L’élimination des chanteuses québécoises volet Mélodies classiques sème la consternation sur l’édition 2018 du CMIM

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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

Le Concours musical international de Montréal 2018 a pris fin dans la liesse. Cette
joie fut justifiée par la victoire éclatante (volet Arias d’opéras) de Mario Bagh,
un splendide ténor sud-coréen qui a nous a fait frémir tant de sa souplesse que de
sa justesse vocales.

Mais Mario Bagh nous a surtout frappé, dès la première ronde,
par sa sobriété, par son savoir-faire artistique de grande voix radieuse, civisme
couplé à sa modestie touchante vu le talent immense qu’il a fructueusement travaillé
au fil du temps. Son talent ne lui monte pas à la tête, il demeure humble et plein
d’entregent. Au volet Mélodies classiques du concours musical international de
Montréal, le baryton américain John Brancy, revenu s’inscrire (il y avait été
lauréat il y a trois ans) et participer à notre concours, certainement rusé comme le
renard de la fable par ces bourses (c’est le fromage alléchant) d’un quart de
million de dollars au total, s’est mérité, vocalement parlant, son premier prix
catégorie Mélodies. Chaque récital de Brancy, au fil de son parcours avait été fort
bien rôdé avec son brillant accompagnateur Peter Dugan. M. Brancy participait aussi
au volet Aria où il s’est bel et bien rendu à la finale sans s’y distinguer face à
la suprématie incontestable des autres chanteurs dont le grand gagnant et la juste
révélation du concours, demeure le ténor Mario Bagh. Néanmoins, il est indéniable
que le programme Brancy-Dugan de demi-finale volet Mélodies fut tout à fait
fascinant tellement le baryton a poussé sa voix à sa limite et en a mis plein les
yeux ou nos oreilles! Ainsi les 80 mille dollars des deux prix (le 1er prix Mélodies
combiné à celui de 50 000 sollars en développement de carrière) venant
automatiquement avec cette distinction volet Mélodies l’ont ravi. Plus inexplicable
cependant est le fait qu’on lui ait attribué le prix de 5000 dollars pour la mélodie
française alors que sa diction française est assez faible et, au mieux, parfois à la
limite de l’approximation (par exemple intrépidity ou lieu de intrépidité), au final
sa maîtrise du français est au mieux passable surtout par absence d’accents
emphatiques ou de sensible émotion ou sentiment aux bonnes syllabes des vocables au
sein de tout vers ou toute phrase française. Par surcroît de déconvenue, son
excellent pianiste avec lequel il s’était très longuement préparé, Peter Dugan, n’a
pas reçu la part normalement dévolue à son triomphe soit le prix d’excellence dans
l’accompagnement victorieux, un prix de 10 000 dollars adjugé cette fois au pianiste
Joao Araujo qui ne fut de haute excellence qu’en finale. Araujo accompagnait le
baryton néo-zélandais Julien van Mellaerts (second prix avec 15 000 dollars). De
toute façon les meilleurs pianistes-accompagnateurs inscrits pour ce prix avaient
été Jonathan Ware, mademoiselle Dokyung Han et le Québécois Michel-Alexandre
Broekaert avec encore à souligner le beau travail de Magdalena von Eccher du Canada.
La salle Bourgie dont l’acoustique favorise les basses fréquences -tout comme la
Maison Symphonique d’ailleurs- (donc avantage marqué pour les voix d’hommes) a servi
à éliminer d’extraordinaires artistes que je nommerai dans l’ordre de l’injustice
qu’elles ont subie (toutes des femmes!): tout d’abord la soprano sud-coréenne Irina
Jae-Eun Park, rien de moins que magnifique en demi-finale a vu son parcours stoppé
net. Puis la Québécoise Rihab Chaieb, admise aux deux volets Aria et Mélodies parmi
358 candidatures, une sublime mezzo-soprano future grande étoile dont la gloire à
venir ne peut faire aucun doute. Mademoiselle Chaieb fut également éjectée comme
auparavant la talentueuse, sensible et délicate soprano Ana-Sofie Neher graduée de
McGill qui déménagera bientôt au Canadian Opera Company à Toronto. Ana Sofie Neher
avait réalisé un programme de récital de première ronde volet Mélodies non pas
seulement impeccable mais absolument parfait de finesse, de beauté de conception et
de doigté artistique, un récital vraiment inégalé au premier tour mais qu’on a
balancé dans le paysage d’un trait, comme ça, sans aucune raison acceptable, ni même
imaginable et encore moins justifiable: oui, c’est une honte pour ce jury sourd à
son Fauré irréprochable, à son Schubert radieux et à son Barber tout aussi
excellent. La Chinoise Meng-Xi- You, soprano, ne méritait nullement d’être éliminée
en demi-finale car elle fut magnifique et son français dans le Poulenc fut
irréprochable si on cherche un exemple méritoire d’excellence en mélodie française.
La Québécoise et soprano Magali Simard-Galdès excellente en son récital de première
ronde fut aussi douloureusement éliminée, mais coup de dé, elle se retrouve pansée
in extremis, car elle s’en sauve grâce au baume lénifiant du prix de l’Office
franco-québécois pour la jeunesse (5000 dollars de l’OFQJ). Tant d’éliminations
honteuses ont été opérées envers les artistes féminines (et je ne parle ici qu’en ce
qui a trait au volet Mélodies seulement!) par ce jury à te point qu’au terme du
premier samedi, plusieurs mélomanes ne ressentaient quasiment plus aucune joie à
devoir se rendre à la finale du dimanche 3 juin. Aux côtés de John Brancy, il
restait seulement l’excellente Gemma Summerfield qui eût du se mériter, elle au
moins et véritablement, le prix de la mélodie française pour son éclatant rendement
inoubliable des trois sublimes Poèmes d’un jour de Gabriel Fauré et aussi ensuite
son Ravel et son Debussy, fort bien réalisés aussi ceux-là. Hélas, il n’y aura rien
eu pour elle à la remise des prix (sauf les 2000 dollars automatiques versés auprès
des finalistes non distingués par des prix particulier) et cela fait que le
troisième prix de 10 000 dollars volet Mélodies revint à l’Américaine Clara
Osowsky, bonne chanteuse mais loin des exceptionnelles voix que j’ai nommées
beaucoup plus haut dans cet article. Il ne restait en finale Mélodie que le miroir
parfait des nationalités influentes des membres du jury comme candidatures restantes
tout Canadien excepté et éjecté. J’ose poser ces questions en suspens face aux faits
précédents, car c’en est trop d’éliminations injustifiables. Jadis remarquée, une
plus large panoplie de juges avec des Asiatiques au jury, par exemple, éviterait
l’hécatombe que les artistes de ce continent subissent. Heureusement que le ténor
sud-coréen Mario Bagh était tellement dans une classe à part et au-dessus de tout ce
monde en mal de distinction!

Sans m’arrêter ici, je dois ajouter maintenant d’autres faits marquants au spectacle
émouvant survenus au volet Aria. Pour le meilleur ou pour le pire, cette radieuse
jeunesse musicale venue chanter chez nous afin de nous enchanter n’était pas au bout
de ses peines. Au lieu de faire passer le baryton finlandais Tom Punkeri -pour le
faire profiter de l’élimination d’une voix de femme, lui qui a faussé tout le long
de son programme de première ronde et surtout dans le Fauré, c’est la basse
sud-coréenne Byeongmin Gil qu’on aurait dû faire avancer. À l’image des deux
derniers concours Chopin, tant qu’on ne publiera pas comme on l’a fait à en 2015,
Varsovie, toutes les notes des juges à l’issue du concours, nous n’aurons pas la
juste vision des mises à l’aléatoire roulette russe du jugement des candidats. En
effet, seulement cette publication, subséquente au concours, des notes des juges
nous éclairerait sur les motivations indicibles d’ordre ou d’effet mathématique ou
sur les injustices réelles subies par tant de candidates (oui je mets ici le féminin
à cet adjectif!) venant du monde entier toutes préparées et qui se retrouvent
quittes pour des gifles inconvenantes d’élimination mises sous le couvert du «Ah! le
niveau des candidats était tellement élevé!». Ceci ne saurait m’obnubiler ni
satisfaire une oreille attentive. Il y a bien plus que la musique seulement au
volet Mélodies, un volet intime qui ne jouit pas de l’épate d’un orchestre
tonitruant qui n’étant pas dans la fosse (mettez-la à sa place svp en demi-finale
qu’on pourrait déplacer au Monument national dont l’acoustique est excellente) car
on a dû écouter l’OSM sur scène en grande formation, en demi-finales et en finale.
Pour les chanteurs, un si bel orchestre les enterre tout simplement sauf quand on a
la puissance d’une voix comme Mario Bagh (le grand vainqueur) ou Rihab Chaieb (hélas
par deux fois injustement éliminée ). Quand on se retrouve en finale du volet Aria à
la Maison Symphonique avec seulement une voix de femme, la Canadienne la
mezzo-soprano Emily d’Angelo (second prix volet Aria et aussi prix du public, prix
pour lequel il était difficile voire impossible de voter par téléphone
inintelligent… ) parmi cinq voix d’hommes, on est en droit de se poser ces bonnes
questions légitimes et de ne pas tant jubiler que ça… vu toutes les éliminations
dépassant l’amplitude de la seule diversité des jugements. Des motifs ou
pré-supposés évidents doivent être trouvés et des correctifs apportés.

Ainsi, le CMIM 2018 offrait depuis une semaine les demi-finales et finales des deux
volets de son concours de chant tout d’abord celui des mélodies puis, avec grand
déploiement, cette portion qui vola la vedette, parce que plus spectaculaire, soit
la section Aria avec l’OSM à la Maison Symphonique. C’est une bonne idée de n’avoir
plus de gala après un tel concours, car à part la victoire éclatante et indubitable
donc incontestable du ténor Mario Bagh, il n’y avait pas, à mon humble avis, trop de
quoi célébrer, sauf le courage et le travail remarquable de ces artistes venus nous
éblouir sans oublier ces pianistes-accompagnateurs remarquables que sont Martin
Dubé, Olivier Godin, Esther Gonthier (j’en oublie) et je sais qu’il ne faut pas
manquer de dire que l’organisation du CMIM se démène splendidement, mais les ratés
doivent être soulignés par justice aux artistes lésés.

Lorsqu’on a vu une accompagnatrice volet Aria, Québécoise si excellente,
professionnelle et reconnue pour être une personne distinguée, répétitrice au fin
goût, accélérer le pas hors de scène au plus tôt, alors que Brancy à peine
l’incluait d’un remerciement ou d’un signe de la tête ou de la main alors qu’il
saluait la foule tout en se souriant à lui-même…disons que ma réjouissance de
son triomphe ne pouvait que s’amoindrir d’autant. Son oubli aussi de serrer la
main du premier violon de l’orchestre en entrant sur scène ou de reconnaître la
présence du chef d’orchestre descendu du podium pour se joindre à lui, tout
préoccupé que de sa seule personne, enfin M. Brancy a quand même eu un des deux
grands prix, mais celui de l’estime du public ne lui fut pas octroyé. La victoire
finale et ultime de Mario Bagh a réparé tout ça. Avec éclat.

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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

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