Quadriptyque I–II-III : L’interprétation n’a pas de barrières physiques

Quadriptyque I–II-III est un projet de danse intégrée, qui réunit des danseuses et danseurs avec ou sans handicap. France Geoffroy, pionnière en la matière au Québec, a créé sa compagnie Corpuscule danse il y a presque vingt ans. L’un de ses objectifs est de permettre la complète intégration des personnes handicapées aux arts de la scène. Dans cette optique, elle a réuni trois chorégraphes, dont le mandat était de nous faire ressentir la vitalité de tous les corps en mouvement, au-delà du handicap. Trois courtes créations donc, qui intègrent, exploitent, enrichissent le handicap, entre empathie et performance.

En tant que public, il peut être difficile de faire l’impasse sur le handicap. Intelligemment guidé par les choix chorégraphiques et par l’interprétation des danseuses et danseurs,  on se laisse aller à apprécier l’aisance du jeu, l’investissement corporel et la chimie du groupe. Au final, le handicap n’en est plus un : il peut être un élément artistique dans Quadriptyque I, le sujet dans Quadriptyuqe II et l’inspiration dans Quadriptyque III.

Chacune des chorégraphies a son identité propre. Au fur et à mesure du déroulement de la soirée, la réflexion est poussée jusqu’à son paroxysme. Dans Casablanca ou Quadriptyque I, la force des interprètes est triple : danse, bien sûr, mais aussi mimes et théâtre. Nous suivons la migration des protagonistes au travers du soleil d’Hollywood, et le fauteuil roulant est utilisé comme accessoire, comme pivot de l’histoire. Mais il est aussi mis de côté, pour laisser la place entière à Maxime D.-Pomerleau, l’une des danseuses. L’humour et la cohésion de groupe donnent une dimension légère et fraternelle à cette création.

À perte de vue ou Quadriptyque II joue sur un tout autre registre. La chorégraphie est ici épurée, et vient plutôt chercher une expression corporelle puissante et – il faut bien le dire – dérangeante. Marie-Hélène Ballavance, danseuse principale, se met à nu au sens figuré et envoie paître son handicap sur scène, dans le public. Ses déplacements arachnéens ou symbiotiques avec son partenaire sont amplifiés par une musique répétitive, grinçante et nasillarde. Tel un handicap sonore avec lequel le public doit vivre. Mais cela dure 20 minutes, pas toute une vie.

La dernière pièce Entretiens, d’entres liens ou Quadriptyque III tient de la performance artistique et expérimentale. Sur le thème de l’improvisation et de la technologie, les deux interprètes construisent leur propre langage, tantôt des gestes, tantôt des cris. Des paroles fusent aussi, souvent drôles, favorisant une participation décontractée de l’assistance. Celle-ci peut en effet se déplacer, changer de point de vue, sortir, revenir avec un drink, constater l’aboutissement de cette étrange communication et reprendre le cours de sa soirée.

Trois chorégraphies, trois visions, interprétations différentes de l’intégration du handicap dans la danse, mais une ligne directrice commune : favoriser la diversité pour stimuler nos émotions

 

Le spectacle Quadriptyque est d’une durée de 1h10 avec entracte.

Direction générale et artistique       France Geoffroy

Quadriptyque I – Casablanca

Chorégraphe Deborah Dunn

Interprètes     Bill Colleman, Joannie Douville, Maxime D.-Pomerleau, Georges-Nicolas Tremblay

 

Quadriptyque II – À perte de vue

Chorégraphe Lucie Grégoire

Interprètes     Marie-Hélène Bellavance, Georges-Nicolas Tremblay

 

Quadriptyque III – Entretiens, d’entres liens

Chorégraphe Benoît Lachambre

Interprètes     Benoît Lachambre, France Geoffroy

 

Crédit photo : Denis Martin

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