Patinoire : loin du cirque, mais pas loin du cœur

D’entrée de jeu, on sent que Patinoire est bien plus qu’un spectacle pour Patrick Léonard, co-fondateur de la compagnie Les 7 Doigts de la main. C’est l’œuvre d’une vie, ou plutôt le défi de sa vie, qu’il se devait de remplir seul (ou presque), lui qui a l’habitude d’évoluer en équipe. Son cahier des charges, très exigeant au demeurant, est respecté et nous entraîne dans une atmosphère bien particulière.

L’envie et la crainte : ce sont, à mon humble avis, les deux extrêmes qui ont conduit Patrick Léonard à la création de cette Patinoire. Il avait envie de distraire les spectateurs pendant plus d’une heure et craignait de ne pas y parvenir. Après tout, il faut éveiller la curiosité, la garder, l’étoffer et l’assouvir.

On ne sait pas trop à quoi s’attendre en entrant dans la salle, mais on ne s’attend pas non plus à ce qui arrive ! Notre curiosité est éveillée. L’habile amuseur nous propose un personnage clownesque doté de tics, ayant un fort penchant pour les bulles, qui s’amuse à se bâtir un décor parfait selon ses exigences, mais surtout selon les nôtres. Notre curiosité demeure.

Une fois le décor installé, ce personnage grotesque et touchant de maladresse, enchaîne les numéros d’équilibriste, de diabolo et s’offre le luxe de s’amuser avec le public… littéralement.

La magie s’opère dans la maladresse silencieuse de ce drôle d’énergumène et a contrario, elle s’affadit lorsqu’il parle. Les échanges avec le public sont certes nécessaires pour agir de connivence avec lui et lui faire partager son plaisir, mais l’impeccable trame musicale ajoutée à la composition poétique des numéros proposés ont définitivement plus d’impact lorsqu’ils sont faits au rythme de ses pas, de ses ratés et de ses réussites. Il fallait voir le public trembler lors de sa périlleuse ascension !

Ce que j’évoque ici est sans conteste le point d’orgue du spectacle qui arrive quelque vingt minutes après son début. En effet, il ne faut pas venir chercher ici d’impressionnantes prouesses : ce n’est pas l’objectif. On ne s’en rend pas compte tout de suite, mais ce que Monsieur Léonard veut, c’est partager et exister à travers le regard du public, son approbation et ses sourires. Cela peut sembler cliché, mais il veut raconter une histoire absurde, mais qui est la sienne, originale et farfelue, éprouvante et restreinte à des éléments simples et essentiels : le jeu, la musique, le plaisir de la scène.

Et son plaisir se ressent, il n’y a pas de doute là-dessus.

Si c’est la magie des fêtes qui vous guide, allez assouvir votre curiosité et quoi de plus magique que de voir le rêve d’un grand enfant devenir réalité ?

Patinoire est présenté à la Tohu jusqu’au 6 janvier 2018.

Durée du spectacle : 1h15, sans entracte.

PRODUCTION

Les 7 Doigts

IDÉE ORIGINALE, DIRECTION ARTISTIQUE, SCÉNOGRAPHIE, CO-MISE EN SCÈNE, COMPOSITION MUSICALE AU UKULÉLÉ ET PERFORMANCE

Patrick Léonard

CO-MISE EN SCÈNE, SOUTIEN MORAL

Nicolas Cantin

 

 

photo © Roland Lorente

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