Une tournée et une diffusion primordiales du ballet Casse Noisette par le séduisant Ballet Ouest de Montréal

Pour la toute première fois dans les Laurentides, une excellente prestation du Casse-Noisette de Piotr Tchaïkovsky a provoqué l’étonnement et le ravissement des citoyens de Saint-Jérôme accourus à leur toute nouvelle Salle Gilles Vigneault lors de la séance de 14 heures du 30 décembre. L’importance de ce rayonnement du grand art aristocratique qu’est le ballet classique a permis à une vaste équipe de jeunes danseurs  d’offrir les chorégraphies imaginées par le directeur artistique Claude Caron, un ancien danseur des Grands ballets Canadiens qui s’est bien sûr inspiré des prouesses conçues jadis par Lev Ivanov et Marius Petipa en 1892 sans oublier toutes celles qui ont suivi depuis lors, au sein de toutes les compagnies ceci inclut George Balanchine et ses élèves.

Mais même dans les quinze grands numéros conçus par Caron, il y a des pas de deux et des solos incontournables qu’on retrouve, par exemple,  avec leurs dix-sept fouettés et autres séries de pirouettes et grands jetés sans oublier le décorum grandiose du port des dames que les danseurs étoiles réalisent à l’égard de la prima ballerina, toujours en symbiose  et à merveille tout au long de ce ballet tout comme on les retrouve plus fréquents ou plus amples encore dans le sublime Lac des Cygnes également de Tchaïkovsky – un ballet inégalé que le Ballet national de la Pologne dansera à Montréal en février, événement à ne pas manquer à la salle Wilfred Pelletier de la Place des Arts. Toute la compagnie Ballet Ouest de Montréal m’a étonné par la qualité de leurs prestations sur une scène de taille modeste où les déplacements des solistes et étoiles parmi le corps de ballet devaient être étudiés avec soin pour éviter collision ou chutes vu la hauteur des sauts et  l’étendue des déplacements.

On ne s’embarrasse pas d’un orchestre à la fosse, bravo, ensuite les décors sont fort beaux  et le rythme du divertissement requérant l’attention est soutenu avec brio:  les décors n’ont évidemment pas la splendeur des déploiements à couper le souffle de ceux du second acte tels qu’on les connaît avec les Grands Ballets Canadiens dotés, eux, de millions de dollars de budget, mais le premier acte avec Ballet Ouest y est moins ennuyeux (moins de longueurs) d’autant plus que le prix abordable des billets permet d’assumer les frais de ce spectacle familial le coeur rasséréné. L’art du pantomime existe tel un vocabulaire du mime par lequel on désigne la belle, la princesse, le roi, un mariage ou une colère ou tristesse par des gestes convenus  entre personnages dansant une action (à ce sujet, voyez Histoire de mes ballets de George Balancine pour une initiation).

Cet art semble assez bien maîtrisé par les danseurs de la compagnie Ballet Ouest, de sorte que le langage en dialogue muet par signes convenus permet de bien entendre l’histoire de ce récit de Ernst Hoffman. La danseuse étoile Michaela Gobas fut spectaculaire en Reine des Neiges et toute la compagnie ne peut recevoir que des félicitations puisqu’ils apportent et diffusent un grand joyau de la haute culture portée à ses perfections de beautés, beauté de l’art soigné sans laquelle il serait impossible de vivre de médiocrité dans notre monde oublieux des hiérarchies de la danse et de la musique où seuls les plus brillants et assidus à un entraînement quotidien de six à huit heures de danse par jour, triomphent. Tout semble à la gloire de la musique…celle-ci  prenant cependant un rôle de soutien à la danse qui a primauté. Enfin, il ne faut jamais oublier de se remémorer  la persévérance des danseurs qui, toute l’année pendant quinze, vingt ou trente ans, s’astreignent à leur art des lignes symétriques, des élévations maximales et toutes égales des membres inférieurs et supérieurs en feignant une absence d’effort.

Ensuite, il faut percevoir les soins des suspensions des bras et des mains au faîte de l’élégance  quand on arrive au maintien du port de tête, en somme tout cela représente un exploit. Un danseur du théâtre impérial russe (sous les tsars) Paul Gerdt se maintient premier danseur pendant cinquante ans, mais il y a des noms d’étoiles qui feront rêver les petits s’ils s’enflamment pour la danse:  comme Anna Pavlova, Vaslav Nijinsky, Isadora Duncan, Michel Fokine, Serge Diaghilev, Rudolf Noureev, Margot Fontaine, Mikhail Baryshnikov, Patrick Dupont, Natalya Makarova, Jerome Robbins enfin la liste est très longue avec près de nous Karen Kain,  Annik Bissonnette, Louis Robitaille et désormais le Saguenéen Guillaume Côté parvenu jusqu’au Bolshoï de Moscou le mois dernier dont les prouesses ou les légendes alimenteront l’imaginaire des enfants québécois présents en grand nombre dans la salle, dimanche. Belle initiative du Conservatoire des Arts de la Scène des Laurentides,  tout ça grâce à cette venue inoubliable de la compagnie Ballet Ouest de Montréal. Longue vie et persévérance avec succès financiers car il faut bien payer les artistes tout à fait athlétiques et de niveau olympique!

Sujets connexes

Print Share Tweet Follow Email +1 Share