La pandémie n’arrête pas Analekta

Après Immersion d’Angèle Dubeau, paru l’hiver dernier, Analekta vient de lancer, en ce début d’avril, un disque de Charles Richard-Hamelin consacré aux 24 Préludes de Chopin. Ajoutons Flûte Passion : Mozart de Nadia Labrie et un album de musique française adaptée pour deux guitares, Impressions intimes et ça nous amène à cette chronique consacrée à quatre des nouveautés de la maison de disques montréalaise lancées en 2021, alors que nous n’en sommes qu’au quatrième mois de l’année ! Si les concerts sont soumis aux restrictions liées à la crise sanitaire, heureusement, il n’en va pas de même pour les enregistrements d’albums et force est de constater que la pandémie n’arrête pas Analekta.

 

Après avoir enregistré les concertos pour piano de Chopin, ainsi que des Nocturnes, sonates, Ballades et Impromptus de ce compositeur romantique, Charles Richard-Hamelin livre sa vision des 24 Préludes : « On peut entendre l’œuvre complète de Chopin à l’intérieur du microcosme que sont les Préludes. À travers toutes les différentes tonalités majeures et mineures, on peut y déceler des références à ses Études, Nocturnes, Impromptus, Mazurkas et même des fragments d’œuvres de plus grande envergure telles que les Ballades. Pourtant, il y a aussi ce sentiment d’une histoire qui se développe en 24 chapitres », dit le pianiste.

Et cette «histoire», elle est tout en contrastes, alors que les moments de douceur qui bercent l’âme sont parfois soudainement interrompus par des déferlements de notes énergiques qui secouent l’auditeur, comme par exemple le Prélude en si majeur, suivi de celui en sol dièse mineur «Presto». Ces deux pièces qui occupent les plages 11 et 12 du disque sont à elles seules un voyage à travers une grande diversité de couleurs et d’émotions.  « C’est Chopin à son plus beau, déchirant, expérimental, dissonant, parfois même violent. C’est un voyage fascinant à travers la psyché humaine et c’est ce que mon interprétation vise à démontrer. »

L’album se termine d’ailleurs avec deux pièces très contrastantes soit l’Andante Spianato qu’on qualifiera de contemplatif, suivi de la Grande polonaise brillante. Nul doute que cette riche musique écrite au XIXe siècle parle encore aux humains d’aujourd’hui. D’autant plus que la virtuosité du pianiste est très bien servie par cet enregistrement réalisé à la Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm, avec le doigté du preneur de son Carl Talbot.

Chopin : 24 Préludes, Op.28 / Andante Spianato & Grande polonaise brillante, Op.22

Charles Richard-Hamelin

 

 

Ce nouvel enregistrement de Nadia Labrie est le troisième album de sa série Flûte passion, cette fois dédié aux quatuors pour flûte de Wolfgang Amadeus Mozart.

On a d’abord connu cette flûtiste aux côtés de sa sœur jumelle Annie Labrie, avec qui elle a formé le duo Similia. Elles ont enregistré ensemble quatre albums, dont Nota del Sol qui a remporté le Félix de l’Album de l’année – instrumental en 2004.

Nadia Labrie a dévoilé le premier volume de son projet discographique Flûte passion en 2018 avec Flûte passion : Schubert, son premier album en tant que soliste-flûtiste, suivi par Flûte passion : Bach en 2020.

L’artiste explique que Mozart s’est, en quelque sorte, imposé comme une évidence : « Dès le début de la pandémie, Mozart s’est installé de façon permanente à la maison. Afin de dissiper l’anxiété, l’insécurité et l’incompréhension, j’écoutais cette musique joyeuse, mélodieuse et connectée à ce qu’il y a de plus profond en nous pour m’évader et vivre au moment présent. C’est alors qu’est né ce nouveau projet. »

Accompagnée d’Antoine Bareil au violon, Isaac Chalk à l’alto et Benoit Loiselle au violoncelle, Nadia Labrie interprète : le Quatuor en ré majeur, K. 285, le Quatuor en sol majeur, K. 285a. Suit le Quatuor en do majeur, K. 285b, dont l’Andantino final est une transcription (ou un premier état) du Tema con variazioni de la Sérénade en si bémol majeur, K. 361. La quatrième œuvre au programme est le Quatuor en la majeur, K. 298, le dernier quatuor pour flûte de Mozart. L’album se termine avec l’Andante en do majeur, K. 315 qui, à l’origine, était prévu pour flûte avec accompagnement de cor, hautbois et cordes et qui est ici proposé dans un arrangement pour flûte et cordes. Il est vrai que cette musique sereine est particulièrement appréciable, en cette période trouble.

Flûte Passion : Mozart

Nadie Labrie

 

 

Les guitaristes Adam Cicchillitti et Steve Cowan présentent une collection d’œuvres du XXe siècle composées à Paris et originellement écrites pour piano, harpe ou guitare par : Ravel, Debussy, Mompou, Tailleferre et Jolivet.

Impressions intimes est l’aboutissement d’une passion commune et de longue date de ces deux guitaristes pour le répertoire français de cette époque, explique Adam Cicchillitti, « Steve et moi avons toujours eu des goûts très similaires en musique et cela explique en partie pourquoi il a toujours été si naturel pour nous de jouer ensemble. Lors de nos voyages et tournées, nous finissions toujours par écouter de la musique pour piano de Ravel et Mompou. Ce projet est donc né de notre désir de jouer ce répertoire de pièces intimes et lyriques. Nous savions qu’il s’adapterait très bien à la guitare mais puisque plusieurs de nos compositeurs favoris de cette époque n’ont pas composé pour cet instrument, nous avons fait les arrangements nous-même. »

L’un des mérites de ce disque est de faire revivre la musique de Germaine Tailleferre (1892-1983) dont l’oeuvre demeure méconnue. On sait pourtant que cette dame était du célèbre Groupe des Six, avec, notamment, Darius Milhaud et Francis Poulenc. L’oeuvre de Tailleferre fit l’objet de commentaires élogieux, notamment de Jean Cocteau, alors que Darius Milhaud estimait que «sa musique a l’immense mérite d’être sans prétention, cela à cause d’une sincérité des plus attachantes.» Notre duo de guitaristes présente, ici, une agréable adaptation d’une sonate pour harpe légère et joyeuse.

L’album se termine avec le Prélude du Tombeau de Couperin de Ravel, précédé de Pavane pour une infante défunte. Cette adaptation pour guitare seule, interprétée par Cowan, est l’un des temps forts de ce disque enregistré, lui aussi, en pleine pandémie, à Toronto, en décembre 2020.

Impressions intimes pour deux guitares

Interprètes : Adam Cicchillitti et Steve Cowan

Compositeurs : Ravel / Debussy / Mompou, etc.

 

 

AN 2 8749 – Immersion – Angèle DubeauImmersion s’écoute comme un tout. Chaque pièce est à sa place. Flying de Valentin Hadjadj commence tout en douceur, puis les archets s’agitent tels des bruissements d’ailes. Ce voyage en apesanteur se poursuivra avec, entre autres, des pièces de Ludovico Einaudi, Mychael Nyman, Philip Glass, Ólafur Arnalds et Armand Amar.

C’est « un album qui met en lumière des compositeurs dont la musique est venue me chercher. Où j’y ai trouvé un refuge, une bulle musicale bienfaitrice », dit Angèle Dubeau. « Des musiques tantôt empreintes de finesse, ou encore de pureté, de fragilité, ou de douceur méditative. Un plongeon intérieur dans ses émotions. »

Accompagnée de ses fidèles musiciennes de La Pietà, Angèle Dubeau s’offre un duo avec Julie Triquet, violon solo de l’ensemble I Musici de Montréal. Cette pièce de Steve Reich entretient un salutaire climat d’apesanteur jusqu’à la fin de ce très beau disque, enregistré à l’église St-Mathieu-de-Beloeil, avec, une fois de plus la complicité du preneur de son Carl Talbot. Immersion est une grande réussite d’Angèle Dubeau et La Pietà.

Immersion

Interprètes : Angèle Dubeau et La Pietà

Compositeurs : Armand Amar / Philip Glass / Ólafur Arnalds, etc.  

 

 

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