Le Voyage d’Hiver de Franz Schubert: la plus bouleversante des vies essentiellement poétiques

Ma nature littéraire -un tantinet musicale- me fait choisir comme la plus sublime perfection poétique, entre trois histoires bibliques (Messie de Haendel, Trois Passions selon Jean Sébastien Bach et le Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc) car je choisis aussi parmi l’hilarité récente des contes populaires de Fred Pellerin et finalement les versions multiples du Voyage d’Hiver de Franz Schubert entendues cet automne : verdict… je me déclare fervent en toute première option et absolument de ce dernier chef d’oeuvre intimiste. Je m’explique d’autant plus que nous avons eu droit, cet automne, à quatre productions du Voyage d’Hiver du compositeur viennois mort à 32 ans dont la dernière a eu cours ce dimanche 16 décembre à la Maison de la culture Claude Léveillée sous l’égide des 16 Chantres Musiciens (sur la photo du programme on en dénombrerait 24) , réunis par la direction de Gilbert Patenaude accompagnés solidement au piano ( un Yamaha de 6 pieds ou C3) par Mariane Patenaude.

Pourquoi le Voyage d’Hiver m’émeut-il plus qu’un chef d’œuvre comme le Messie de Haendel ou la tragédie d’une communauté religieuse assassinée par des révolutionnaires exaltés? C’est tout simplement parce que dans l’histoire de la musique, Schubert s’expose comme le musicien intimiste, rejeté, déchiré mais capable d’aimer la beauté sans honte de s’avouer faible et renégat comme François Villon le poète de la guerre de Cent ans dont on lit encore les balades ou Rutebeuf à ce compte-là des multiples écorchés vifs. De même, entre la spriritualite fataliste des Pensées de Pascal, la froideur de la fatuité arrogante du caustique Voltaire ou la vision matérialiste de Diderot sans oublier l’intellect aristocratique supérieur de Montesquieu c’est l’originale imagination ethnologique de Jean-Jacques Rousseau et ses audaces autobiographiques à la Michel de Montaigne que je choisis tout de suite pour la musicalité de son style, la richesse du vocabulaire des mots sentimentaux en leur expression sincère.

Indéniablement, je préfère ces intimistes aux sorties divertissantes du truculent Rabelais. Ainsi, en musique, rien ne m’émeut-il autant que l’allemand des lieders de Müller mis en musique en 1827-1828 par l’enfant au cœur d’or qu’est demeuré jusqu’au bout l’habituellement  jovial Schubert. Il ose avouer musicalement ses déconvenues comme Rousseau dans ses Confessions narrait ses amours complexes qui incluent ses aventures avec le chanteur Vaussore de Villeneuve quand on ose lire attentivement les Confessions de Rousseau et l’Oeuvre entier auquel j’avais consacré passionnément plus de dix ans de ma vie universitaire… Franz Schubert aussi procède à une confession par la voix du poète Müller qui colle à la sienne. Lors de la prestation excellente des Chantres Musiciens, nous avons eu droit à une lecture orale (excusez le pléonasme) des notes de programme par un monsieur Sauvé très érudit et doté du style réfléchi des vrais musiciens sachant écrire et parler au cœur sans contresens historique ou biographique.

C’est une merveilleuse idée d’oraliser (je me permets ce néologisme) les notes de programme et de rendre vivante l’histoire que raconte parfois la musique : j’ai souvent l’impression désagréable que les notes de programme ne sont pas lues alors qu’elles regorgent de pistes de réflexion. Ainsi, le public moins expert mais de coeur tout autant mélomane qu’en nos plus coûteuses salles professionnelles, peut les entendre ces données biographiques et les retenir immédiatement avant l’écoute de l’œuvre proposée. Les paroles allemandes n’ayant pas été offertes, il y avait là un vide que je ne doute plus voir comblé puisque la langue des mots originellement prononcés sont partie prenante de la musique. Le nom des chantres en leur pupitre respectif était omis ce qui peut aussi se corriger.

Sur le plan strictement musical, intimité et justesse irréprochables, la prononciation des vocables soigneusement instruite et respectée du fait que monsieur Patenaude n’avait sous lui que d’anciens Petits Chanteurs du Mont Royal désormais à l’université ou engagés dans leur vie professionnelle. Simultanément, à la même heure en ce même jour du Temps de Noël, un autre Voyage d’Hiver de Schubert était offert au fidèle public de la Chapelle historique du Bon Pasteur mais n’ayant pas le don d’ubiquité, je ne puis en rapporter la qualité mais je peux saluer en notre belle ville qu’en tous coins ou en tout lieu ( Philippe Sly l’a offert deux fois à lui seul dont une création à la salle Bourgie en version remaniée et c’est lui qui avait remarquablement ouvert la présente saison du Ladies Morning Musical Club quoi qu’en prétendent les mauvaises langues amères, envieuses ou artificieusement connaissantes) on puisse en jouir à profusion et en méditer les aveux de souffrances amoureuses. On n’entend bien qu’avec le cœur car qui bien aime…tard oublie.

Joyeuses fêtes de Noël à tous et au revoir en janvier 2019.

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