Les Éternels Pigistes au TNM : grinçants, cyniques et pessimistes pour leurs 20 ans

Les « Éternels Pigistes » fêtent en grand en présentant leur deuxième pièce depuis le début de l’année. Après « La Mort des Éternels » jouée à la Licorne au printemps, place à « Pourquoi tu pleures ? » au TNM. Et assurément, Christian Bégin et ses acolytes avaient beaucoup de choses à dire dans cette production.

Attention ! Je vais « divulgâcher » le dénouement de l’histoire. On continue ? Parfait, vous aurez été averti.

Une maison, une porte patio, une terrasse, un jardin, une fontaine. Le cadre est posé et ne changera pas, car l’objectif n’est pas de nous noyer d’effets scénographique et de changements de décors, mais de nous faire écouter et réfléchir aux nombreux pans de la société mise en pièces ici.

L’histoire ? Une mère et ses quatre enfants se réunissent dans la demeure du fils aîné afin de procéder à la lecture du testament du père, une prémisse qui n’augure rien de bon, surtout lorsque le montant à se partager est de 5 millions de dollars et des poussières. Mais les enfants n’ont pas besoin de ce prétexte pour ne pas s’entendre car ils traînent avec eux des frustrations qui ne sont pas récentes : Roger, l’aîné de la famille, comptable gay à l’allure coincée, dont les préférences sexuelles sont tabous dans la famille ; vient ensuite, France, carriériste, obsédée par son physique et son potentiel de séduction, qui souffre d’un manque de reconnaissance des siens ; Manon, perpétuelle angoissée, œuvrant dans le social, toujours prête à se rabaisser pour laisser sa place aux autres, Guillaume, fils prodigue, cynique et blasé et la mère, Colette (délicieuse Sophie Clément) épouse et mère forte, droite dans ses souliers, qui essaie de garder cette famille dysfonctionnelle, unie.

La première chose qui m’interpelle, est une impression de déjà-vu – non que je sois familière avec l’histoire – mais les traits des personnages sont convenus. Ce choix est peut-être voulu : quoi de plus percutant que de faire ressortir l’absurdité des travers de la société en utilisant des clichés ?

Ce qui me gêne davantage, c’est le nombre de travers sur lesquels nous sommes invités à réfléchir…tout y passe : le racisme, le terrorisme, la corruption, la précarité, la guerre, les escroqueries, la vengeance… Les enfants ne laissent pas leur part non plus ! Nous avons à faire à des adultes immatures, égocentriques, instables, en quête de reconnaissance, à la morale parfois discutable qui essaient chacun leur tour, de mériter leur montant de l’héritage paternel en s’épanchant sur leur projet personnel. C’est riche dans le sens essoufflant du terme.

Le dénouement arrive après plus d’une heure d’échanges musclés entre les protagonistes : Guillaume a été victime d’attouchements durant son enfance par son père. Ce drame est à l’origine de tous les maux de cette famille… On se surprend à se demander si ce n’est pas trop, si cela n’arrive pas de nulle part, surtout qu’une autre explication nous a furtivement été présentée, à savoir l’infidélité du père qui au su et au vu de sa femme, entretenait une autre famille. Mais ce point n’a pas été développé et a disparu aussi vite qu’il avait été amené.

Certes, il y a beaucoup à dire sur les différents sujets abordés par l’auteur, Christian Bégin, mais l’on finit par se perdre dans ce foisonnement d’idéologies et de critiques, à tel point que la concentration n’est plus là au moment de digérer le drame de Guillaume, puis la mort de la mère.
Malgré tout, l’ardeur et le talent des comédiens portent la pièce avec une énergie folle, considérant le rythme que ceux-ci s’impose et les occasions ne manquent pas de rire.

On en ressort confus, mais tout de même curieux de voir comment leur prochaine production sera abordée.

Joyeux anniversaire les « Éternels pigistes » !

Le spectacle « Pourquoi tu pleures ?» est présenté jusqu’au 10 décembre, au Théâtre du Nouveau Monde.

Texte CHRISTIAN BÉGIN
Mise en scène MARIE CHARLEBOIS

Distribution CHRISTIAN BÉGIN, MARIE CHARLEBOIS, SOPHIE CLÉMENT,PIERRE CURZI, PIER PAQUETTE, ISABELLE VINCENT

Durée du spectacle
1 H 40

mm

par 

Charleyne Bachraty développe sa passion pour les arts depuis plus de 25 ans. Tout d'abord danseuse classique, elle se diversifie dans différents styles et a participé à plus d'une centaine de projets scéniques depuis ses débuts : concours, démonstrations, comédies musicales...

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