Bonjour, là, bonjour de Michel Tremblay: un amour condamné

Plus de 40 ans après sa création, Bonjour, là, bonjour de Michel Tremblay est remontée avec une distribution qui compte même un membre de sa première mouture. En effet, Gilles Renaud, joue le rôle du père qu’il avait aussi endossé, malgré son jeune âge, en 1974. Son fils, incarné par Francis Ducharme (qu’on a pu voir entre autres dans le film C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée) vit, depuis l’enfance, un amour incestueux avec sa soeur, de cinq ans son aînée (Mylène Mackay, qu’on a vu au petit écran, notamment, dans Unité 9).

Au moment où la pièce commence, le jeune homme rentre d’un long voyage en Europe, où l’on comprend qu’il a voulu prendre des distances avec sa famille envahissante. En plus de son père qui est pratiquement devenu sourd, Serge doit composer avec ses quatre soeurs possessives, alors que deux tantes grincheuses vivent avec eux. Notons, ici, que Diane Lavallée, très à l’aise dans ce registre, sait provoquer de nombreux éclats de rire.
Mireille Brullemans, Geneviève Schmitdt, Mylène Mackay et Francis Ducharme
Cela dit, l’amour de Serge et Nicole est une honte pour la famille. Après avoir encaissé de nombreuses remarques désobligeantes, Serge commence à répliquer et il finit par s’affirmer énergiquement !  Pourquoi cette relation qui les rend heureux lui et sa soeur devrait-elle être interdite demande-t-il ? Ducharme est convaincant, mais on regrette que le metteur en scène, Claude Poissant, ait choisi ce personnage central pour déplacer à chaque scène les éléments du décor! On comprend que Serge se cherche, mais fallait-il pour autant le voir traîner un divan?
À mesure que cet amour incestueux est exprimé le décor change. Les contours dorés font place à des murs blancs qui finiront par tomber sur scène. C’est là une image forte et pertinente. Par contre, lorsqu’on voit le frère et la soeur exprimer leur désir en une sorte de danse contemporaine, on se demande comment on a pu laisser cette scène durer une telle éternité !
Sandrine Bisson, Annette Garant, Diane Lavallée
De plus, puisque cette pièce porte sur les préjugés et la difficulté de communiquer, on comprend que les dialogues cruciaux du père et du fils sont continuellement entrecoupés de réflexions d’autres personnages, notamment, des deux tantes. C’est pourquoi cette partition demande une grande précision qui n’était pas encore au point le soir de la première. Dès qu’un personnage entame sa réplique pendant qu’un autre parle, on perd forcément des mots dans cette immense salle.
Les grands moments d’émotion du spectacle reposent sur le père et le fils qui arrivent enfin à se parler. Gilles Renaud, pleinement crédible et bouleversant, finira par dire merci à son fils pour l’appareil auditif qui lui a enfin permis d’entendre la voix de ses enfants. Serge invite le septuagénaire à quitter cet appartement au climat toxique pour venir vivre chez lui avec Nicole. Puis, s’excusant de n’avoir jamais vraiment exprimé son affection à son père, il lui crie un déchirant: «Je t’aime!»
Mais cela suffira-t-il à faire accepter un amour incestueux ? Le paternel ira-t-il vivre avec ce couple maudit ?
Bonjour, là, bonjour
Texte: Michel Tremblay
Mise en scène: Claude Poissant
Avec: Sandrine Bisson, Mireille Brullemans, Francis Ducharme, Annette Garant, Diane Lavallée, Mylène MacKay, Gilles Renaud et Geneviève Schmidt.
Au Théâtre Denise-Pelletier, jusqu’au 5 décembre 
Crédit photo : Gunther Gamper
Sur la photo en page d’accueil:
Francis Ducharme, Gilles Renaud et Diane Lavallée

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