Les Fées ont soif : le poids des mots, le choc des clichés

Après l’accueil triomphal reçu par la pièce à l’automne dernier au Théâtre du Rideau vert, les ermites qui – comme moi – ont manqué leur tour à l’ouverture de saison, ont l’occasion de se rattraper à la salle Pierre-Mercure, où les fées prolongent leurs coups de gueule. Loin de moi l’idée de paraphraser les critiques élogieuses qui ont déjà été émises. Pour la première – de la reprise – l’exercice consistait plutôt à mesurer les émotions : les miennes et celles de mes comparses de public.

Les Fées ont soif est un texte que je qualifierais de nécessaire : des mots crus, violents pour décrire trois vies de femmes, qui ne sortent pas de notre imaginaire : elles ont existé et existent encore. D’autres mots aussi, joyeux parfois, mélancoliques souvent, raisonnant comme de l’espoir. Et si…

Depuis 40 ans, ce texte raisonne d’une grinçante actualité, et alors qu’aujourd’hui, les femmes tentent tant bien que mal, de prendre la place qui leur revient dans la société, tous les jours, des événements nous rappelle que la partie est loin d’être gagnée.

C’est comme cela que ces mots ont serré mon estomac et fait monter une émotion crue : ils m’ont montré que ce texte ne faisait pas son âge, et je ne parle pas ici de vocabulaire, mais bien de corrélations que j’ai facilement pu faire avec des événements récents. Et si l’émotion naît définitivement des mots que les trois comédiennes se sont appropriées avec une justesse et un naturel désarmant, c’est bien cela qui nous rentre dedans : des clichés qui exagèrent à peine et des histoires douloureuses qui se répètent à l’infini.

Certains hommes ont avoué avoir été perturbés, parce qu’ils se sont rendus compte qu’ils connaissaient beaucoup de Marie, de Vierge Marie et de Madeleine désabusées de la vie et de ceux qui la dicte. Certaines femmes de l’audience ont regretté de ne pas avoir connu l’originale de 1978, tandis que d’autres ont essayé d’imaginer ce que ça devait être à l’époque.

Par la voix de la Vierge Marie, par la gestuelle de Madeleine et par le sarcasme innocent de Marie, un texte nécessaire donc qui ne fait pas l’éloge de l’abandon et du dépit, mais de la révolte tranquille – oui, je m’autoriserais une seule paraphrase.

Durée du spectacle : 1h20 sans entracte.

Les Fées ont soif est présenté jusqu’au 13 janvier, à la salle Pierre-Mercure.

Une pièce de
Denise Boucher

Mise en scène
Sophie Clément

Comédiennes
Bénédicte Décary
Caroline Lavigne
Pascale Montreuil

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