Notre Dame de Paris: On n’a pas tous les jours 20 ans

L’ambiance des grands soirs était palpable au Théâtre St-Denis, pour la première du retour de Notre Dame de Paris, vingt ans après sa création. Non seulement les chansons ont bien veilli et demeurent d’actualité (Nous sommes des étrangers des sans-papiers… Et nous te demandons Asile ! Asile !), mais elles ont trouvé de nouveaux interprètes qui savent les défendre avec des voix qui ne sont pas sans rappeler celles de la distribution originale. En effet, si on ferme les yeux, on pourrait croire que c’est toujours Garou qui est Quasimodo, tellement Angelo Del Vecchio s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur.

Et quand Jay chante Clopin, on croirait parfois entendre Luck Mervil. Si Martin Giroux apparaît comme un Phoebus plutôt frêle, Hiba Tawaji s’avère une Esmeralda convaincante et Richard Charest est toujours à l’aise dans le rôle de Gringoire. La Belge Idesse a elle aussi montré son savoir faire en Fleur-de-Lys, remplaçant Valérie Carpentier, incommodée par un problème de voix. Quant à Daniel Lavoie, son Frollo est à son sommet ! Pour avoir vu le Manitobain dans ce rôle à Montréal, mais aussi à Las Vegas et à Londres, il me semble clair que la maturité de ce grand artiste magnifie encore ce personnage de prêtre torturé. On y croit pleinement du début à la fin. Il porte dans le geste et dans sa voix parfois brisée le poids de son amour interdit. Frissons !

Fidèles au rendez-vous

Parmi les collaborateurs de longue date du tandem Plamondon-Cocciante venus célébrer ce vingtième anniveraire, on retrouvait avec une certaine nostalgie Bruno Pelletier dont la voix a gravé dans nos mémoires Le temps des cathédrales. Présent, également, Sylvain Cossette qui a lui aussi été un remarquable Gringoire. Mais, celui qui a créé la surprise, c’est Luck Mervil, qui en était à sa première importante sortie publique, près de quatre mois après avoir écopé d’une peine dans la collectivité pour l’exploitation sexuelle d’une adolescente dans les années 90. On aurait souhaité que ces interprètes marquants de l’histoire de Notre Dame de Paris soient invités à monter sur scène aux côtés de leurs successeurs à la fin de la soirée.

Le feu sacré

Il fait toujours bon voir un spectacle en présence de ses créateurs et ils y étaient tous les trois. Le sourire de Gilles Maheu en dit long: sa mise en scène combinée aux chorégraphies de Martino Müller insuffle toujours une bonne dose de dynamisme à cette histoire sombre inspirée du classique de Victor Hugo. De son côté, Richard Cocciante, vingt ans plus tard, s’est assis à la droite du responsable du son, à qui le compositeur a glissé à l’oreille quelques commentaires pendant la représentation. C’est ce qu’on appelle veiller sur son oeuvre et voir à ce qu’elle continue d’être présentée dans les meilleures conditions possibles. La sono était d’ailleurs excellente. Mais le fait que la musique soit préenregistrée ne sert pas toujours l’émotion. Entre autres, on aurait parfois envie d’applaudir plus longuement, mais la bande sonore de la chanson suivante arrive souvent un peu trop vite. Quant à Luc Plamondon, il se félicitait de la distribution de ce spectacle réunissant des artistes d’un peu partout dans la francophonie. Il fallait voir le bonheur dans les yeux de ce trio de créateurs, réunis sur scène, après cette soirée lumineuse! C’est en quelque sorte Cocciante qui a eu le dernier mot en chantant une version légèrement modifiée de Vivre. Déplorant que notre époque soit en manque d’amour, Richard entonna acapella: Vivre pour tous ceux qu’on aime Aimer plus que l’amour même Donner Sans rien attendre en retour.

Que demander de plus ?

Notre Dame de Paris au Théâtre St-Denis

Hiba Tawaji et Elhaida Dani: Esmeralda

Valérie Carpentier et Idesse : Fleur-de-Lys

Angelo Del Vecchio et Matt Laurent : Quasimodo

Martin Giroux et Yvan Pedneault : Phoebus

Daniel Lavoie et Robert Marien : Frollo

Jay et Gardy Fury : Clopin

Richard Charest et Flo Carli : Gringoire

 

 

Photo: Alessandro Dobici

Written by 

Sujets connexes

%d bloggers like this: