Les Gay Games de Paris 2018, une liesse un peu timide et une retenue de toute dépense

Les Gay Games exultent depuis toujours d’une fraternité touchante. Même quand elles avaient pris le masque d’appellation Outgames comme à Montréal en 2006 qui commença une festivité parallèle (joie de se réunir ayant touché son terme l’an dernier par les scandaleux Outgames de Miami 2017 marqués par l’annulation la veille de la cérémonie d’ouverture et de toute épreuve sportive alors que les gens s’y étaient rendus et qu’à l’hôtel on trinquait aveuglément à l’événement qui n’eut jamais lieu… tout le monde rentrant chez soi bredouille et floués de plusieurs milliers de dollars de dépenses rendues outrantes par cette fraude inénarrable !

Rassurez-vous, les Gay Games de Paris ont eu lieu et ils se termineront demain dans une retenue de dépenses et de festivités de grande envergure à l’antipode de ce que furent les somptueux Outgames de Montréal où le Cirque du Soleil et de grands artistes avaient assuré au Stade olympique de Montréal, rempli, les cérémonies de l’ouverture et de la fermeture …par près de 50 mille personnes car ma mémoire en retint l’ éclat.

Paris 2018 compte 10 milles sportifs enthousiastes faisant plus de trente sports différents, mais la ville à part le Marais (3ième arrondissement) n’est pas décorée au drapeau arc-en-ciel comme le furent ces villes entières de Cologne (2010), Amsterdam (1998) et Montréal (2006) que je cite dans l’ordre des plus grandes réussites d’ensemble avec Sydney (2002) et New York (1994) pas trop loin derrière. M’y étant inscrit chaque fois en athlétisme à toutes (y compris Vancouver où mon boulot de reporter à CKAC lors des 52 jours passés à Oka derrière les barricades du cimetière du golf autochtone m’avait empêché de m’y rendre… comme le temps passe vite!)… je peux comparer les éditions de ce qui à l’origine était une manifestation sportive avec des buts d’avancées politiques en acceptation et en tolérance.

On avait pour objectif l’égalité des droits d’être traité également en matière de logement, de sécurité au travail et dans les lieux publics, de même que la reconnaissance des conjoints de même sexe puis le mariage enfin l’adoption et la légitimité de nouvelles familles LGBT en plus de la multitude des nouvelles petites lettres ajoutées à l’acronyme que ma mémoire d’athlète vieillissant n’arrive pas à retenir ni expliquer, hélas.

Ces avancées sociales ont été assez réalisées en pays occidentaux, l’Afrique progressant et l’intolérance estompant ailleurs, parfois, ses furies extrêmes sans toutefois disparaître par une gêne au mieux occasionnelle…car la sexualité dérange surtout dans le sport où on aime exclure par l’âge et l’orientation sexuelle surtout en cette nouvelle ère de puritanisme #MeToo où un regard de fascination envers et devant la beauté radieuse d’un corps jeune s’étant dénudé pas toujours avec innocence est malicieusement interprété et qualifié de contact puis d’agression sexuelle. Le monde devient-il fou?

L’homophobie dans le sport, c’est ce que les Gay Games essaient d’infléchir. Hélas, les intimidations prennent encore forme pour ostraciser les homosexuels s’adonnant au sport et on n’arrête devant rien pour les humilier en leur semant des traquenards, peu importe où ni comment, les disqualifiant de toute décente autodéfense parce que leur isolement est concerté à leur insu pendant des semaines ou des mois, parce qu’on les cible sans le leur dire.. .on leur tend aussi des pièges dans les espaces publics, on avère ou accrédite délibérément de la fausse accusation inventant une délation de mineurs scandalisés pour les exclure. Pour preuve, ces homosexuels des équipes sportives universitaires intimidés à mort d’âme, l’exclusion délibérée des gymnases et des écoles où ils travaillent comme d’excellents pédagogues pourtant mais la haine est trop forte… et sourd de plus belle cette haine implacable quand des progrès en matière de droits égaux choque une majorité à l’affût des indignations d’apparence. Oscar Wilde en fut victime de cette destruction du caractère par penchant et traquenards imposés.

En sport professionnel, c’est la même chose quand on juge que pas un seul joueur de hockey n’a fait son coming out car bien sûr il n’en existe pas… des gays athlétiques au vestiaire!

Paris 2018 montre par une publicité réconfortante des champions olympiques récents en couple avec leurs amants comme les nageurs Frédéric Bousquet et Florent Manaudou, aussi des politiciennes, des actrices et acteurs tout autour de l’hôtel de ville de Paris placardés en effigie.

La cérémonie d’ouverture du 4 juin des Gay Games de Paris fut modeste au stade Jean Bouin à Auteuil à cent mètres du stade de tennis de Roland Garros, avec dix huit mille personnes dont les dix-huit mille athlètes ayant payé les forts prix d’inscription (450 dollars canadiens dans mon cas d’inscription tardive vu mon corps toujours blessé pour la course à pied mi-juin dernier).

Lorsque la jeunesse prend part au jeu des Gay Games c’est pour faire du sport ensemble et se lier des amitiés. Après 24 ans et donc 8 ou 9 participations actives (une quinzaine de médailles et victoires aux 800 m, 1500 m 5 et 10 km), le corps finit par lâcher et on s’y rend moins pour courir ou faire un sport que pour y revoir nos amis des quatre coins du globe rencontrés chaque quatre ans et qu’on aura
visités ou reçus depuis ces décennies.

Récemment, des décès d’excellents coureurs parmi mes amis, athlètes haut niveau, nous étonnent car la mort et la maladie mortelle sont toujours scandaleuses… mais aussi apparaissent sous nos yeux ravis des jeunes en grande forme sportive prenant notre place comme nouveau dieu du stade. Les Gay Games ce sont donc avant tout une fraternité et une solidarité. Paris 2018 a été frappé de plein fouet par les terrorismes du Bataclan et de Charlie hebdo… qui ont fait fuir les inscriptions de participants et les commanditaires comme le tourisme d’ailleurs qui pendant presque deux ans fut moribond à Paris. Comme les organisateurs ont un manque flagrant d’argent, les athlètes doivent défrayer de Paris leur transport au Havre pour les épreuves de voile… aussi pour la première édition de tous les jeux, on boit désormais l’eau du robinet… tant mieux pour les déchets de bouteilles en plastique… Les spectacles présentés sont ici peu coûteux à produire, mais les installations sportives tel le sublime stade Charléty sont vraiment splendides.

Et Paris reste Paris… les rencontres de gens cultivés qu’on y fait, la beauté partout en sculptures et peintures et en design… Enfin les Gay Games nous apportent toujours de nouveaux amis et c’est aussi pour ça qu’on fait du sport : pour ne pas vivre seul comme dit la chanson, même quand, comme moi, on écoute à longueur d’année la plus adoucissante musique classique ou orchestrale.

Vive les Gay Games! Même si pour la première fois de toutes ces éditions mon vieux serviteur de corps n’a pas pu se mériter une seule médaille, n’ayant été capable de terminer que cinquième qu’à une seule des 4 courses commencées sous la canicule mémorable de cet été 2018.

Les jeux se termineront sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris car il y a des lustres qu’on a renoncé financièrement à l’éclat coûteux, dit-on, de la cérémonie de fermeture. Seuls Cologne, Montréal et Amsterdam y avaient vraiment excellé. Les prochains Gay Games seront à Hong Kong en 2022!

Photo de F. Weens. Gracieuseté Gay Games

 

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