Le violoniste Kerson Leong au centre d’authentiques réjouissances musicales

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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.
Gala du Soixantième anniversaire du Concours de musique du Canada

L’excellent violoniste Kerson Leong a été le centre des réjouissances musicales le 9
juillet dernier, à la Maison Symphonique, alors que l’Orchestre Métropolitain dirigé
par le réservé Nicolas Ellis l’accompagnait dans le magnifique Concerto pour violon
et orchestre opus 14 de Samuel Barber. Lauréat catégorie tremplin, en 2014, du
Concours de musique du Canada, la soirée fut l’occasion, pour lui, d’une grande
interprétation lumineuse comme on en retrouve une d’égal niveau avec James Ehnes
(écoutez le sublime disque SMCD 5241 où figurent aussi le concerto de Erich Korngold
opus 35 et le concerto de William Walton encadrés par le Vancouver Symphony).

Près de quatre cents personnes étaient présentes et ont donc assisté à ce concert gala
soulignant les remarquables soixante ans d’un concours musical capital pour la
découverte des talents musicaux exceptionnels. Le public invité voulait acclamer les
jeunes vainqueurs de l’édition 2018 du Concours de musique du Canada, un important
point de ralliement de la jeunesse musicienne d’un océan à l’autre de notre
incommensurable pays. Les vainqueurs annoncés étaient tout d’abord la violoniste
Maria Budzinski d’Edmonton, catégorie 11 ans à 14 ans, jouant plus que
convenablement le difficile premier mouvement du Concerto pour violon et orchestre
de Jean Sibélius, une interprétation surtout imprégnée de nervosité -vu son jeune
âge- et les exigences de participation physique du corps entier requis au jeu, non
pas donc de la seule dextérité des dix doigts. Ensuite, on a applaudi
chaleureusement le Grand Prix chez les 19-30 ans décerné à une Lavalloise très
douée, Lynette Israilian, 21 ans, interprétant avec caractère le premier mouvement
enlevant du Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski: on a noté chez elle
beaucoup de maturité et un engagement mélodique très sensible faisant oublier les
menus escamotages de quelques passages ardus mais toujours avec une suffisante
justesse sonore. Enfin, la catégorie des 15 ans à 18 ans vit couronner un pianiste
âgé de quinze ans de la région de Toronto, Raymond Huang qui s’est attaqué au
premier mouvement du Concerto en mi mineur opus 1 de Chopin. En l’écoutant avec
indulgence, j’avais encore fraîchement en mémoire la version incomparable donnée au
monde musical, au même âge que lui, par le merveilleux Tony Yang au dernier Concours
Chopin. Beaucoup d’appelés et c’est tant mieux, sauf que ne se retrouveront au
panthéon musical que fort peu d’élus capables de demeurer humbles, oui, mais
présents à la musique, vu la foule des virtuoses jeunes et moins jeunes qui
s’attaquent avec témérité à cette oeuvre bien trop difficile pour eux tant sur le
plan technique que poétique. Chopin ne pardonne pas le moindre des touchers
indélicats, approximatifs ou négligents, écueil fréquent, chacun se croyant
au-dessus de la délicate poésie exigeant recueillement réel, médité et constant.
Raymond Huang doit donc s’atteler à écouter attentivement maintes fois le rendement
des grands interprètes de ce monument sacré de la musique pour piano et, au premier
chef, ce qu’en tira jadis Tony Yang à Varsovie, en 2015.

Le plus haute catégorie du concours s’intitule Tremplin et, cette année, le pianiste
lauréat est Carter Johnson de Vancouver: il a joué le troisième mouvement du
Concerto no.3 opus 26 en do majeur de Serge Prokofiev, une oeuvre qui est apparue
trop difficile pour lui si j’en juge qu’elle nous a été livrée sans l’exceptionnelle
cohésion de tenue et d’envol qu’elle exige comme grand concerto, avec l’ensemble
symphonique qui l’avait pourtant invité à répéter. Au final, c’est une occasion
ratée d’agrément pour l’interprète que le destin aura amené à la Maison Symphonique,
chance unique de sa carrière naissante, vu la quantité de pianistes cherchant à
faire carrière dans le monde.

Au sommaire, pour les soixante ans de la tenue du Concours de musique du Canada,
nous garderons en mémoire d’avoir eu la vraie joie d’entendre encore Kerson Leong
comme musicien mais aussi comme voix humaine profonde, chaleureuse, s’exprimant de
remerciements au public québécois dans un français absolument parfait sur le plan
phonétique, preuve de sa prodigieuse oreille capable de ressentir et reproduire la
cadence et la musicalité d’une si belle langue que la nôtre lorsqu’elle est
soigneusement articulée d’appuis touchants sur les bons mots et les justes syllabes
finales. Le faciès remarquable d’expressivité émouvante, M. Leong m’a fait songer au
très jeune Itzhak Perlman (voyez le touchant film et éloquent documentaire
biographique en projection ces jours-ci au Cinéma du Parc) tellement son rendement
sublime de la musique est à la hauteur technique des plus grands violonistes de tous
les temps quelque virile froideur passant pour de la ténuité qu’on puisse croire y
noter. J’ai entendu plusieurs fois l’an dernier Kerson Leong au Domaine Forget et
l’impression ravissante que j’avais eue de son jeu et de sa personnalité artistique
continue à perdurer solidement. C’est un très grand musicien, incontestablement le
plus grand que cette soirée de gala nous ait donné à écouter attentivement. Un mot
maintenant sur le très jeune chef d’orchestre Nicolas Ellis que je découvre dans sa
retenue, sa sobriété, sa délicatesse révérencieuse et respectueuse le faisant se
poster avec courtoisie au second plan lorsqu’il salue modestement la foule au terme
des interprétations. Nicolas Ellis dispose de toute évidence de cet entregent le
poussant à s’effacer fort vite de la scène pour ne toujours faire valoir que les
solistes en présence. Nous sommes en présence d’une vive intelligence musicale sans
aucune vanité qui ne s’impose qu’en étant là quand la partition l’exige, un garçon
encore (vu son très jeune âge) qui étonnera peu à peu puisqu’il semble adroitement
faire ses premières armes à la direction d’orchestre. Pour le moment, c’est déjà
beaucoup: il se retrouve l’assistant- sûrement heureux – mais avant tout honoré
aussi d’être celui sur qui le plus grand jeune chef d’orchestre de l’heure, en
musique classique, se repose pour tenir le gouvernail de l’OM. Sa symbiose avec les
musiciens de l’Orchestre Métropolitain où règne la joie de vivre la musique, se
manifeste aussi fort bien si j’en juge par la connivence et la cohésion que Nicolas
Ellis permet de sustenter et de mettre en valeur. C’est un beau fleuron de le voir à
la tête de cet ensemble appelé fort probablement et tout prochainement à devenir la
toute première grande valeur musicale orchestrale au pays et cela par la grande
vertu du coeur au ventre, animation présente dans les yeux et sur tous les sourires
de ces musiciens fidèles à leur poste.

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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

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