Ton histoire, c’est mon histoire

Je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans gagneraient à connaître. Ceux qui avaient 20 ans en 1998 ont à tout le moins entendu parler du suicide de la chanteuse Pauline Julien et de sa relation amoureuse avec le poète et politicien Gérald Godin. Mais voilà que ceux qui ne connaissent pas ce couple québécois mythique ont une occasion de se rattraper grâce à un spectacle rythmé avec chansons, théâtre, poésie et vidéos d’archives qui ne manquera pas d’émouvoir les plus de 40 ans.

L’âme à la tendresse
Les excellents Catherine Allard et Gabriel Robichaud nous font d’abord revivre la rencontre foudroyante de Pauline et Gérald à travers des extraits de leur correspondance amoureuse. La comédienne et chanteuse qui a bénéficié du coaching vocal de Marie-Claire Séguin, livre des interprétations vibrantes de Au milieu de ma vie, peut-être à la veille de…. Je vous aime, La Manikoutai , Déménager ou rester là et bien sûr, L’âme à la tendresse. Les chansons sont remarquablement intégrées à l’histoire et parfois complétées par Pauline Julien elle même sur vidéo. Quant à Gérald Godin, on le voit lui aussi enflammé à la nuit de la poésie en 1970.

Quand octobre revient
Puis, le comédien sort de son personnage et questionne sa partenaire de scène en faisant remarquer que même dans ce spectacle à la mémoire de deux symboles de la lutte pour la souveraineté du Québec, on hésite à parler du projet politique qui était au coeur de la vie du couple. Une interrogation qui surgit alors que les mots souveraineté et indépendance sont pratiquement absents de la campagne électorale en cours où deux des principaux partis se disent pourtant souverainistes.

Cela dit, le texte de Marie-Christine Lê-Huu rappelle à quel point l’histoire de Gérald et Pauline est liée à l’histoire récente du Québec. C’est ainsi que durant la crise d’octobre 70, le couple a été arrêté et détenu sans explication à Montréal, après l’adoption de la loi sur les mesures de guerre par le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau, à la demande du premier ministre du Québec Robert Bourassa. C’est d’ailleurs en battant ce dernier dans Mercier que le député poète s’est fait élire six ans plus tard. Une victoire qui transporte Godin d’une joie pleinement assumée par Robichaud!

Quatre ans plus tard, le clan souverainiste vivra l’échec du premier référendum. Voir Pauline chanter, ce soir là, La danse à St-Dilon pour que la vie continue malgré la défaite, témoigne avec une force inouïe du caractère de cette battante.

Après de décès de Gérald d’un cancer du cerveau en 1994, Pauline reçoit un diagnostic choc! Elle est atteinte d’aphasie dégénérative. Ne pouvant plus chanter, elle met fin à ses jours, le premier octobre 1998. Ça fera exactement 20 ans, le premier octobre prochain, jour d’élection au Québec. L’auteure de Je cherche une maison qui vous ressemble voit une métaphore tragique de notre histoire, dans la destinée de ces deux amoureux des mots à qui la vie a coupé la parole, par le biais de la maladie. Il n’en reste pas moins que leur héritage est magnifiquement vivant ces jours-ci.

Je cherche une maison qui vous ressemble
Texte: Marie-Christine Lê-Huu
Avec: Catherine Allard, Gabriel Robichaud et les musiciens Gaël Lane Lépine et Gabriel Lapointe ou Cédric Dind-Lavoie.
Mise en scène: Benoît Vermeulen
Jusqu’au 29 septembre à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. Le spectacle entreprendra ensuite une longue tournée qui le mènera jusqu’en Acadie, le printemps prochain.

 

Photo: Marie-Andrée Lemire

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