Un documentaire remarquable de dignité méritant probablement un Oscar si TVOntario et le gouvernement canadien osent le diffuser mondialement

Image et Nation a dévoilé au public québécois le fracassant documentaire intitulé The Fruit Machine réalisé par Sarah Fodey relatant la sauvagerie de l’ostracisme contre les gais et lesbiennes dans la fonction publique fédérale. L’oeuvre maléfique de harcèlement, d’interrogations, de tortures psychologiques, de filatures, de viols ordonnés contre des femmes-soldats, – viols décrétés comme supposés remèdes correctifs du lesbianisme anormalement compris – y est présentée.

Durant une heure et demie déchirante, on assiste à la longue énumération des méthodes non pas d’intimidation mais de destruction de la personne humaine en s’attaquant à la dignité du coeur et de l’amour homosexuels avec fin ultime après tous ces moyens d’aveu forcé d’homosexualité de la bouche des employés. Conséquence de la confidence arrachée? La perte d’emploi, la dégradation militaire et le rejet social, car les condamnations ou renvois étaient exprimés publiquement sous la mesure d’exclusion en son numéro de mesure administrative.

Le documentaire hurle avec raison son vif réquisitoire contre les mesures prises par des mâles hétérosexuels (ou des gestionnaires homos pétrifiés de peur et à jamais au placard) en poste dans la GRC, l’appareil d’État canadien et l’armée canadienne durant les années 50, 60, 70, 80 … etc. Un répit surviendra, bien sûr, enfin, avec le mariage gai en 2005. Seul le visionnement de ce documentaire peut donner une juste idée de la torture psychologique endurée (des interrogatoires de trois jours de temps, des pièges posés à chaque jour au travail, à tout moment, pendant des décennies à ceux qui n’avouaient pas être homo, enfin tous, sous interrogatoires répétés, menés à deux ou trois contre la victime, menait au pire soit l’hôpital psychiatrique pendant des mois pour recevoir des électrochocs par saisie de corps du soldat par le personnel médical de l’armée, sans oublier la cour martiale finalisant bien sûr le traitement par le congédiement. Tel a été le monstre homophobe canadien. Au final, ne veut-on pas que ça sorte en version française au Québec, connaissant le pouvoir d’indignation des Québécois? Surtout devant ces images de plus d’une dizaine de francophones osant témoigner.

Hélas, ce documentaire n’est, pour l’instant, uniquement disponible qu’en version anglaise ce qui n’ôte rien à sa phénoménale qualité – seulement à sa diffusion dès lors moins universelle. Est-ce par pure lâcheté administrative actuelle de la chaîne TVOntario que la version française ne se fait pas automatiquement? Elle qui détient connexion en sa chaîne française TFO une possibilité de doublage immédiat et de traduction rapide et efficace (en plus que 10 femmes sur 12 témoignant d’expériences bouleversantes dans ce documentaire sont des francophones pouvant tout à fait faire leur propre voix hors-champ, en studio, ce qui fait de cette tâche de traduction sonore du gâteau)? Nous avons eu droit, l’an dernier, à des excuses publiques de Justin Trudeau, avec la larme à l’oeil, entouré de ses proches amis gais, ministres et conseillers. Notre jeune premier ministre peut faire plus: lui, jadis si intimement lié avec le seul député ouvertement gai de toute cette période, le néo-démocrate de Burnaby, Svend Robinson, peut ordonner sans délai le dévoilement des 9000 cas et dossiers des policiers, soldats, fonctionnaires harcelé(e)s en portant promesse tout au moins d’inscrire leurs initiales sur la plaque du monument commémoratif à cet effet et prévu pour dévoilement prochain à Ottawa..

Ce serait un hommage à rendre à ses valables amitiés d’entourage que d’en remettre en dédommagement aux victimes ignorant encore le recours collectif remporté. Lecteurs et lectrices de cette critique, appelez-en aux victimes rencontrées sur votre route: informez-les de la victoire du recours collectif contre l’armée et la GRC auquel ils peuvent ajouter leur nom…leur donnant droit à compensation. Dans l’intervalle, il faut résolument projeter ce documentaire dans toutes les écoles primaires (dès les 9 ans de la troisième année) et secondaires du pays. C’est la meilleure des éducations sexuelles et surtout des exactes versions de l’histoire de notre pays actuel que ce documentaire-choc! Ce serait un ajout utile que d’accourir mettre THE FRUIT MACHINE en lice aux Oscars catégorie documentaires afin de peindre le courage des victimes dénonciatrices enfin victorieuses. Mercredi prochain, 28 novembre, à Ottawa, une projection parlementaire à surveiller!

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