Mehdi Ghazi en plein vol dans le troisième de Rachmaninoff et jusqu’au Van Cliburn!

Mehdi Ghazi
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Eric Sabourin

Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

Au programme du concert:

Le pianiste Mehdi Ghazi et l’orchestre de l’Université de Montréal dans les oeuvres suivantes:  Serge Rachmaninoff, troisième concerto en ré mineur pour piano et orchestre, opus 30;  Maurice Ravel orchestrant Modest Mussorgsky: Tableaux d’une exposition , précédés de l’Ouverture de Rouslan et Ludmilla de Mikhaïl Glinka . Direction du chef Yaov Talmi.

Le concert du samedi 8 avril 2017, à la salle Claude Champagne, aura eu le mérite de mettre à nouveau en valeur les vaillants efforts des jeunes musiciens de l’orchestre de l’Université de Montréal. Mais, fait marquant pour qui saisit la féroce compétition existant entre tant de pianistes en lice sur Terre pour s’illustrer ou se distinguer, l’attrait principal du concert visait à nous présenter à nouveau le talent remarquable du pianiste  Mehdi Ghazi. Son interprétation passionnée du Concerto pour piano en ré mineur no.3 de Serge Rachmaninoff a suscité  le ravissement spontané d’une foule considérable de mélomanes montréalais l’ovationnant debout. Hélas, la modestie du soliste nous apparut plus retentissante encore tellement on l’a senti embarrassé devant tant d’admiration. Sans doute est-ce à ce point que la musique lui est un bienfait naturel, même devant la liesse spontanée de la foule, Mehdi Ghazi ne sait que faire de tant d’applaudissements mérités saluant la joie et la trépidation que sèment ses interprétations! Il conserve un air confus, embarrassé, alors qu’il faudrait saisir le moment et offrir un rappel, quel qu’il soit, en somme profiter de la bonne étoile de ce moment de vraie reconnaissance.  À saisir donc, le charme des Muses!

La soirée connut au moins un autre bon moment  dans le cadre d’un programme de musique russe comprenant surtout la titanesque orchestration par Maurice Ravel des Tableaux d’une exposition de Modeste Mussorgsky. En effet, le chef d’orchestre Yoav Talmi longtemps à la tête de l’Orchestre symphonique de Québec, fut invité en renfort et réconforta de ses conseils judicieux les membres de l’orchestre. Sans doute conscient du défi imposé aux jeunes musiciens qu’il dirigeait de vouloir  présenter l’oeuvre de Mussorgsky-Ravel, il a su les mener à bon port et faciliter la mise en relief de tant de mélodies offertes aux bois, aux cuivres enfin à tous les instruments à vent se trouvant énormément sollicités tout au fil du déroulement des tableaux.

Vers la compétition Van Cliburn à Fort Worth au Texas

Parlant de vent qui emporte la musique, évoquons celui qui emportera le pianiste Mehdi Ghazi vers Fort Worth au Texas du 26 mai au 10 juin. Une voile à tendre bien grande, un navire musical à appareiller en grande pompe vers ce Texas musicalement ensoleillé par l’astuce de ce concours de piano : voyez la trouvaille de vous-même, car les finales seront présentées live sur grand écran dans plus de 300 écrans de cinéma des États-Unis! Quelle diffusion remarquable et quelle idée géniale pour mettre de l’avant le talent et la grande musique! De quoi marquer les esprits des jeunes en quête de modèles…les futurs Lucas Debargue (la révélation du dernier concours Tchaïkovsky) des générations de demain!

Un Québécois à la tête du Van Cliburn

Dirigé désormais par le Québécois Jacques Marquis, ancien directeur du Concours Musical International de Montréal, le Van Cliburn Competition renaît depuis plusieurs années et a retrouvé plus de magnificence que jamais. Car il en faut du souffle dans le monde malmené de la musique classique tel que je l‘aperçois, discrètement recueilli dans les estrades, en mélomane fasciné depuis 1976. Depuis mes seize ans, j’ai été choyé de tant de découvertes de nombreux talents, car je me déplace en toute saison depuis lors aux récitals des élèves des écoles de musique de notre ville, et ça  depuis les défunts concours de madame Monique Marcil jusqu’au temps des récitals de tous ces musiciens talentueux de Montréal auxquels je prête l’oreille l’année durant, ne ménageant jamais mes applaudissements. Il faudrait d’ailleurs plus de mélomanes assistant à ces récitals gratuits de graduation au sein de toutes nos différentes écoles, universités ou autres conservatoires de notre ville remplie d’artistes. La forme de la jeunesse musicale montréalaise y irradie superbement. Croyez-m’en sur parole! Besoin fondamental de l’âme humaine et mystérieuse manière de comprendre ou ressentir l’existence humaine, la musique mérite cette attention surtout par la voie et la voix de cette jeunesse passionnée qui nous l’offre le coeur découvert!

Rien au monde, dans ma vie de mélomane sans doute trop passionné, ne m’apparaît plus quintessenciel que de participer un jour de sa vie aux grands concours de musique (ne serait-ce que comme auditeur, mélomane, famille d’accueil ou donateur). Ainsi, Mehdi Ghazi, ce pianiste algérien de 28 ans, entendu  à l’édition 2014 du concours de musique de Montréal, sous la bannière de l’Algérie, en récital de demi-finale,  alors qu’il avait fait une vive impression sur les mélomanes sans pourtant atteindre la finale. Arrive la fin février 2017, revanche pour tout poète amuï…le voilà enfin invité sur la base du mérite à se produire à Fort Worth…Cette chance aura donc lieu devant les auditoires extrêmement étendus du concours Van Cliburn. Il fait en effet partie de la suprême élite musicale puisqu’il figure parmi les 30 pianistes choisis à se produire à Fort Worth au Concours Van Cliburn, sans contredit le plus prestigieux concours musical avec le concours Chopin de Varsovie et le concours  Tchaïkovsky de Moscou.   Mieux que tous les autres concours, le Van Cliburn utilise un même jury de 5 personnes pour entendre préalablement les candidats à retenir et à inviter a fortiori  à Fort Worth puisque ce jury se déplace dans les villes de New York, Londres, Hanovre, Budapest, Moscou, Séoul pour auditionner un à un les candidats. Les cinq juges des candidats préliminaires ayant choisi Mehdi Ghazi étaient cette année Janina Fialkowska, James Parker, Michel Beroff, Dimitri Alexeev, Pamela Mia-Paul.

Un quatuor avec piano est obligatoire et un second concerto pour piano et orchestre (ainsi Mehdi Ghazi ajoutera le Concerto pour piano  no.20  K.466 de Mozart au Rachmaninoff qu’il nous a joué). Également une oeuvre du pianiste-compositeur Marc-André Hamelin figure au répertoire obligé. On n’a qu’à se procurer l’édition des magistrales études de ce Québécois, aussi membre du jury à Fort Worth pour comprendre à quel point ce choix de répertoire est judicieux et rempli de souffle passionné. Ce sont des oeuvres pianistiques modernes valables que les artistes peuvent valablement conserver à leur répertoire une fois le concours terminé. Le suspense est là. À Mehdi Ghazi de saisir le charme des muses pour l’aider à triompher!

 

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Professeur de littérature française et québécoise, Éric Sabourin a été reporter à CKAC, correspondant de Radio-France Outremer à Montréal, envoyé spécial des stations radiophoniques de Télémédia aux premières élections démocratiques dans le bloc de l'Est à la chute du mur de Berlin, enfin reporter à la première crise du Golfe persique, puis chroniqueur et enfin critique littéraire au cahier Livre du journal Le Devoir jusqu'en 2001.

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