968) jouée le 24 avril comme on s’y attendait par le courageux pianiste québécois Alain Lefèvre dont le large public s’était déclaré présent pour l’ovationner. Quoique cette oeuvre ait été réorchestrée par Gilles Bellemare (à la demande d’Alain Lefèvre écrit-on dans les notes du programme) et que sa durée ne soit que de 23 minutes, c’est bien loin d’être sa meilleure oeuvre concertante. Les idées de Mathieu, en fin de vie, étaient déjà appauvries d’un alanguissement manifeste de l’inspiration créatrice voire même sans authentiques réjouissances convaincantes.

Il faut noter que les développements sont moins originaux et les tournures plus empruntées que dans celles du chéri Concerto de Québec. Observé comme l’apôtre de l’oeuvre de Mathieu, il m’arrive de songer avec consternation à un artiste de chez nous, en somme de craindre que cette mission de faire connaître André Mathieu ne se referme sur le pianiste encore jeune de coeur, Alain Lefèvre, comme le cachot d’une prison de laquelle on aimerait le voir ressortir, car, dans sa première jeunesse j’ai l’agréable souvenir de l’avoir vu ou connu passionné de bien d’autres compositeurs beaucoup plus substantiels et bien mieux agencés à son âme enthousiaste.

Autre fait musical à noter dont je me voudrais de ne pas souffler mot, puisque sans aucun doute ce fut le plus beau moment de la soirée du 24 avril, c’est-à-dire l’extrait de l’opéra Aleko, un air intitulé Ves tabor spit de Serge Rachmaninoff(1873-1943): cet aria a réellement ému l’auditoire et il fut magistralement chanté en russe par le surprenant Philippe Sly qui se construit peu à peu un vaste répertoire d’oeuvres saisissantes en une foule de langues étrangères difficiles à maîtriser sinon à mémoriser à jamais.

C’est un répertoire qui lui sied mieux, à mon avis, que le lugubre voire désespérant répertoire du lied finlandais. Le lendemain, essentiel de le répéter, la soirée du 25 avril appartint à Augustin Hadelich qui deviendra peut-être la sensation de l’heure en violon classique : d’ailleurs, il nous jouait un des Vingt-quatre Caprices de Paganini en rappel avec un entrain sensationnel. On trouvera, pour la chanson classique scandinave, de vraie gaieté nordique, un album remarquable des chants d’Edvard Grieg, certains écrits en allemand, d’autres en norvégien par la mezzo-soprano Anne Sofi von Otter sur étiquette Deutsche Grammophon avec, au piano, Bengt Forsberg DG 437 521-2.

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