L’Orchestre métropolitain en quelques instants du répertoire de Verdi

Un public de connaisseurs du monde de l’opéra existe malgré le peu de productions annuelles qu’il y a ici comparé à une ville mélomane comme Prague qui demeure pourtant d’à peine la moitié de la taille de Montréal. Prague offre annuellement trois ou quatre fois plus de productions que Montréal. C’est quand même ce public là, bien plus grisonnant que le jeune public habituel de l’Orchestre métropolitain qui remplissait la Maison symphonique dimanche après midi le 28 octobre et qui semblait assez ravi des arias choisis au sein de sept opéras de Giuseppe Verdi tels qu’ils furent rendus par le ténor Ildar Abdrazakov. Beaucoup de mélomanes extrêmement versés dans les répertoires de la musique classique symphonique ou de musique de chambre refusent diligemment de s’adonner à ce répertoire opératique par extraits surtout quand il s’agit en plus d’un seul compositeur. Durant les magnifiques années de rêve offertes par la généreuse présence de la regrettée Madame Jacqueline Desmarais, nous avions le régal du défunt Gala de l’Opéra de Montréal qui durait, un dimanche choisi de décembre, en ses meilleurs crus, jusqu’à cinq heures de temps. Composé uniquement des meilleurs arias des plus beaux opéras de tous les compositeurs et de tous les temps, nous recevions jadis alors la visite de figures exceptionnelles amenées jusqu’à nous par l’immense prodigalité de Madame telle Birgit Nilsson soprano suédoise dont le Metropolitan de New York célèbre la carrière wagnérienne par un quasi temple en son honneur situé sous le grand escalier d’apparat…

Enfin, tout cela pour dire qu’il faut une érudition opératique remarquable pour apprécier pleinement un programme Verdi pareil quand on ne situe pas le public dans chacune des histoires ou intrigues au moment de l’aria choisi. Cela m’a remontré combien l’intimidant domaine que constitue la musique classique…est à même de se nuire par fuite des réalités. La pédagogie est essentielle pourtant pour s’assurer du concours de la jeunesse au renouvellement des publics mélomanes et de l’intérêt pour la relève sustentant l’amour passionnel de cet art vocal riche mais qui pratique l’exclusion ésotérique. Tout peut apparaître pour un public d’initiés. On agit et on chante comme si tout le monde savait et était issu d’Outremont sur Seine, PQ en ses beaux legs bourgeois. Souvent je mentionne combien tout nouveau public aurait besoin d’une explication toute simple de viva voce pour lui expliquer pourquoi et comment savoir reconnaître le nombre des mouvements, d’applaudir et manifester sa joie au juste moment, mais ici il s’agissait de situer intelligemment et succinctement le public du moment crucial de l’aria au sein de tel ou tel opéra. C’est une chose à laquelle Yannick Nézet-Séguin songeait et faisait du temps où il aspirait à devenir ce chef plus que reconnu qu’il est désormais. En sortant la tête de la réverbérante tour d’ivoire en laquelle chacun s’enferme dans ce monde idéal de la musique opératique auquel un certain désespoir du temps présent nous fait croire être parvenu, car chacun fuit volontiers dans des mondes d’idéal momentané, il faudrait que celui qui sait… s’arrêtasse pour commenter à son voisin le moment de l’aria. Or, cela, personne n’est le mieux placé à le réaliser que le chef qui jadis s’exprimait modestement et candidement à son public en pédagogue surtout quand le programme d’accompagnement textuel du concert manquait avec indifférence à cette responsabilité. On sait reconnaître une belle voix; Montréal est toujours debout prête à applaudir à tout rompre, avec uniquement les paroles des arias en plus intervertis dans leur ordre originellement programmé…mais je le dis avec franchise, cela ne suffisait pas à la tâche d’en reconnaître l’essentiel moment de leur affabulation pour en jouir. Ce genre d’intimidante indifférence est une forme de snobisme inavoué qui fait sciemment fuir la jeunesse et même les mélomanes experts en bien d’autres répertoires… C’est alors des mélomanes de bonne volonté qui applaudissent de politesse mais sans la conviction du cœur. Et ce cœur, marque de commerce essentielle à l’Orchestre métropolitain, jamais indifférent autrefois au milieu modeste socio économiquement des faubourgs de Montréal desquels la plupart d’entre nous sommes issus, malgré la très belle voix du ténor invité, cette considération m’a semblé absente par une bousculade que le chef ravissant comme toujours mais dans son monde idéal n’a pas semblé percevoir tellement il est bercé et versé de cette musique d’opéras de Verdi.

Quelque musique d’ouverture ou de ballet pour distiller tout ça n’aura pas suffi à faire s’envoler le sentiment d’infériorité du mélomane généreux qui espère encore s’instruire de ce qu’on lui propose d’entendre ou de réécouter. Autrement tout était bien beau et bien applaudi. Mais la jeunesse manquait à l’appel avec une moyenne d’âge de cinquante cinq ans minimum, une situation semblable au public encore fidèle au septième art (cinéma) quand on observe les faciès décomptés dans les files d’attente à l’entrée des quelques salles de festivals ou de répertoire qui nous restent. Viva Verdi peut être, mais un fait divers que voici doit nous éclairer : ayant reçu cet été un legs de cent cinquante coffrets d’opéras divers en parfait état, tous en version d’impression importée d’Europe qui constituaient pour moi des doubles, ainsi je me suis précipité et adressé à un disquaire à qui je les offrais : « Non je n’en veux pas, m’a t’il dit sans repentance, car j’en ai des montagnes et l’opéra c’est le un pour cent du trois pour cent du public qui s’intéresse à la musique classique…en plus que la jeunesse n’y a pas été formée à l’école et n’écoute que du populaire… c’est un cimetière commercial. »

Voilà ce qui est à méditer.

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